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Liban

« Préservez les libertés pour préserver le Liban ! »

Opposition

À l’initiative de Samy Gemayel et du PNL, des personnalités hostiles au pouvoir se sont réunies au siège des Kataëb pour dénoncer les atteintes aux « fondements de la République ».

Yara ABI AKL | OLJ
11/10/2018

Le Liban est un pays de libertés, sans lesquelles il ne pourrait exister. Il faut donc préserver cette identité face aux tentatives de restriction à l’encontre des opposants et de musellement des voix qui s’élèvent pour critiquer ouvertement le pouvoir politique. Une nouvelle phase de ce combat s’est ouverte hier au siège des Kataëb à Saïfi, où une rencontre s’est tenue pour stigmatiser les multiples atteintes aux libertés publiques, dont la liberté d’expression et de l’action politique.

Dans le prolongement de ce climat de régression, la rencontre Saydet el-Jabal s’était vu priver du droit de tenir sa conférence annuelle sous le thème « Libérer le Liban de la mainmise iranienne pour préserver la Constitution et le vivre-ensemble » à l’hôtel Le Bristol à Beyrouth. Et pour cause : Wafic Safa, haut responsable du Hezbollah, a reconnu dans un entretien accordé à la chaîne al-Jadeed le 3 octobre qu’il a exercé des pressions pour empêcher l’administration de l’hôtel d’accueillir l’événement. Une décision qualifiée par le chef des Kataëb Samy Gemayel de « grave atteinte aux libertés publiques dans un pays qui se dit démocratique ».

Dans le but de s’opposer à ce genre d’agissements à même de menacer l’identité du pays, et à l’initiative de M. Gemayel, mais aussi du Parti national libéral, une centaine de personnalités politiques gravitant dans l’orbite souverainiste ainsi que plusieurs journalistes se sont réunis hier au siège des Kataëb. L’occasion pour eux de tirer la sonnette d’alarme sur les libertés au Liban. Étaient notamment présents, outre M. Gemayel, Farès Souhaid, président du Rassemblement Saydet el-Jabal, Élias Hankache, député Kataëb du Metn et le directoire du parti, l’ancien député Boutros Harb et l’ex-ministre de la Justice Achraf Rifi. L’ancien président de la République Michel Sleiman a délégué le rédacteur en chef du quotidien al-Liwa’ Salah Salam, à l’heure où l’ex-Premier ministre Fouad Siniora était représenté par Ahmad Fatfat, ancien député de Denniyé. Quant à Camille Chamoun, il représentait son père, le chef du PNL Dory Chamoun. Il y avait aussi les membres du Rassemblement Saydet el-Jabal, et un parterre de journalistes et d’opposants au Hezbollah et au pouvoir en place.

Inaugurant cette toute première rencontre transcommunautaire depuis les législatives de mai dernier, Samy Gemayel s’est indigné de la « nouvelle tentative d’instrumentaliser la justice pour museler les voix des opposants ». Il a toutefois assuré que son parti restera « le fer de lance de la bataille des libertés ». « Nous ne plierons pas face à la répression des libertés », a insisté le leader des Kataëb, assurant que le siège de sa formation sera toujours « ouvert aux gens libres qui croient en la liberté, la souveraineté et l’indépendance du Liban ».


(Lire aussi : La bataille des libertés au Liban, suite sans fin...)


Boutros Harb

À son tour, Boutros Harb a insisté sur l’importance de continuer à se battre pour la préservation des libertés publiques, dont notamment les libertés d’expression, d’opposition et d’action politique. « Pas de Liban sans libertés », a-t-il ajouté. Mais pour M. Harb, la polémique suscitée par l’affaire Saydet el-Jabal dépasse la stricte dimension des droits et libertés garantis par la Constitution. Elle porte sur le prestige de l’État. « Il est très alarmant de voir les autorités observer un silence radio face à un parti politique qui exerce des pressions pour interdire la tenue d’une conférence d’opposants », a-t-il dit.


Salah Salam

Le rédacteur en chef du journal al-Liwa’ Salah Salam perçoit quant à lui les choses sous un angle encore plus global, et même plus grave. « Tout ce que nous vivons aujourd’hui n’est autre que le résultat de l’abandon de la politique de distanciation du Liban par rapport aux conflits des axes, et du non-respect de la déclaration de Baabda (approuvée sous le mandat Sleiman, le 11 juin 2012). »

Le journaliste a toutefois assuré que la rencontre de Saïfi s’inscrit dans le cadre du « combat pour préserver la raison d’être du Liban, face à ceux qui tentent d’assassiner la liberté », notant que l’atteinte à Saydet el-Jabal « est un message adressé à tous ceux qui sont porteurs d’opinions libres et qui s’opposent ouvertement à la régression de l’autorité de l’État au profit du mini-État et des marchés douteux ».


