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Liban

Barrage de Bisri : le CDR annonce l’arrivée d’une délégation d’archéologues français pour inspecter le site

Polémique

Paul Abi Rached dénonce des lacunes dans les études déjà effectuées, et la Campagne de préservation de la vallée organise une tournée ce samedi.

S.B. | OLJ
03/10/2018

Le Conseil du développement et de la reconstruction, peu connu pour sa propension à la communication, a publié hier un communiqué dans lequel il annonce l’arrivée prochaine d’une délégation envoyée par une institution française spécialisée en archéologie en vue de compléter l’inspection du site de Bisri (Sud), où devrait être érigé un barrage suivant les plans de l’État.

Selon le communiqué, cette visite « vise à déterminer quels sont les vestiges archéologiques dans le périmètre du projet afin qu’ils soient protégés et transférés dans les environs, à l’instar des sites historiques et religieux qui s’y trouvent actuellement ». Le CDR précise dans le texte que le bureau français a été recommandé par la Direction générale des antiquités (DGA) et qu’il sera chargé d’un recensement géomorphologique de la région, sachant que la délégation s’est déjà déplacée au Liban du 25 au 30 juin dernier.

Le communiqué évoque « des fouilles d’investigation, un recensement géologique et écologique pour les sites archéologiques et un prélèvement d’échantillons en vue de dater les sédiments et les vestiges et d’étudier leur progression à travers les siècles ». Cette visite permettra, toujours selon le CDR, de compléter les études entreprises et d’effectuer une carte des vestiges archéologiques et des moyens de les protéger.

Sur un autre plan, le communiqué s’attarde sur « le travail d’un bureau de consultants libanais en vue de déterminer le coût écologique de la construction d’un barrage dans cette vallée et les mesures à prendre en vue de compensations aux habitants locaux ».

Il cite des réunions avec les municipalités de la région pour leur expliquer l’intérêt du projet (qui devrait être financé par la Banque mondiale) et la teneur des compensations. Le communiqué s’attarde sur « l’utilité de ce projet de barrage pour tout le Liban, étant donné qu’il assurera 125 millions de mètres cubes d’eau qui approvisionneront une zone s’étalant de l’Iqlim el-Kharroub jusqu’au Metn, en passant par Beyrouth et ses banlieues, ce qui permettra de résoudre le problème du rationnement de l’eau ».


Sur les pas du Christ ?

Ce communiqué passe outre le fait que le projet de barrage à Bisri est hautement controversé, non seulement parce qu’il noie d’importantes zones riches en archéologie, en écologie et en agriculture, mais aussi parce que c’est là que passe l’une des failles les plus importantes du pays, celle de Roum, d’où le fait que des craintes sont liées au stockage d’un aussi important volume d’eau à cet endroit.

Commentant le communiqué du CDR, Paul Abi Rached, président du Mouvement écologique libanais, qui suit de près ce dossier, indique à L’Orient-Le Jour que des lacunes peuvent y être décelées. « On y parle de l’église Mar Moussa qui sera transférée ailleurs en collaboration avec les autorités religieuses de la région, mais qu’en est-il des vestiges du couvent Sainte-Sophie à proximité, bien plus ancien puisqu’il est estimé qu’il a été bâti par l’empereur Constantin au IIIe siècle ? se demande-t-il. Or, la présence d’un couvent aussi important, dans un endroit aussi reculé, pose une question qui taraude des archéologues auxquels nous avons parlé : le Christ a-t-il emprunté cette voie, qui faisait partie de la route de la soie, pour se rendre à Damas ? Est-ce pour cela que le premier empereur chrétien a placé là et dans les environs des sanctuaires aussi importants ? S’il y a 1 % de chance que Bisri ait été sur la route du Christ, cela ne devrait-il pas pousser l’État à plus de recherches ? »

Par ailleurs, Paul Abi Rached déplore le fait que le communiqué donne l’impression que les vestiges archéologiques sont peu nombreux et peuvent être transplantés ailleurs, alors qu’il y en a des dizaines recensés par des archéologues libanais, selon lui.

Pour ce qui est des compensations écologiques, le militant affirme que le CDR et les personnes en charge du projet se sont réunis avec le Mouvement écologique libanais pour en parler. « Nous leur avons répondu que rien ne peut compenser la perte de l’écosystème présent et que planter des milliers d’arbres à la place de ceux qui vont être arrachés ne résoudra rien, dit-il. Quant à l’étude sur la biodiversité, même eux ne peuvent que reconnaître qu’elle est insuffisante. L’ornithologue Ghassan Jaradi souligne qu’il s’agit du deuxième passage d’oiseaux migrateurs le plus important après Ammiq (Békaa) et qu’on ne peut y recenser les espèces en moins d’un an de travail. »

L’affaire de Bisri est loin d’être close. Entre-temps, la Campagne nationale pour la préservation de la vallée de Bisri organise une marche ce samedi de Mazraat el-Chouf jusqu’à la vallée, en passant par une antique route romaine. 


Pour mémoire

Dans la vallée de Bisri, le projet de barrage fait polémique

Une marche anti-barrage de Bisri, à l'occasion de la journée de la Terre (vidéo)


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Stes David

Bisri c'est un joli village très calme et une belle vallée. Je comprends que d'autre coté on veut aussi infrastructure pour de l'eau et amélioration des conditions à Saida et Beyrouth etc. mais c'est très triste de sacrifier ce endroit de nature maintenant, ca mérite être plutot une sorte de réserve naturelle ... C'est un sujet difficile car peut-être les ingenieurs libanais qui travaillent sur ce projet eux ils pensent qu'exactement ils combattent des problèmes de la situation actuelle qui n'est pas idéale non plus car je pense avoir lu qu'on veut éviter l'extraction actuelle de l'eau pour Beyrouth. Voilà les problèmes d'un pays avec peu de surface ou chaque endroit de nature coute beaucoup d'argent ... (vue le problème de la grande population et le besoin d'énergie et eau etc.)

Danielle Sara

A L’OLJ ,
Merci pour cet article ! Et s’il vous plaît continuez les reportages sur ce sujet ! L’ enjeu est trop important !
Et plus vous sensibiliserez vos lecteurs, plus on a des chances qu’un mouvement se forme pour entraver ce projet désastreux.

Danielle Schuck

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