Liban

Le sommet économique arabe de Beyrouth pose le problème de la participation de la Syrie

Décryptage
08/10/2018

En dépit de tous les problèmes internes et des nombreux dossiers en suspens, le Liban officiel prépare déjà le sommet arabe économique qui doit se tenir à Beyrouth à la mi-janvier 2019. Le Liban compte en effet beaucoup sur ce sommet pour, d’une part, redonner au pays une place de choix sur la scène arabe, et, d’autre part, permettre une relance concrète de l’économie qui connaît actuellement une période de stagnation. Ce sommet étant organisé sous la supervision de la Ligue arabe, tous les pays membres de cette Ligue doivent recevoir au plus tôt les invitations officielles. C’est dans ce but que le ministre des Affaires étrangères entame aujourd’hui une tournée dans plusieurs pays arabes, notamment dans le Golfe, pour remettre les invitations aux autorités respectives et discuter d’un ordre du jour potentiel qui sera fixé en coordination avec la Ligue arabe.

Pour le Liban, la tenue de ce sommet est en elle-même un message positif à la fois politique et économique, et les autorités libanaises espèrent à travers cette réunion assainir le climat arabe interne et mettre sur pied une coopération plus étroite entre les pays membres de la Ligue au moment où l’administration américaine prépare un plan pour régler le conflit arabo-israélien au détriment des droits arabes.

Du point de vue du Liban, la solidarité arabe, à la fois politique et économique, est plus que jamais requise pour faire face aux projets américano-israéliens, d’autant qu’après les propos du Premier ministre israélien à la tribune des Nations unies au sujet des prétendues installations militaires du Hezbollah autour de l’AIB, les menaces israéliennes contre Beyrouth se précisent. Le sommet économique arabe recèle toutefois une problématique pour le Liban. Doit-il ou non adresser une invitation à la Syrie pour y participer ? En effet, depuis le début de la guerre dans ce pays, la participation de la Syrie à la Ligue arabe a été suspendue, et le siège syrien, dans les réunions de la Ligue arabe, reste vide, n’ayant pas été attribué à l’opposition en raison de ses divisions. Il s’agit donc d’une décision officielle de la Ligue arabe. Si elle n’avait pas été adoptée à l’unanimité des membres, comme le sont généralement les décisions arabes, elle a néanmoins été validée et est en vigueur depuis des années. Si le Liban adresse donc une invitation à la Syrie, et en particulier au régime en place, il violerait une décision officielle de la Ligue. Mais s’il ne le fait pas, il approfondira la crise politique actuelle entre le Liban et la Syrie, au moment où le Liban cherche à rapatrier les déplacés syriens, qui le souhaitent et qui le peuvent, chez eux et où il a énormément besoin de la réouverture du point de passage de Nassib, entre la Syrie et la Jordanie, pour pouvoir écouler ses produits agricoles et industriels dans le monde arabe. Le Liban espère toutefois ne pas avoir à prendre position sur ce dossier et qu’il sera réglé de lui-même au cours des deux prochains mois. En effet, selon une source diplomatique arabe, dans les coulisses de la session ordinaire annuelle de l’Assemblée générale des Nations unies qui s’est tenue à la fin du mois de septembre à New York, il est apparu clairement que plusieurs pays cherchaient à rétablir des relations diplomatiques avec la Syrie. D’ailleurs, l’accolade spectaculaire entre le ministre syrien des Affaires étrangères Walid Moallem et son homologue bahreïni, cheikh Khaled ben Ahmad al-Khalifa, était un indice palpable d’un changement d’attitude internationale à l’égard du régime syrien. Selon la source précitée, le ministre bahreïni aurait déclaré, dans le cadre d’une réunion interarabe, qu’il est inacceptable que des réunions internationales et régionales consacrées au dossier syrien se tiennent sans une participation arabe. Le ministre faisait ainsi allusion au sommet qui a regroupé la Russie, la Turquie et l’Iran, et à celui qui devrait se tenir à Istanbul, en octobre ou en novembre, entre la Russie, la Turquie, la France et l’Allemagne au sujet de la Syrie. Le ministre bahreïni aurait aussi ajouté, selon la source précitée, qu’il est temps de ramener la Syrie dans le giron arabe. Selon la même source, cheikh Khaled ben Ahmad al-Khalifa n’aurait pas pu tenir de tels propos s’il n’avait pas l’aval des dirigeants saoudiens, sachant que la coopération est très étroite entre les deux pays, sur tous les plans, y compris diplomatique.

De plus, l’attitude et les propos du ministre de Bahreïn suivent des informations précises sur une rencontre entre l’héritier du trône saoudien, le prince Mohammad ben Salmane, et le chef de la Sécurité nationale syrienne, le général Ali Mamlouk. Certes, selon les informations ayant filtré au sujet de cette rencontre, elle n’aurait pas abouti à une entente, car la partie saoudienne aurait proposé de réintégrer la Syrie au sein de la Ligue arabe et de contribuer à la reconstruction du pays moyennant la rupture des liens entre Damas et Téhéran. Ce qui aurait été jugé inacceptable par le représentant syrien. Mais selon la source diplomatique arabe, ce qui compte, c’est qu’un dialogue a été entamé entre les deux parties. La même source estime que le règlement de la situation dans la province d’Idleb, qu’il se fasse dans le cadre d’une grande bataille ou dans le cadre d’un affrontement limité, pourrait être déterminant pour un changement de la position arabe à l’égard de la Syrie.

Mais, le problème, pour le Liban, c’est qu’en dépit de tous les pronostics, ce règlement ne semble pas imminent...


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Doit-il ou non adresser une invitation à la Syrie pour y participer ?
En effet, depuis le début de la guerre dans ce pays, la participation de la Syrie à la Ligue arabe a été suspendue, et le siège syrien, dans les réunions de la Ligue arabe, reste vide, n’ayant pas été attribué à l’opposition en raison de ses divisions. Il s’agit donc d’une décision officielle de la Ligue arabe.

Si le Liban adresse donc une invitation à la Syrie, et en particulier au régime en place, il violerait une décision officielle de la Ligue.

POURQUOI POSER LA QUESTION QUAND LA REPONSE EST DANS VOTRE TEXTE

probablement pour remplir quelques lignes de plus
car tant que la Ligue Arabe ne reprend pas ses relations avec la Syrie, le Liban n'a pas le droit de l'inviter a une reunion meme si cela doit faire des problemes economique au Liban car le danger serait que plusieurs pays de la Ligue boycottent cette conference a ce moment la
c'est dommage evidement mais se mettre a dos la Ligue Arabe peut creer de gros problemes a l avenir

Le point

Il n'y pas lieu pour le Liban d'être embarrasser par la question syrienne ici. Il faut juste demander le feu vert à la ligue arabe pour inviter la Syrie, et et j'espère que la ligue serait d'accord, car la participation de la Syrie sera une belle occasion pour entamer, dans les coulisses, le dialogue politique d'après la guerre. Par principe un dialogue est toujours meilleur qu'un boycott.

Wlek Sanferlou

Ah oui oui! la grande question est bien là participation de la Syrie mais les deux problèmes qui se posent alors seraient:
1- Qui est le mieux qualifié pour parler au nom des syriens, le Liban, Jordanie et Turquie qui ensemble ont plus du quart des syriens, avec russes et iraniens gouvernant plus de la moitié des autres syriens au pays?
2-si la Syrie est quand même invitée faudra-t-il avoir des traducteurs russes et iraniens pour faciliter les discussions et avoir des réponses concluantes?
Quel patchwork plein d'imagination...

MIROIR ET ALOUETTE

Scarlett pose les bonnes questions , comme de coutume elle nous interpelle longtemps à l'avance.

Après lecture de cet article on se demande comment le seul pays arabe digne de la région, la Syrie du heros Bashar peut il être ignoré, face à cette suite de pays paria et informes.

Je suis étonné par l'accolade du bahreini à son homologue syrien , est ce le baiser du diable ou une reconnaissance de sa défaite face aux résistants ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CE SOMMET ETANT ORGANISE SOUS LA SUPERVISION DE LA LIGUE ARABE TOUS LES PAYS MEMBRES DE CETTE LIGUE DOIVENT RECEVOIR LES INVITATIONS OFFICIELLES... VOUS DITES TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... IL FAUT UNE REUNION DE LA LIGUE ARABE POUR REHABILITER LA SYRIE AVANT TOUTE PENSEE D,INVITATION AU SOMMET ECONOMIQUE DE LA LIGUE D,OU LA SYRIE EST EXCLUE !

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