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Idées

L’empire américain a encore de beaux jours devant lui

Point de vue
13/10/2018

Depuis leur victoire sur le bloc soviétique, l’impérialisme et l’unilatéralisme des États-Unis ne connaissent plus de bornes. Les valeurs incarnées par les 14 points du président Wilson (1918) et le plan Marshall (1947) ne sont plus qu’un lointain souvenir. De champions du « monde libre » et de « nation indispensable » – pour reprendre la formule de l’ancienne secrétaire d’État (1997-2001) Madeleine Albright –, ils sont devenus l’un des principaux responsables du désordre mondial, s’appuyant principalement sur leur supériorité militaire écrasante pour conserver leur statut d’unique superpuissance.

La politique étrangère agressive de Donald Trump, illustrée par le slogan « l’Amérique d’abord », et qui ne comprend que le rapport de force, a ravivé le rejet de cette hégémonie. Un peu partout dans le monde des voix s’élèvent contre leur parti pris flagrant en faveur d’Israël ; leur utilisation abusive et sélective des sanctions envers les régimes qui ont l’audace de lui résister ; le recours à la guerre économique pour réduire le déficit de leur balance commerciale ; leur dénonciation du traité de Paris pour enrayer le réchauffement climatique ; et même leur animosité envers la Russie qui semble ressusciter un dangereux climat de guerre froide…

Sur un autre plan, la mondialisation culturelle impulsée par les firmes globales qui diffusent partout les produits culturels de masse américains a suscité une tendance vers la réaffirmation des identités culturelles nationales ou régionales. En Russie, par exemple, l’exaltation des valeurs slaves et orthodoxes est un fondement essentiel du patriotisme. L’on assiste aussi à une dénonciation grandissante de la mondialisation économique par les mouvements qualifiés péjorativement de « populistes » par les élites mondialisées, ainsi qu’à une remise en question de la pensée unique néolibérale dont les agences internationales, largement contrôlées par les États-Unis, comme le FMI et la Banque mondiale, sont les instruments.


Hégémonie multiforme

Pour autant, et même si ces manifestations de rejet coïncident avec la volonté de plusieurs pays – et notamment ceux des Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud) – de faire émerger un monde multipolaire, les États-Unis ne connaissent guère de rival à même de leur contester une hégémonie qui est à la fois militaire, économique, technologique et culturelle. L’Union européenne – qualifiée de « nain politique, géant économique et ver de terre militaire » par l’ancien ministre belge des Affaires étrangères (1989-1992) Mark Eyskens – est divisée et en proie au désamour de beaucoup de ses citoyens. Sa démographie en berne et sa croissance économique atone ne soutiennent pas la comparaison avec le dynamisme des États-Unis. Depuis la présidence Sarkozy (2007-2012), la France semble avoir renoncé à mener une politique étrangère indépendante, jadis incarnée par la vision gaullienne d’une « Europe de l’Atlantique à l’Oural ». La Russie, qui a vu l’OTAN avancer jusqu’à sa porte (en dépit des engagements pris lors de l’unification allemande), ne fait pas le poids économiquement et même militairement face aux États-Unis, malgré l’habilité de Vladimir Poutine qui l’a remise en selle sur la scène du Moyen-Orient. Elle fait en outre l’objet d’un ostracisme atlantiste qui prolongea un climat semblable à celui qui prévalait lors de la mise en œuvre de la stratégie d’endiguement de l’influence soviétique, théorisée par George Kennan dès 1947.

Seule la Chine, en voie de devenir la première puissance économique mondiale, constitue un rival sérieux des États-Unis, qui font tout pour contenir sa montée en puissance. Avec tous les risques que cette situation peut entraîner pour la sécurité mondiale : le choc entre ces deux impérialismes dans le Pacifique pourrait par exemple finir par déboucher sur un heurt géopolitique majeur. Cela dit, Pékin reste relativement isolé : malgré le rejet commun par Moscou et Pékin de l’hégémonie américaine, on voit mal la constitution d’une véritable alliance sino-russe. Et les autres voisins de la Chine, Japon et Vietnam en tête, sont encore plus méfiants envers elle.


Extraterritorialité du droit et « soft power »

Autant que son budget militaire colossal, qui a crevé le plafond des 700 milliards de dollars – supérieur à celui de toutes les autres puissances réunies –, le dollar constitue une arme au service de la suprématie américaine. Il en est de même du pouvoir extraterritorial que s’arroge sa justice, comme en témoignent l’amende exorbitante (8,9 milliards de dollars) infligée en 2014 à BNP-Paribas pour avoir contourné plusieurs embargos imposés par les États-Unis, ou encore les retraits de grandes sociétés européennes du marché iranien suite au rétablissement unilatéral des sanctions américaines visant ce pays.

En dépit des progrès réalisés par des pays comme la Chine et le Japon, l’avance technologique et scientifique des États-Unis reste importante, surtout dans les domaines de pointe comme le numérique, dominé par les géants du web tels que Google, Microsoft, Apple et Facebook. Aujourd’hui seul le dynamisme économique de l’Asie – qui est le principal bénéficiaire de la mondialisation des échanges – soutient la comparaison avec celui des États-Unis. Malgré l’admiration pour la grandeur de sa civilisation, la vielle Europe ne constitue plus de modèle de référence pour le reste du monde et en particulier pour la jeunesse. Et les gouvernements des pays tiers ne sont plus disposés à supporter sa prétention à leur imposer ses valeurs au nom du respect des droits de l’homme.

Enfin, comme l’a souligné le professeur Joseph Nye, le « soft power » américain porté par ses industries culturelles et le statut de langue internationale de l’anglais est considérable : prenant acte de ce statut et de l’inanité des efforts visant à le contrer, l’Organisation internationale de la francophonie place d’ailleurs désormais au centre de ses valeurs la promotion de la diversité culturelle.

Pour toutes ces raisons, la prépondérance de l’impérialisme américain, tout aussi multiforme que son rejet, a encore de beaux jours devant elle...


Président de la délégation au Liban de la Renaissance française, association pour la promotion de la francophonie. Dernier ouvrage :

« La Poudrière du Proche-Orient : de sa fabrication à la guerre en Syrie » (EUE, 2018)

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MICHAEL J KASSOUF

Heureusement.
Trump remonte la pente.
Le style n'est pas academique, mais c'est l'Amerique.
Soyez heureux et essayez de comprendre avant de critiquer.

Sarkis Serge Tateossian

Excellent article. Un très bon travail.

J'aime beaucoup l'Amérique mais Trump noircit cette belle image de la belle aventure humaine qu'est l'Amérique.

Vivement qu'il finisse ce mandat de haine et de tous les conflits.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UN ARTICLE ET UNE ETUDE DIGNES DE CES NOMS !

HABIBI FRANCAIS

l Empire americain a encore de beaux jours devant lui et heureusement....aucun pays ne peut rivaliser avec les USA terre de liberte economique et democratie sans interruption depuis sa creation en 1789.
Tout le monde reve de pouvoir emigrer aux Etats Unis terre d opportunites...personne ne souhsite emigrer en chine ,russie ou Iran ....
Donald Trunp est un heros et est le seul president a avoir eu le courage de remettre en cause la mondialisation qui a detruit des millions d emplois aux Usa au profit de pays comme la chine a la main d oeuvre esclave et grand destructeur de l environnement....l Europe pourrait en prendre de la graine et prendre aussi des mesures protectionnistes....
L economie americaine est la seule economie en grande forme avec un taux de chomage de 3 % ce qui fait que Donald Trump sera reelu en 2020 et les Usa continueront a attirer des immigrants du monde entier.

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