Liban

Gouvernement : des indices positifs, mais rien de décisif encore

Décryptage
06/10/2018

« Si le Liban reste sans gouvernement, c’est lui seul qui en pâtira. L’absence de gouvernement au Liban n’a aucun impact sur les développements régionaux et seuls les Libanais en souffriront. » C’est par cette phrase qu’un diplomate étranger accrédité au Liban résume la situation gouvernementale, dans l’espoir de pousser les parties politiques concernées à réagir positivement. Le diplomate précité réduit ainsi l’influence des facteurs externes sur la formation du cabinet, pour insister sur les calculs des parties locales, qui ne parviennent pas à se convaincre de la nécessité de faire des concessions réciproques.

C’est pourtant un appel en ce sens qu’a adressé jeudi soir le Premier ministre désigné Saad Hariri aux parties politiques dans le cadre de l’entretien télévisé accordé à Marcel Ghanem.

Depuis cet entretien, un vent d’optimisme semble souffler. M. Hariri a en effet annoncé que le Liban devrait avoir un nouveau gouvernement dans une dizaine de jours. Et le lendemain, le ministre des Affaires étrangères et chef du CPL Gebran Bassil s’est aussi montré positif dans une conférence de presse donnée au siège principal de son parti. Il a ainsi expliqué clairement que les différentes parties ont opté pour un gouvernement d’union (ou de coalition) nationale, dans lequel la plupart des composantes seraient représentées. Mais pour connaître la part de chacune au sein du gouvernement, le critère le plus plausible est la référence aux résultats des élections législatives. Selon M. Bassil, si l’on prend en compte ces résultats, la composition du gouvernement deviendra très facile sur le plan de la distribution des parts. Mais le problème, c’est que justement, certaines parties veulent passer outre aux résultats des dernières législatives et faire comme si elles n’avaient pas eu lieu. Pour le ministre sortant, tout le problème est là, et si l’on respecte ce critère, les « trois nœuds » seront facilement résolus.


(Lire aussi : Gouvernement : retour à la case départ?)


Il a ainsi démenti toutes les allégations selon lesquelles le CPL et le chef de l’État voudraient obtenir le tiers de blocage (ou de garantie), c’est-à-dire onze ministres dans une équipe de trente. Gebran Bassil a insisté sur le fait qu’une telle condition est en général demandée par l’opposition au sein d’un gouvernement de coalition ou d’entente pour avoir prise sur les décisions qui exigent un vote aux deux tiers des voix ministérielles ou pour faire sauter le quorum d’une réunion du Conseil des ministres lorsqu’elle n’est pas d’accord avec l’ordre du jour. Mais elle ne peut pas être exigée par le président de la République ou par le Premier ministre qui briguent la majorité des voix ministérielles, à travers des alliances, sachant que leurs deux signatures sont exigées pour que le gouvernement soit formé officiellement.

Tout en reconnaissant que la Constitution ne pose aucun délai au Premier ministre désigné, M. Bassil estime toutefois que ce dernier devrait se fixer une date limite. Selon lui, il doit prendre une décision et la soumettre au président de la République. « Si ce dernier est d’accord, l’annonce devra être faite et la partie qui n’est pas d’accord pourra se retirer. Même s’il s’agit de nous ! » En disant cela, le ministre se fait l’écho de propos attribués au chef de l’État, selon lesquels il faut prendre une décision et les parties qui ne seront pas satisfaites pourront se retirer, même s’il s’agit de son propre camp politique.

Pour le chef de l’État, en effet, il n’est pas question de céder à ce qu’on appelle « le chantage du temps » pour accepter une formule gouvernementale qui ressemblerait à l’actuelle. En d’autres termes, il n’est pas question d’accepter un gouvernement avec une composition sensiblement conforme à celui actuellement en place, car il serait paralysé dès qu’il s’agirait d’examiner un dossier sensible.Le chef de l’État estime qu’il a réussi de grandes actions au cours des deux premières années de son mandat, mais elles ont souvent été réalisées à l’arraché et après de longs débats.


(Lire aussi : Gouvernement : Bassil durcit à nouveau le ton)


De plus, ce gouvernement n’a pas pu traiter de nombreux dossiers vitaux pour les citoyens à cause du blocage interne. C’est pourquoi reproduire le même modèle aujourd’hui, après les élections législatives, serait un retour en arrière sur le plan politique, et une voie ouverte pour de nouvelles paralysies de l’exécutif qui auraient un effet terrible sur le moral des Libanais et sur leur quotidien. Patienter encore un peu pour obtenir une formule gouvernementale à la hauteur des attentes des Libanais et qui pourrait fonctionner efficacement et régler les nombreux dossiers en suspens, telle est donc la priorité exprimée par le chef de l’État et reprise par le chef du CPL dans sa conférence de presse d’hier.

Mais en réclamant une équipe gouvernementale efficace et productive, Gebran Bassil est accusé d’entraver ou de retarder la formation du gouvernement. Le ministre a balayé hier ces accusations en affirmant que, pour lui, entraver la formation du gouvernement signifierait se tirer une balle dans le pied. Il s’est battu, comme tous les partisans de Michel Aoun, pour que ce dernier soit élu à la présidence de la République et son souci est de faire en sorte que ce mandat soit l’un des plus réussis de l’histoire du Liban moderne. D’abord pour montrer la justesse des options de son camp, et ensuite parce que si ce mandat n’est pas à la hauteur des attentes des Libanais, tout le concept du « président fort de sa popularité qui lui permet d’influer sur le cours des événements » sera mis en échec et le Liban reviendra à la situation d’avant, celle d’un président sans réel pouvoir car privé de légitimité populaire. Selon les sources proches du CPL, il est donc illogique d’accuser Gebran Bassil d’avoir ouvert la bataille présidentielle et d’œuvrer pour devenir le successeur du général Aoun en posant des conditions au sujet de la formation du gouvernement. Selon ces sources, lui et son camp ont une seule priorité : faire réussir le mandat Aoun, qui entamera le 31 octobre sa troisième année. Si ce mandat échoue, ni Gebran Bassil ni aucun autre président dit fort n’auront plus de chances d’être élus.


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Bery tus

hehe on savait a la base déjà .. qu'ils (le CPL et pire leur partisans) allaient rejeter le blame sur les autres comme toujours … le mandat du president est effectivement soutenue par la majorité en commençant par les FL sauf qu'il ne faut pas oublier les affaires hérites (des gouvernements passes) font eux aussi partie du CV du CPL …. car ils faisaient a par entière partie des gouvernement passes !!


et la ce qui m'intrigue ce n'est pas le faite de leur participation aux gouvernement passer mais leur envie d'en avoir encore et encore plus


dommage on peut tromper certaines personnes quelques temps mais on ne peut tromper tout le monde tout le temps

Saliba Nouhad

Le problème majeur dans tout cet exposé, c’est cette logique de l’absurde qui ramène tout le problème du Liban à une histoire de gouvernance absolue que cherche le Président et son parti qui veulent jouer aux sauveurs du pays et surtout des chrétiens s’imaginant avoir un appui populaire massif: en résumé, c’est soit nous ou le blocage et le chaos!
Ces messieurs ne réalisent pas qu’ils ne feront jamais l’unanimité à cause d’un handicap majeur: leur alignement sur le Hezbollah et la ligne iranienne!
Une grande partie des citoyens surtout chrétiens ne leur pardonneront pas cela, et ont rejoint les rangs de partis plus neutres et nationalistes, réalisant qu’on s’est mis à dos tout le monde Occidental, le monde Arabe Sunnite et Israël et que rien de bon ne pourrait être accompli si on ne revient pas au principe absolu de neutralité et de distanciation des conflits régionaux!
Or, et c’est là où le bat blesse, le Président et son gendre sont pris en otage par le Hezbollah, et c’est pourquoi les autres n’accepteront jamais de leur accorder un pouvoir absolu!

