Liban

Gouvernement : un scénario pour sortir de l’impasse actuelle

Décryptage
24/08/2018

Nul ne le dit encore clairement, mais le processus de formation du gouvernement est dans l’impasse. Les conditions et les contre-conditions des uns et des autres ne sont que la partie visible de l’iceberg, selon des sources politiques bien informées. Le véritable problème résiderait dans le fait que les Américains et leurs alliés arabes et régionaux n’auraient pas encore digéré la victoire du Hezbollah et de ses alliés aux élections législatives, et ils pousseraient ainsi leurs alliés libanais à gagner du temps en durcissant leurs positions. Soit ils auront ainsi le camp adverse à l’usure en le poussant au fil du temps à faire des concessions pour ne pas prendre le risque de perdre encore plus de temps et de crédibilité. Soit ce sont eux qui feront des concessions pour faire passer le gouvernement, mais, entre-temps, ils auront réussi à ternir la victoire électorale et ralentir l’élan qu’elle devait donner au mandat du président Michel Aoun. Dans tous les cas, donc, aux yeux de ce camp, le retard dans la formation du gouvernement est utile pour rééquilibrer le rapport des forces internes, perturbé par les élections législatives et par les développements régionaux en faveur de l’axe dit de la résistance.

Pour accréditer cette théorie, les sources bien informées précitées rappellent que les « nœuds » reconnus et évoqués régulièrement dans les médias ne sont pas insolubles et ne justifient pas tout ce retard dans la formation du gouvernement, d’autant que la classe politique libanaise est connue pour sa capacité à trouver des compromis improbables et que les positions politiques ne sont pas aussi rigides qu’elles le paraissent. Ce qui manquerait donc, c’est la décision de chercher des solutions parce que le moment pour cela ne serait pas encore arrivé. Ce serait d’ailleurs la raison pour laquelle, en trois mois, le Premier ministre désigné n’a pas encore présenté la moindre formule concrète au chef de l’État, se contentant de parler de principes généraux et de chercher une entente sur les parts de chaque partie au sein du gouvernement, sans entrer dans les détails des portefeuilles et des noms. 


(Lire aussi : Gouvernement : Bassil et Geagea plus que jamais à couteaux tirés


Face à cette inertie qui commence à peser sur les Libanais et sur leurs problèmes quotidiens, le chef de l’État tente de faire bouger les choses en laissant entendre, à travers ses visiteurs, qu’au début de septembre, il compte intervenir directement dans le processus de formation du gouvernement si, d’ici là, le Premier ministre désigné ne s’est pas manifesté avec une formule concrète. Les spécialistes constitutionnels affirment que le chef de l’État ne dispose pas de véritables moyens pour pousser le Premier ministre à former le gouvernement, et une des faiblesses de l’accord de Taëf est justement de ne pas fixer de délai pour cette formation. Mais le président peut exercer des pressions politiques et populaires sur le Premier ministre désigné, et, surtout, il peut s’adresser aux Libanais pour leur expliquer les véritables causes du retard dans la formation du gouvernement. Le chef de l’État pourra se résoudre à recourir à ce moyen s’il a le sentiment qu’aucun effort sérieux n’est déployé et que « l’inertie » du Premier ministre (en dépit de quelques réunions avec les différentes parties) est le fruit d’une décision consciente et réfléchie dans le but de paralyser son mandat et de l’empêcher d’aller de l’avant. Selon les visiteurs de Baabda, ce moment n’est pas encore arrivé, mais il se rapproche, car le président estime avoir attendu et fait attendre les Libanais pendant déjà trop longtemps pour pouvoir concrétiser sa vision du Liban fort et souverain – il a renoncé à Doha en mai 2008 à la présidence à la demande entre autres du président français de l’époque Nicolas Sarkozy et il a attendu de mai 2014 à octobre 2016 pour être élu. Il ne veut donc pas que du temps soit encore perdu inutilement. D’autant qu’au final, il y aura un gouvernement, qui reflétera les nouveaux équilibres politiques issus des élections législatives, puisque toutes les parties s’étaient entendues sur ce point au moment d’organiser le scrutin. D’ailleurs, les fameux nœuds ne portent que sur deux ou trois portefeuilles, ce qui ne justifie pas tout ce retard et confirme l’hypothèse selon laquelle l’objectif caché est justement de priver le chef de l’État de l’élan positif provoqué par les élections législatives.


(Lire aussi : Les positions autour de la formation du gouvernement plus verrouillées que jamais)


Les sources politiques précitées considèrent ainsi que ce qui compte aujourd’hui, c’est de pousser le Premier ministre à agir. Selon ces sources, il est temps pour lui de présenter une formule concrète sur sa vision de la composition de son gouvernement. Toujours selon les mêmes sources, le chef de l’État pourrait très bien à ce moment-là, sauf s’il y a vraiment des choix choquants, lui faciliter la tâche et accepter la formule. Il signerait ainsi le décret, et le gouvernement serait annoncé. Celui-ci élaborerait sa déclaration ministérielle, en restant dans les généralités et en utilisant des formules subtiles, puis il irait devant le Parlement pour le vote (à la majorité simple) de confiance. Si le gouvernement ainsi formé ne plaît pas à la majorité parlementaire, celle-ci ne lui donnera pas sa confiance et le président devra alors organiser de nouvelles consultations parlementaires pour la désignation d’un nouveau Premier ministre. Ce scénario pourrait permettre à toutes les parties de sortir de l’impasse actuelle. De plus, ces dispositions sont prévues dans la Constitution et respectent les normes démocratiques, même si ce scénario ne s’est encore jamais déroulé au Liban. Toutefois, bon nombre de parties politiques estiment qu’il vaut mieux que la stagnation actuelle.





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Eleni Caridopoulou

Je pense que Mr. Aoun ne peut rien faire sans la Syrie , l'Iran et le Hezbollah , où nous sommes arrivés .

Hitti arlette

Tout est bien orchestré et dans une seule direction : essayer par tous moyens de montrer que le mandat du président Aoun fonctionne mal , de montrer que ce dernier est incapable de gérer le pays . Or, les micmacs des " Scapins "sautent aux yeux des plus naïfs . Mais ce qui est certain ,chère Scarlett c'est que , plutôt tôt que tard , les fourbes tomberont dans le leur propre piège..

Wlek Sanferlou

Ok, bon! Salamna avec vous!, hassan aala rasna wou aayna! bassil, allah ykhali, le chef de l'etat alah yitaouil bi omro...
Voilà, vous êtes contents?
On va mettre hariri, FL, PSP out et on va laisser le trio victorieux gouverner avec leurs amis syriens russes et iraniens.. assalamou aalaykoum pour Cèdre dont tout le monde chante, le pétrole ou gas ou autres richesses de la mer iront avec Total et ses acolytes, le hezb feront une autre victoire à la 2006 en se rendant compte après coup "ah si on savait" tout comme 2006...
et après tout ces succès donquichotiens la moitié de nos politiciens se retrouveront exiler en France et d'autres se réfugieront dans leurs châteaux d'Espagne.. et le vrai peuple de libanais, pansera ses blessures, essaiera de survivre et chercher toujours une source d'eau, d'électricité et ou jeter ses ordures et que faire de ses excr....s....

Akh ya baladna ....

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

RETOUR AUX SOURCES... AUX BLA BLA BLA INDEFINIS... A LA DESINFORMATION ET AUX ENCENSEMENTS TRES CHERE MADAME SCARLETT HADDAD... SINON L,ARTICLE SERAIT BON !

Le Faucon Pèlerin

Je n'ai lu que cinq lignes du décryptage, j'ai compris que tant que le Hezbollah n'obtient pas un gouvernement à majorité pro-iranienne, il ne permettra pas sa formation. C'est clair et net.
"Kheirou el-kalam, ma qalla wa dall" (Peu de mots clairs, mieux qu'un long discours).

Irene Said

L'axe dit "de la résistance", nous les vrais Libanais n'en voulons pas, car cet axe agit pour les intérêts de l'Iran et de la Syrie, et par extension en Irak, et au Yémen, partout où l'Iran veut instaurer une domination chiite, même chez nous au Liban, par l'entremise du Hezbollah.
Ce n'est donc pas un "axe de résistance", mais un dangereux axe de domination, que nous Libanais ne voulons absolument pas intégrer !

Malgré toutes les fanfaronnades claironnées par le parti "divin"...Israël existe toujours, et répond aussi par des fanfaronnades adressées à ce parti !
Et en attendant, le peuple souffre dans sa vie quotidienne...de par la faute de ceux qui regardent ailleurs, au lieu de regarder comment améliorer notre patrie.

C'est cela le LIBAN NOUVEAU ET FORT ???
Libanais, rêveillez vous enfin et arrêtez de rêver à des gloires impossibles promises par des étrangers ici et là !

Irène Saïd





Gebran Eid

MAIS QUEL BAVARDAGE CET ARTICLE POUR NE RIEN DIRE DE CONCRET.

stambouli robert

Mm Haddad
Vous ne relisez pas vos ecrits?
Le President ne peut rien faire d'abord puis il peut tout faire ( inutile de reecrire ici vos propres mots )
La patience c'est plutot le President qui la eu en bloquant pendant 2.5 annees l'election d'un President avec le fameux moi ou personne dans la realite
Pour vous c'est toujours les mechants ( cad les purs Libanais ) qui sont responsables et les gentils ( cad les infeodes a l'Iran ) qui sont ceux qui veulent tout faciliter et rien retarde
Une solution rapide :dites a M Bassil d'accepter une formule ou le FL aurait 4 ou 5 ministeres et d'accorder a Joumblatt ses 3 Druzes car si je comprend bien c'est lui qui a eu les 80% des voix Druzes et Mr Arslan ( un homme de toute facon integre par ailleur ) 20% uniquement
Dites aussi a M Bassil qu'il ne devra pas etre President apres le General Aoun car ce sera le tour de Geagea d'apres certains documents de l'accord de Meraa
et qu'il ne peut plus garder le ministere de l'electricite apres tellement d'annees de resultats negatives
et vous aurez votre gouvernement dans l'heure

LA TABLE RONDE

Le refus de reconnaître la victoire de l'axe de la résistance bloque le pays depuis 2000 année de la défaite disrael face au Liban.

Cela continuera tant que des éléments internes seront à la solde des mauvais perdants régionaux.

Mais on dit bien " hasta la victoria siempre " .... et le Liban nouveau verra le jour bon gré mal gré.

Merci Scarlett vous êtes formidable.

gaby sioufi

""Les spécialistes constitutionnels affirment que le chef de l’État ne dispose pas de véritables moyens pour pousser le Premier ministre à former le gouvernement""
tiens tiens, un virement vers la realite , la democratie, l'application de la constitution pensais-je ? j'ai vite fait dechanter :
viennent apres :
""le président peut exercer des pressions politiques et populaires sur le Premier ministre désigné""
puis, cerise sur le gateau ( j'ai juste un peu rogne ce qui suit ) :

" le chef de l’État pourrait très bien sauf s’il y a vraiment des choix choquants( ???)lui faciliter la tâche et accepter 1 formule. Il signerait ainsi le décret le gouvernement irait devant le Parlement pour le vote de confiance. Si le gouvernement ainsi formé ne plaît pas à la majorité parlementaire, celle-ci ne lui donnera pas sa confiance et le président devra alors organiser de nouvelles consultations parlementaires pour la désignation d’un nouveau Premier ministre""

et d'affirmer tt fierement(hypocrisie quand tu nous tiens ) Ce scénario pourrait permettre à toutes les parties de sortir de l’impasse actuelle. De plus, ces dispositions sont prévues dans la Constitution et respectent les normes démocratiques, même si ce scénario ne s’est encore jamais déroulé au Liban.

comme je l'ai ecrit ci-haut, DESENCHANTEMENT abbsolu !

Zovighian Michel

Pour une fois je suis parfaitement d'accord avec vous. Que Bassil accepte 4 ministres aux FL et 3 ministres à Jumblat ce qui exposera Hariri... dans le cas où les pressions extérieures existent réellement.

Effectivement, c'est à Hariri de faire en sorte que son gouvernement a une majorité parlementaire et la signature du President dans le cadre de Taef devient du superflu.

Bery tus

Arrêter depuis les premières lignes ... je comprend pas ... non mais il faut être sérieux c est pas possible de rester comme ça ... c est pas faute c est la faute aux autres comme des enfants !! Et en plus ca veut écrire

Saliba Nouhad

C’est ça donc, aussi simplement dit: le camp iranien a gagné la partie et veut imposer sa domination de la vie politique du pays avec l’ aide du Président et de son parti sans aucun compromis à l’autre camp que l’on considère comme l’ennemi à faire taire sinon à éliminer de la scène locale...
Donc, le traître dans l’histoire serait le premier ministre et ses acolytes vendus aux arabes du golfe et aux américains et qui veulent détruire le Liban!
Deux visions antagonistes extrêmes et vous réalisez que pour les vrais nationalistes, il faut qu’il y ait une balance dans l'exercice du pouvoir pour la survie du pays, sinon on va verser dans une dictature à relents théocratiques iraniens, et retour à l’influence syrienne morbide aux conséquences désastreuses à moyen ou long terme!
Si c’est la dernière option que vous sous-entendez dans votre article, permettez que l’on soit en désaccord complet avec, et que c’est au Président, censé être à égale distance de tout le monde qui devrait faire les concessions!

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