Farès Souhaid

Prenant la parole lors de la rencontre, Farès Souhaid, président du Rassemblement de Saydet el-Jabal, s’est montré particulièrement déterminé à mener la bataille des libertés jusqu’au bout, en dépit de toutes les pressions et menaces. Il est convaincu qu’« au Liban, on ne perd jamais le combat des libertés », comme il l’a déclaré au tout début de son intervention. Il a d’ailleurs fait savoir qu’à la faveur du meeting d’hier, doublé du forcing médiatique effectué pendant plus d’une semaine, le rassemblement tiendra sa rencontre annuelle le dimanche 14 octobre à l’hôtel Gefinor-Rotana à Hamra. Dans une volonté manifeste de mettre l’accent sur le caractère pacifique, mais surtout démocratique, du rassemblement qu’il dirige, il a rappelé que celui-ci a vu le jour en 2000. Il coïncidait avec le célèbre appel des évêques maronites (septembre 2000) qui avait donné le coup d’envoi à la lutte souverainiste qui a débouché sur le retrait des troupes syriennes du Liban en 2005, à la faveur de la révolution du Cèdre déclenchée à la suite de l’assassinat de Rafic Hariri le 14 février 2005.

Farès Souhaid a ainsi rappelé que Saydet el-Jabal a longtemps œuvré aux côtés des forces souverainistes pour le retrait de l’armée syrienne, et a contribué, à la faveur des efforts de Samir Frangié, ancien député de Zghorta, perçu comme le penseur de l’intifada de l’indépendance, à la réconciliation druzo-chrétienne de 2001, ainsi qu’à la mise sur pied de l’alliance du 14 Mars et du Rassemblement du Bristol (2004-2005). « Aujourd’hui, il faut que les jeunes Libanais s’acquittent de leurs responsabilités en matière de défense de l’indépendance et des libertés. Ils devraient donc œuvrer pour libérer la décision nationale de la mainmise iranienne pour préserver la Constitution et le vivre-ensemble. » À la nouvelle génération de Libanais, Farès Souhaid a adressé ce message : « N’ayez pas peur. Préservez les libertés pour préservez le Liban ! »


Achraf Rifi

Ce même besoin d’une nouvelle indépendance s’est fait sentir chez Achraf Rifi, dont la présence à Saïfi ne peut être dissociée des bons rapports qui le lient tant aux Kataëb qu’au PNL. Il a profité de son intervention pour insister sur l’importance de s’attacher à la justice et à la liberté, appelant à la « nouvelle indépendance » dont le pays a besoin. Il va sans dire que la rencontre d’hier était unanimement saluée dans les milieux souverainistes, dans la mesure où elle a représenté une opportunité de réitérer l’attachement aux valeurs et principes de la révolution du Cèdre, mais aussi aux fondements du Liban. Il s’agit aussi d’un message adressé au Hezbollah de la part de ses détracteurs. C’est cette analyse que présente à L’Orient-Le Jour Élias Hankache, député Kataëb du Metn : « À chaque fois que les libertés au Liban seront menacées, les Kataëb seront là pour les défendre, face aux tentatives de porter atteinte à l’identité du Liban », assure-t-il.

Moustapha Fahs, journaliste et chercheur, fils de l’uléma Hani Fahs, connu pour son opposition de longue date au parti de Hassan Nasrallah, se veut, lui, plus ferme face au Hezbollah : « Cette réunion prouve qu’en dépit de toutes les pressions du camp adverse, les Libanais resteront attachés aux principes de la République, fondée sur les libertés », souligne-t-il à L’OLJ.


(Lire aussi : Farès Souhaid : Monsieur le Président, les Libanais ne sauraient être opprimés)


Les participants appellent à l’unité « pour défendre les fondements de l’État »

À l’issue de la réunion d’hier, les participants ont publié un communiqué dans lequel ils ont noté que durant les deux dernières années, la répression politique, les restrictions à la vie partisane et aux activités médiatiques ont augmenté jusqu’à faire interdire la tenue de la conférence de Saydet el-Jabal. « Cette atteinte aux droits politiques des Libanais n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans le prolongement des atteintes aux politiques, journalistes et activistes, au moyen de convocations et poursuites par lesquelles le pouvoir en place a tenté de faire taire ses détracteurs », souligne le texte, avant d’ajouter : « Le pouvoir est entièrement responsable des atteintes aux libertés et à la Constitution. »

Les participants ont par ailleurs mis en garde contre « l’instauration d’un nouveau modèle de régime sécuritaire, auquel les Libanais avaient mis fin », appelant « les forces vives à s’unir pour défendre les fondements de l’État et les droits constitutionnels du peuple ».


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Sarkis Serge Tateossian

On ne peut concevoir le Liban sans les libertés

Saleh Issal

Il était temps de relancer le mouvement pour la préservation des libertés et le sauvetage du Liban. Mission de longue haleine mais pas mission impossible.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

SANS LES LIBERTES... ET EN PREMIERE LA LIBERTE D,EXPRESSION... IL N,Y A PAS LE LIBAN !

Marionet

Je lis "l'ancien président Michel Sleiman a délégué le rédacteur en chef du quotidien Al Liwa'": il s'agissait pourtant d'un colloque consacré à La défense des libertés, dont celle de la presse, et voilà qu'on y apprend qu'un rédac chef est aux ordres d'un homme politique. Ce quotidien se dit pourtant "indépendant" non?

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