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Au Liban, la tradition du bras de fer renaît de ses cendres

Reportage

Répandu dans la culture populaire masculine, le sport populaire attire aussi les femmes. 

OLJ/AFP
09/09/2018

Devant des dizaines de spectateurs, Halim el-Achkar saisit le poignet de son adversaire sur la table et fait plier son avant-bras, s'assurant de la victoire. Au Liban, la tradition du bras de fer renaît de ses cendres. Trapu, barbe noire et bras tatoués, cet homme de 25 ans est un mordu de ce sport ancestral : "Je jouais déjà avec mes amis à l'école, puis à l'université (...) J'ai toujours aimé ce jeu. C'est pour moi un symbole de force et de virilité". 

Teneur du titre de champion pour la région du Mont-Liban, dans la catégorie des moins de 90 kg, M. Achkar doit désormais participer à la finale du Championnat national, prévue dimanche à Beyrouth. La rencontre inaugurale de la deuxième édition du Championnat national s'est disputée dans la ville de Jounieh, à 20 km au nord de Beyrouth.
Cette compétition est organisée par la Fédération libanaise de bras de fer, fondée en mars 2017 pour ressusciter et professionnaliser ce sport populaire. En un an et demi, la Fédération a déjà réussi à attirer plus de 750 jeunes et moins jeunes, organisant des tournois à travers le pays.

"Nous apprenons aux adhérents la technique du jeu conformément aux normes internationales. Notre objectif est aussi de placer le Liban sur la carte mondiale" du bras de fer, explique Karim el-Andary, président de la Fédération.


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Tradition de "plusieurs siècles"
Les combats, durant lesquels les joueurs doivent avoir en permanence les coudes sur la table, peuvent durer quelques secondes seulement ou plusieurs minutes.

"Le bras de fer est ancré dans la tradition libanaise, nous l'avons hérité de nos grands-parents, il est de notre devoir de le préserver", martèle M. Andary.
"Cette tradition était largement répandue à travers le pays il y a déjà plusieurs siècles", explique de son côté Maroun Khalil, président de la Fédération libanaise du patrimoine et des sports traditionnels. "Il s'agissait à la fois d'un passe-temps ludique et d'un moyen pour régler les différends dans les villages sans en arriver à une effusion de sang", raconte-t-il.

Un renouveau accompagné de succès. En juin 2017, deux Libanais ont remporté une médaille d'or chacun lors d'une compétition en Italie. Membres de la Fédération, ils entraînent aujourd'hui les novices.
"Il faut que cette discipline reprenne de plus belle et qu'on puisse briller à l'étranger comme cela est le cas en basket-ball", insiste Halim el-Achkar, en référence aux cinq victoires décrochées par l'équipe nationale de basket en Coupe d'Asie depuis 1999.

Cette année, le championnat a attiré quelque 250 lutteurs masculins, dont des militaires et membres des services de sécurité.

Pierre Harb se réjouit de pouvoir participer à ce championnat car, confie-t-il, le bras de fer existe dans sa vie "depuis l'enfance". Ce jour-là à Jounieh, cet homme de 31 ans a toutefois été battu par un adolescent de 14 ans à la corpulence impressionnante.


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Participation féminine
Répandu dans la culture populaire masculine, au côté d'autres pratiques comme le soulevé de pierres lourdes, le bras de fer attire aussi les femmes. Pour la première fois d'ailleurs, le championnat leur est ouvert.
"Je suis ici pour montrer que la femme peut participer à ce sport sans perdre sa féminité", témoigne Amany Abi Khalil, étudiante en théâtre âgée de 22 ans. "Certains ont été surpris par ma décision, mais mes parents et mes amis m'ont soutenue", ajoute la jeune femme aux longs cheveux noirs.

Comme elle, 50 femmes ont tenté l'aventure, tandis que d'autres étaient arbitres. Certaines candidates maquillées et en talons aiguille, rivalisaient de coquetterie.

"La participation féminine à cette compétition est un message" en faveur du "changement des mentalités", s'enthousiasme Claudine Aoun, présidente de la Commission nationale de la femme, présente à Jounieh. "Lorsque les femmes s'imposent dans tous les secteurs" y compris ceux associés exclusivement au sexe masculin, "cela permet de changer les perceptions", ajoute-t-elle.

Dans la catégorie féminine, c'est Téresa Bassil, 16 ans, qui a décroché la première place lors de la rencontre à Jounieh. "La force n'est pas l'apanage des hommes. Les femmes peuvent être aussi fortes", affirme d'une voix douce la jeune femme de petite taille.


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Beauchard Jacques

Les politiques ne sont-ils pas lancés dans la compétition du bras de fer?

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