Rechercher
Rechercher

Santé - Commentaire

Vaincre la tuberculose

La tuberculose demeure l’une des épidémies les plus mortelles en Afrique. Photo Bigstock

Le monde semble enfin prendre conscience de la menace que pose l’une des maladies les plus méconnues de notre époque. Le mois dernier, l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) a organisé la toute première réunion de haut niveau sur la tuberculose afin d’examiner les options pour des initiatives internationales d’éradication de la maladie. Même si cette nouvelle orientation internationale est la bienvenue, il n’en reste pas moins que la route pour vaincre la tuberculose passe par l’Afrique.

En termes simples, la tuberculose demeure l’une des épidémies les plus mortelles en Afrique. Un quart de tous les décès causés par la tuberculose dans le monde s’y produisent. En 2016, près de 417 000 personnes sur le continent ont succombé à la maladie. Les récentes épidémies de tuberculose multirésistante et de tuberculose ultrarésistante survenues en Afrique du Sud, au Mozambique et au Ghana pourraient entraîner une hausse considérable des décès annuels. Ces foyers d’infection de la bactérie, désormais complètement immunisés contre les traitements antimicrobiens, signifient que le défi visant l’éradication mondiale de la tuberculose est de taille.

La raison pour laquelle la tuberculose persiste est en partie due à la vulnérabilité des populations qu’elle infecte. Pour commencer, la tuberculose reste la principale cause de décès des personnes séropositives (près de 40 % des cas). Cela présente aussi des dangers pour les patients non atteints du VIH, en particulier ceux souffrant d’une déficience immunitaire, les enfants en bas âge et les nourrissons.

L’éradication est également difficile parce que la tuberculose est une bactérie très contagieuse qui se transmet par l’air. Les personnes vivant et travaillant dans des espaces confinés – comme les mineurs, les prisonniers, les migrants et les réfugiés – présentent les plus hauts taux d’infection. Finalement, puisque la prévalence de la tuberculose est étroitement liée à la pauvreté et à la marginalisation sociale, il n’est pas toujours facile de soigner ceux qui sont le plus à risque.

Les maladies infectieuses ne connaissent aucune frontière, et à mesure que les pays africains resserrent leurs liens commerciaux et que les migrations intra-africaines prennent de l’ampleur, la menace de pandémies régionales ne fera qu’augmenter. Cela souligne davantage l’importance pour l’Afrique de commencer à élaborer une stratégie multisectorielle intégrée visant à contenir, maîtriser et éventuellement éradiquer les problèmes de santé publique comme la tuberculose.

Aussi, une stratégie dont les États africains pourraient s’inspirer reste celle de la gestion de la tuberculose mise en place dans le secteur minier du continent, un programme interinstitutionnel mis au point par la Communauté de développement d’Afrique australe en 2014. Même si cette stratégie dite «  harmonisée  » est destinée à un secteur industriel, elle est axée sur la coordination avec les communautés économiques régionales (les CER) – des États de l’Union africaine regroupés pour l’intégration économique – qui pourrait servir de modèle à une intervention collective plus efficace dans la lutte contre la tuberculose.


(Lire aussi : La résistance antimicrobienne, une menace pour la vie...)


Mais avant de s’entendre sur un cadre donné, il faudrait accorder une attention immédiate à trois questions. Premièrement, les responsables de la planification de la santé publique et les spécialistes des maladies en Afrique doivent fixer des objectifs nationaux, régionaux et locaux pour endiguer la maladie. Par exemple, l’objectif de réduire les nouvelles infections de tuberculose permettrait aux autorités sanitaires d’évaluer avec plus de précision l’impact de leurs stratégies.

Par ailleurs, pour éradiquer la tuberculose, l’Afrique aura besoin de nouveaux engagements financiers soutenus des secteurs public et privé. Et, finalement, les stratégies de lutte contre la maladie doivent être élaborées pour soutenir les priorités économiques et sanitaires des CER. Actuellement, la majorité des réseaux de santé nationaux et régionaux manquent de financement et de ressources humaines. Les décideurs africains doivent donc mettre en œuvre des systèmes de prévention, de diagnostic et de soins qui aident les gouvernements à partager le fardeau de la maladie et à s’assurer que les protocoles de traitement sont uniformes dans toutes les régions.

Certes, on peut constater des tendances positives dans la lutte contre la tuberculose. Le taux mondial d’infection baisse de 2 % par an. Et les pays africains où sévit la tuberculose sont même parvenus à réduire de 4 % les infections entre 2013 et 2017. Grâce à des organismes comme l’Organisation mondiale de la santé et l’Union africaine qui commencent à développer des stratégies pour l’éradication de la tuberculose, il est évident que la lutte contre la maladie va bon train.

Néanmoins, pour appuyer ce progrès en Afrique, il faudra assurer une importante coordination régionale, sans compter les fonds substantiels. La plupart des vaccins et des médicaments sont actuellement trop chers pour la majorité des Africains. Même ceux qui ont la chance de se faire soigner – le traitement est de six à huit mois et repose sur l’administration de puissants antibiotiques – courent un risque de rechute de 20 %.

L’éradication de la tuberculose est un objectif réalisable. La réunion récente de l’AGNU a constitué un tournant majeur dans la lutte mondiale contre cette maladie. Mais malgré les engagements pris et les déclarations signées, nous ne devons pas oublier qu’en Afrique, la lutte est loin d’être finie.


Ibrahim Assane MAYAKI, ex-Premier ministre du Niger et PDG du Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (Nepad).

© Project Syndicate, 2018. Traduit de l’anglais par Pierre Castegnier.


Pour mémoire
Le sida et la tuberculose, deux maladies liées aux problèmes de l’éducation et de la pauvreté

La sous-évaluation des risques de maladies infectieuses

Pourquoi la tuberculose persiste-t-elle ?

Le monde semble enfin prendre conscience de la menace que pose l’une des maladies les plus méconnues de notre époque. Le mois dernier, l’Assemblée générale des Nations unies (AGNU) a organisé la toute première réunion de haut niveau sur la tuberculose afin d’examiner les options pour des initiatives internationales d’éradication de la maladie. Même si cette nouvelle orientation internationale est la bienvenue, il n’en reste pas moins que la route pour vaincre la tuberculose passe par l’Afrique.En termes simples, la tuberculose demeure l’une des épidémies les plus mortelles en Afrique. Un quart de tous les décès causés par la tuberculose dans le monde s’y produisent. En 2016, près de 417 000 personnes sur le continent ont succombé à la maladie. Les récentes épidémies de tuberculose...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut