Liban

Le 8 Mars estime qu’il doit traduire au sein du cabinet sa supériorité dans la région

Éclairage
03/09/2018

Le Premier ministre désigné Saad Hariri poursuit ses concertations avec les parties concernées par le processus de formation du nouveau cabinet en attendant de se rendre à Baabda pour présenter une formule ministérielle au président de la République Michel Aoun. La date de la visite, qui était prévue pour le week-end dernier, reste pour l’instant indéterminée.

Saad Hariri tente de secouer l’immobilisme politique qui retarde jusqu’à présent la genèse du nouveau gouvernement sur base d’une conviction personnelle selon laquelle il est nécessaire de s’entretenir avec les différentes forces politiques de peur de donner l’impression que la moindre rupture de contacts signifierait une impasse politique.

Depuis qu’il a été désigné, Saad Hariri a souligné sa volonté de former un gouvernement d’union nationale qui suivrait la politique de distanciation et l’esprit du compromis politique réalisé autour de l’élection présidentielle, préserverait la stabilité, respecterait les résolutions et les pactes internationaux et tiendrait le Liban à l’écart des conflits extérieurs, conformément à la déclaration de Baabda.

Pour le 8 Mars, les circonstances qui ont imposé à certains pôles du 14 Mars, surtout Saad Hariri et le président des Forces libanaises, Samir Geagea, d’entrer de plain-pied dans le compromis présidentiel et qui ont de ce fait porté à la présidence de la République un pôle du 8 Mars, ont changé. Cette étape s’est achevée avec la déliquescence du 14 Mars. L’équilibre politique qui prévalait entre 14 et 8 Mars n’existe plus. Non seulement le 14 Mars n’existe plus, mais l’axe qui le soutenait au plan régional a perdu et doit admettre sa défaite. Cette position du 8 Mars s’est parfaitement exprimée dans le communiqué du groupe parlementaire de la Fidélité à la résistance, qui avait appelé « le Liban, gouvernement et forces politiques, à profiter des développements régionaux pour revoir son positionnement stratégique et certaines de ses relations régionales et internationales à la lumière de son engagement à protéger sa souveraineté nationale et empêcher l’ennemi israélien de s’infiltrer à travers la normalisation des relations avec certains États arabes, dans un effort infatigable de sa part d’effectuer une percée dans la région que ce soit à travers sa production économique ou ses projets politiques ». Pourtant, lors de son dernier discours, le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, avait demandé de mettre de côté la question polémique de la normalisation des relations avec le régime Assad pour faciliter le processus de formation du nouveau cabinet.

En fait, les forces du 8 Mars souhaitent que la nouvelle équipe ministérielle reflète la réalité politique issue du scrutin législatif. Pourquoi donc accorderaient-elles à l’ex-camp du 14 Mars une représentation équivalente à la sienne ? D’autant que les développements extérieurs, notamment sur le front syrien, donnent un net avantage à l’axe du 8 Mars. « C’est au vainqueur de poser des conditions (en Syrie) et les États-Unis ont été vaincus et n’ont pas le droit de demander au Hezbollah et à l’Iran de sortir de Syrie », a lancé dans ce cadre le secrétaire général adjoint du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, hier au cours d’une cérémonie de remise de diplômes à Nabatiyé. Selon cette logique, le 14 Mars, ou ce qui en reste, devrait concéder sa défaite et hâter la naissance du cabinet avant que le cas d’Idleb ne soit réglé dans la mesure où la donne changera après cette bataille, notamment au niveau du processus de formation du gouvernement.

Des milieux politiques souverainistes s’étonnent pour leur part du fait que le 8 Mars continue de lier la genèse du prochain gouvernement aux développements extérieurs. Ces milieux ne partagent pas l’idée selon laquelle l’axe de la résistance l’a emporté dans la région, avec le revers de l’axe américano-saoudien. Au contraire, ce qui se produit dans la région est en faveur de l’axe hostile à l’emprise iranienne sur la région. En Iran, des manifestations réclament le jugement des responsables de l’effondrement économique, appellent au changement du régime et élèvent la voix pour réclamer des comptes au Vilayet el-Faqih. En Irak, l’axe iranien est en recul. En Syrie, des appels au retrait militaire iranien se font entendre en vertu de l’accord de Amman entre Washington et Moscou. Dans ce cadre, Israël a informé les États-Unis et la Russie qu’il continuera à bombarder les positions iraniennes en Syrie jusqu’à ce que Téhéran retire ses troupes du territoire syrien. Les responsables américains et russes ont fait savoir à Tel-Aviv qu’ils comprenaient cette position, liée à la sécurité d’Israël. À toutes ces données, il convient également d’ajouter les sanctions américaines contre l’Iran et le Hezbollah, qui commencent à donner des effets sur le terrain.

La lecture de la situation effectuée par certaines forces du 8 Mars ne reflétant pas la réalité, le Premier ministre désigné appelle toutes les forces politiques à faire des concessions, arrondir les angles et respecter la politique de distanciation, qui était l’une des conditions pour la tenue des conférences internationales, notamment celle de Paris (CEDRE). D’où l’attachement de Saad Hariri au compromis présidentiel qu’il appelle à respecter, de même que l’entente extérieure qui la consolide. Parallèlement, des sources diplomatiques appellent les forces politiques au Liban à respecter la déclaration de Baabda et se tenir à l’écart des conflits extérieurs, de sorte que ceux-ci ne soient pas imbriqués dans le processus de formation du cabinet, notamment le dossier syrien, qui reste ouvert à toutes les éventualités.

Concernant la formation stricto sensu du cabinet, Michel Aoun attendrait que Saad Hariri lui remette une formule ministérielle qui soit agréée de tous. Le président de la République pourrait dans ce cadre prendre des initiatives audacieuses au niveau de la distribution des parts et des portefeuilles dans le cadre de la formule de 3 x 10 proposée par M. Hariri pour empêcher qu’une des forces politiques n’obtienne le tiers de blocage ou les deux tiers et garantir peut-être la naissance d’un gouvernement qui puisse rester en place très longtemps. Cela expliquerait d’ailleurs pourquoi certains tentent de consolider leur présence à l’intérieur de ce qui pourrait être le dernier cabinet du mandat Aoun…

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,ABRUTISSEMENT SE VEUT UN CRAPAUD GROS ET GRAS ET BIEN GONFLE !

gaby sioufi

c'est dire combien l'acceptation / la comprehension de la vari democratie est encore loin des moeurs de la classe politique de ce pays tiers mondiste.
et ils osent se foutre de la gueue du citoyen en parlant de cabinet de majorite ????
mais de quelle majorite s'agit il la ?
celle qui tout fierement appui et est appuyee par l'etranger ?
celle qui s'est liguee avec l'opposition aux fin d'aboutir a une loi pour les elections aussi batarde ?
celle qui a agree a partager le gateau avec tout le monde ?

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