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Liban

La bataille des libertés au Liban, suite sans fin...

Opposition

Après l’affaire Saydet el-Jabal, des groupes hostiles au pouvoir en place se réuniront mercredi prochain au siège des Kataëb pour stigmatiser les atteintes au droit à l’action politique.

Yara ABI AKL | OLJ
05/10/2018

La décision d’empêcher le rassemblement de Saydet el-Jabal de tenir sa conférence annuelle sous le thème « Libérer la décision nationale de la mainmise iranienne pour préserver la Constitution et le vivre-ensemble » à l’hôtel Le Bristol, qui était programmée pour après-demain dimanche, ne peut être dissociée de la régression alarmante du climat des libertés aux Liban.Les précisions apportées par la direction de l’hôtel elle-même, affirmant que l’interdiction résultait de motifs indépendants de sa volonté, laisse clairement entrevoir que des pressions ont été exercées en haut lieu en vue d’empêcher la tenue de l’événement. Il s’agit donc clairement d’une nouvelle tentative d’étouffer les voix qui continuent à s’élever contre ce qu’elles perçoivent comme « une hégémonie de plus en plus croissante de l’Iran sur le pays », comme on le souligne dans certains milieux politiques hostiles à la République islamique.Mais l’interdiction ne semble aucunement réduire la détermination des organisateurs et des personnalités et groupes hostiles au Hezbollah et au pouvoir en place à poursuivre leur lutte pour faire entendre leur voix et défendre les libertés publiques, et notamment la liberté d’expression, raison d’être du pays du Cèdre. La sortie de Wafic Safa, haut dirigeant du Hezbollah, qui s’est ouvertement déclaré responsable mercredi de cette interdiction sur la chaîne al-Jadeed, a incité encore davantage les opposants à ce parti à aller de l’avant.À l’initiative du chef des Kataëb, Samy Gemayel, un parterre d’opposants se réuniront mercredi 10 octobre au siège du parti à Saïfi, pour « stigmatiser la répression des libertés publiques » et « réaffirmer l’attachement aux libertés publiques et à la liberté de l’action politique », comme on peut lire dans un communiqué publié à l’issue d’une réunion extraordinaire de Saydet el-Jabal tenue hier à Achrafieh. Une initiative à laquelle n’a pas tardé à se joindre le Parti national libéral de Dory Chamoun, ainsi que plusieurs figures de proue de l’opposition, à l’instar de Boutros Harb, ancien député de Batroun.

Interrogé par L’Orient-Le Jour, Farès Souhaid, président du rassemblement de Saydet el-Jabal, se félicite de l’initiative de M. Gemayel, assurant que le rassemblement (qui regroupe des chrétiens modérés) poursuivra sa bataille pour les libertés au Liban. « Il y a un agenda qui voudrait imposer aux Libanais un gouvernement conforme aux conditions de l’Iran. Et ce cahier des charges risque de saper la Constitution et le vivre-ensemble », accuse-t-il, tout en affirmant que « le Hezbollah a peur des libertés ». « Et cela prouve que le problème est culturel et lié à une différence des modes de vie », ajoute M. Souhaid. Pour lui, « ce qui reste des forces qui n’ont pas accepté le compromis (présidentiel) de 2016 continueront à se battre ».

Commentant la thèse selon laquelle le rassemblement pourrait tenir sa conférence annuelle en dehors de la capitale, M. Souhaid est catégorique : « Beyrouth a toujours été une oasis de libertés et de démocratie dans le monde arabe. Et nous insistons à ce que cette ville conserve ce rôle. » Mais parallèlement à sa détermination à poursuivre son combat, l’ancien député de Jbeil ne manque pas de mettre l’accent sur la dimension « nationale » de la crise actuelle des libertés.


(Lire aussi : Saydet el-Jabal et Le Bristol mettent les points sur les « i »)


« La phobie des dictatures »

Quant aux Kataëb, ils vont encore plus loin. Ils estiment que cette nouvelle phase de la bataille « existentielle » du pays est le résultat de la « phobie propre aux dictatures », et que partage le Hezbollah. Mais cela n’est pas la seule préoccupation du parti de Samy Gemayel. Dans ces milieux, on dénonce, surtout, le silence radio observé par les autorités libanaises face à un parti armé qui a pris une décision qui porte une atteinte flagrante à l’identité du pays.

