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Culture

Photographier son héritage pour qu’il ne puisse jamais disparaître

Exposition

Dans l’exposition « Looking for the Truth », quinze photographes émergents du Liban, de Palestine, de Syrie et du Yémen affichent les identités singulières de leurs peuples.

16/07/2018

Des bains turcs de Damas à un atelier de fabrication d’huile au Yémen en passant par des artisans au Liban, l’exposition « Looking for the Truth » parle d’héritage. Quinze jeunes photographes libanais, palestiniens, syriens et yéménites rendent hommage aux traditions, au savoir-faire et aux coutumes de leurs pays. Une manière de célébrer l’identité culturelle de territoires traversés par la guerre et de rappeler que la photographie est avant tout un art de transmission. L’appareil photo rend immuable ce qui est menacé ou condamné à disparaître.

Accompagner des photographes émergents
Ce projet n’est pas une simple exposition de photographies. Il est le fruit d’un programme d’accompagnement initié pour la première fois par Dar al-Mussawir, la Thomson Foundation et le centre culturel britannique, le British Council. D’avril à juillet, 15 jeunes photographes émergents ont été suivis par des professionnels. Durant les différents workshops, ils ont pu développer leurs aptitudes techniques (prise de vue, exposition, montage…) et apprendre à être des photojournalistes responsables grâce à des cours d’éthique et de sécurité en zone de conflit. Ils ont également été initiés aux dures lois du marché de la photographie documentaire : comment vendre ces photos ? À qui ? Comment constituer un reportage qui puisse intéresser des agences ou des magazines? 

Glenn Edwards, photojournaliste gallois indépendant, était l’un des intervenants. Ayant sillonné l’Afrique avec son appareil photo, il a pu partager son expérience et transmettre sa passion : « Les photographes de ce groupe sont très différents par leurs personnalités et leur amour de la photo. Mon but était de leur donner confiance en eux. Au début de la session, certains n’osaient même pas prendre des gens en photo », se rappelle-t-il.

Selon lui, la confiance et la créativité – faire une série de photos comme on écrit une histoire – sont les clés du photojournalisme : « J’espère maintenant que ces jeunes photographes auront les outils nécessaires pour travailler seuls. C’est très important d’initier les personnes de cette région au photojournalisme », assure-t-il avec conviction. 



Célébrer le savoir ancestral
Durant ces sessions, chacun a constitué une série de photos en lien avec l’héritage et la diversité de son peuple. « Ce sont les jeunes photographes qui, au cours d’une discussion, ont choisi ce thème, précise Ibrahim Dirani, de Dar al-Mussawir. Ils ont beaucoup échangé sur les ressemblances et les divergences des quatre pays dont ils sont originaires. Le thème de l’héritage leur permet de parler à la fois de l’art, de la culture, de l’identité et de la place de la femme dans le monde arabe. » 

Reine Chahine, une jeune photographe libanaise, est très enthousiasmée par le multiculturalisme de la formation : « Ces cours ont été très enrichissants techniquement et culturellement. J’ai découvert à quel point il était difficile de travailler dans certains pays. Au Yémen par exemple, les gens sont très suspicieux. Angham al-Sahri a dû demander une autorisation pour prendre des photos dans un atelier de fabrication d’huile! » Moammah Mekhlafi, jeune photographe yéménite, assis à côté d’elle, acquiesce de la tête : « Au Yémen, les gens ne croient pas que tu es photojournaliste. Ils pensent directement que tu es un ennemi. » 

Ce jeune homme passionné de cinéma a photographié les danseurs de Baraa, une danse yéménite. Reine Chahine a fait, quant à elle, une série autour de la fabrication artisanale d’instruments traditionnels. Tous deux viennent de pays différents mais ont choisi de s’arrêter sur la beauté du geste et de la musique.

Dans les conflits, la vie survit
D’autres ont souhaité mettre en avant les paradoxes et la pluralité de leur peuple. Comme Jafaar al-Mereil, photographe syrien, qui place côte à côte des photos d’un concert de rock à Damas et celles du hakawati (conteur traditionnel) du café Nawfara. 

Nabiha Hajaigue, une photographe voilée très discrète, a pour sa part voulu célébrer la grande diversité des femmes de son pays. Mais ce travail n’a pas été sans difficulté : « Certaines femmes ne m’ont pas donné ma chance », déplore cette jeune Libanaise, en parlant des policières et des mécaniciennes qui ont refusé de poser devant son objectif. Elle a toutefois réussi à réaliser le portrait d’une pêcheuse, d’une jeune femme chevauchant une moto ou d’une propriétaire d’un magasin qui emploie des hommes. « Je veux montrer qu’on peut être la femme que l’on veut au Liban. Il faut certes du courage, mais c’est possible ! » s’enthousiasme-t-elle avec un sourire qui ne la quitte jamais.

Non loin d’elle, Ibrahim Abdel Razik. Ce jeune homme palestinien a photographié les danses et les costumes palestiniens dans le camp de Aïn el-Heloué. Pour lui, l’héritage est un thème plus qu’important, il est vital afin de préserver l’identité de son peuple : « Certaines de nos coutumes sont reprises par les Israéliens. Ils assurent que ce sont les leurs alors que ce n’est pas vrai », explique-t-il. Ibrahim veut devenir photojournaliste et travailler dans les camps palestiniens. Non pour livrer des images de souffrance mais pour dire que « la vie continue ». 


Après avoir été présentée à Dar el-Nimer, l’exposition « Looking for the Truth » est accueillie à Dar al-Mussawir à Hamra du 16 au 27 juillet.


Pour mémoire

Le regard à vif de photographes syriens sur la guerre


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