Hitti arlette

Merci ma chère scarlett pour cet article .
Car seuls les détracteurs, les envieux et ceux qui prennent le président Aoun en grippe pour des raisons connues de tous , refusent de reconnaître les réalisations accomplies depuis son accession au pouvoir . C'est surtout les frustrés ,qui convoitaient le siège du palais de Baada et leurs acolytes qui jouent les trouble-fêtes en dénigrant tous les efforts déployés pour traiter les dossiers épineux légués par les prédécesseurs .. Il faut être aveugle pour ne pas voir tous ces bâtons qu'ils essaient de mettre dans les roues pour entraver la bonne bonne marche du mandat présidentiel . L'avenir mettra à nu leurs mauvaises intentions . Cest à ce moment là qu'on rira à gorge déployée ..

Wlek Sanferlou

En lisant ce article je me sens renaît de nouveau dans ma foi: dorénavant je porterai autour du cou un chapelet à l'effigie de GB, ferai une neuvaine a sa sainteté MA et ferai mes prières journalières à sa sainteté HN...
Ouf! Après tout ça on se sent si léger .. surtout côté tête.

MAKE LEBANON GREAT AGAIN

le ministre des Affaires étrangères et chef du CPL Gebran Bassil s’est aussi montré positif dans une conférence de presse donnée au siège principal de son parti

Mm Haddad je regrette vraiment de dire que cette phrase est totalement fausse.

Tout ce que vous ecrivez de positif sur M Bassil ne convainc malheureusement personne et le Liban restera sans gouvernement aussi longtemps que'il est reste sanS president a cause de ce genre d'attitude
MOI OU PERSONNE
L'optimisme de M Harriri la veille avait donne un espoir que nos politiciens se reveilleronst pour le bien du Liban. L'intervention de M Bassil a detruit tout cela
C'EST CELA LA VERITE

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

MAIS C,EST EXACTEMENT BASSILE... QUI VEUT JOUER AU P.M.... LE GRAND PROBLEME DANS LA NON FORMATION DU GOUVERNEMENT, TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD ! ASSEZ D,ENCENSEMENT ET DE DESINFORMATION... LES LIBANAIS NE SONT PAS DUPES !

Irene Said

"...le chef de l'Etat estime qu'il a réussi de grandes actions au cours des deux premières années de son mandat..."

Lesquelles, s'il vous plaît ?

1) les barges turques pour "l'électicité"
2) les 400 nationalités libanaises accordées à des Syriens, Palestiniens etc.
3) laisser le Hezbollah, parti 100% iranien faire ce qu'il veut au Liban
4) les déchets qui nous envahissent chaque jour un peu plus
5) le muselage des libertés d'expression
6) une justice à plusieurs vitesses
7) une corruption qui augmente chaque jour
8) la lente destruction de notre environnement
etc., etc.
la liste des "grandes actions" est interminable... pour notre plus grand bonheur !
Irène Saïd

gaby sioufi

balayage pour balayage( en citant s hadad ) ce coup-ci ne leur a pas reussi a g b et ses sbires du cpl.
on pardonne a s haddad sachant son devouement corps & ame aux principes de aoun& g b sans reflexion encore moins hesitation aucunes (peut etre) ce serait en sa faveur qui n'y aurait vu que du feu.

mais que g b lui se gourre comme ca ?
a eux deux, scarlett & jibran n'ont meme pas realise l'erreur grossiere de calcul -ils devraient retourner a l'ecole reapprendre non seulement la table de division,mais toutes les autres aussi !
a moins que, a moins que g b-intelligent qu'il est- n'ait simplement voulu lancer la chose pour s'amuser , pour encore 1 fois defier geagea ET le pauvre peuple surtout aouniste escomptant leur ignorance (d'ailleurs les repliques des FL n'etaient que repetition de celles des 4 derniers mois )

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