À L’OLJ, Salim Sayegh, vice-président des Kataëb, estime « normal » que sa formation offre une place « pour que les gens puissent débattre librement de la situation du pays ». Il tient, toutefois, à préciser que « ce ne sont pas les Kataëb qui ont choisi le thème de la conférence annulée au Bristol. Mais ils plaident pour que toutes les puissances, dont Téhéran, respectent la politique de distanciation ». « Il y a une sorte de tutelle iranienne sur le Liban. Il faut que la République islamique arrête de considérer que rien ne peut se passer au Liban s’il n’émane pas d’Iran », ajoute l’ancien ministre des Affaires sociales.

Pour ce qui est de la forme de la décision d’interdiction de l’événement de Saydet el-Jabal, Salim Sayegh ne mâche pas ses mots : « C’est le Hezbollah qui est intervenu, comme l’a déclaré Wafic Safa. C’est donc la phobie que vivent les dictatures, qui ont peur des mots. »

Le vice-président des Kataëb ne cache pas son indignation de voir l’État et ses autorités indifférents face aux atteintes à la souveraineté nationale. « Cette attitude est un coup dur non seulement à la souveraineté du pays, mais aussi à l’essence même de son existence, en l’occurrence la liberté sacro-sainte », avertit M. Sayegh, avant d’ajouter : « Le plus grave est que cette interdiction brutale émane d’un parti armé avec l’indifférence totale de l’État. » « Les Kataëb ne peuvent aucunement rester immobiles face à ce genre d’actes. D’où l’importance de la rencontre prévue mercredi prochain », souligne-t-il.

De même, Élias Hankache, député Kataëb du Metn, souligne à L’OLJ que « le pays vit actuellement dans la plus dangereuse atmosphère d’atteinte aux libertés. Et il est normal que les Kataëb soient aux côtés des gens dans ce genre de batailles qui rappellent l’ère (révolue) de la tutelle syrienne ».

A son tour, le Rassemblement pour la République (RPR) de l’ancien président Michel Sleiman s’est indigné, dans un communiqué publié hier, du fait que « le Liban se transforme, en 2018, en un pays où les opinions sont réprimées et des conférences annulées sous l’effet de certaines pressions », incitant « toutes les personnes concernées par les libertés publiques à ne pas se rendre à la logique de la force et de la peur ».



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rayelie

BRAVO à tous bon courage que votre exemple soit suivi massivement par les autres forces politique du pays et tous les indépendants.

La Parole

Il est vraiment dommage que ce rassemblement voire une alliance n'a pas eu lieu avant les élections. Les popularités du CPL et des FL sont alimentés par la farouche détestation les uns des autres. La vrai représentation des chrétiens se trouve ici.

Zaarour Beatriz

Dans le climat cauchemardesque actuel que nous vivons au Liban, M. Gemayel ne baisse pas les bras, et ne craind aucun danger...! Il est bien courageux!! La lutte pour les libertés d'expression et pour l' action politique est le devoir de tous les citoyens dans un pays démocratique comme le Liban!
Vous êtes un exemple M. Gemayel! Bravo et bonne chance!

Eleni Caridopoulou

Incroyable ou le Liban est arrivé....

Wlek Sanferlou

Si Samy Gemayel, que je respecte beaucoup, est sérieux il faut que les kataeb lance une pétition pour un gouvernement de technocrates. On verra des milliers de libanais envoyé un message clair qu'ils ont besoin d'un gouvernement de technocrates qui s'occuperont des besoins du peuple.
C'est le peuple qui paie leurs salaires et leurs erreurs après tout... Ils gaspillent cet argent sur des meetings et des press-conference à l'eau de rose piquante!!!

Sarkis Serge Tateossian

S'il y a une valeur où tous les libanais s'y reconnaissent c'est celle de la liberté.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

TROP DE TEMPS VA PASSER AVANT QUE LES LIBANAIS RECOUVRENT PLEINEMENT LEUR LIBERTE D,EXPRESSION !

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