X

Liban

Les positions autour de la formation du gouvernement plus verrouillées que jamais

Politique

Prématurée pour les uns, incontournable pour les autres, la normalisation avec la Syrie est devenue un sujet récurrent.

20/08/2018

Il va s’en dire qu’avec l’approche de la fête de l’Adha qui grignotera pratiquement une grande partie de cette semaine avec trois jours fériés pour l’occasion, aucun développement particulier n’est à prévoir au plan de la formation du gouvernement d’autant que les signes précurseurs pour un déblocage prochain sont pour l’heure inexistants.
C’est ce qui transparaît à travers la pléthore des discours politiques prononcés le week-end dernier, au cours duquel les différentes parties concernées ont rappelé leurs positions respectives à ce sujet, se livrant à des accusations mutuelles en matière de responsabilité du blocage que le Hezbollah, et principalement et indirectement son allié chrétien, le CPL, font clairement assumer au Premier ministre désigné, Saad Hariri.
En recourant au principe constitutionnel selon lequel c’est M. Hariri qui forme le gouvernement, plusieurs ténors du CPL sont revenus à la charge pour laisser entendre que c’est à ce niveau que se trouve la clé du déblocage, laissant entendre que le Premier ministre désigné peut à tout moment trancher. Il s’agit d’un appel indirect lancé à ce dernier pour l’inciter à revoir à la baisse les quotes-parts réclamées par ses partenaires politiques, le PSP, qui réclame trois ministres qu’il souhaite lui-même désigner, et les FL qui maintiennent leur revendication de quatre portefeuilles dont un ministère régalien. Dans un tweet, le ministre sortant de la Justice, Salim Jreissati, a indiqué que « le mois d’août pourrait être porteur d’une solution pour la naissance du gouvernement, si M. Hariri décide de prendre l’initiative et de trancher ».

« Camoufler son échec »
En attendant, les accusations de subordination de la formation du processus du gouvernement à la conjoncture régionale se sont poursuivies au cours du week-end dernier, le Premier ministre désigné étant également accusé de laisser la porte grande ouverte aux ingérences extérieures, en l’occurrence, celles de l’Arabie saoudite.
Après les propos mardi dernier du chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, qui avait invité implicitement M. Hariri à « ne pas compter sur un changement régional quelconque » pour mettre en place le cabinet, le cheikh Nabil Kaouk, un membre du Conseil central du parti chiite est revenu à la charge, en assurant samedi que « le Liban ne saurait se transformer en une arène de règlements de comptes des puissances extérieures pour permettre aux Américains et aux Saoudiens de réaliser des acquis ». Avant d’ajouter que le « seul chemin à emprunter pour la formation du gouvernement est l’adoption du critère des résultats des législatives ».
C’est quasiment la logique qu’a adoptée le ministre d’État pour les Affaires présidentielles, Pierre Raffoul (CPL), qui a affirmé que l’obstruction est à rechercher auprès de ceux qui, « poussés par l’extérieur à hausser le plafond en matière de quotes-parts ministérielles, misent sur des changements régionaux qui ne vont certainement pas verser dans leur intérêt ». Même si M. Raffoul, rejoint par le cheikh Kaouk ont refusé tout lien établi entre la question de la normalisation avec la Syrie, que le Premier ministre désigné avait clairement rejetée il y a quelques jours, et les entraves à la formation du prochain cabinet, cette question, pourtant considérée prématurée par certains, est revenue en force dans la bouche des responsables du parti chiite et du CPL, à la manière d’un leitmotiv. Nabil Kaouk a reproché pour sa part à une partie qu’il s’est abstenue de nommer d’ « utiliser la question de la normalisation avec la Syrie comme un prétexte pour justifier le retard dans la formation du gouvernement. En suscitant un sujet conflictuel, cette partie cherche à camoufler son échec », a-t-il dit, dans une allusion à M. Hariri.
Depuis plusieurs semaines, le CPL, et avant lui le Hezbollah martèlent quasi quotidiennement la nécessité pour le Liban de normaliser ses relations avec la Syrie, pour la relance des échanges commerciaux et le renflouement d’une économie exsangue à travers la participation du Liban à la reconstruction du pays voisin. « L’intérêt du Liban réside en une normalisation totale des relations avec la Syrie victorieuse, n’en déplaise à certains », a lancé hier M. Raffoul.

PSP vs CPL
Plus nuancé, Mario Aoun, député du bloc du Liban fort, a estimé qu’il est encore « prématuré » d’évoquer la normalisation qui, selon lui, sert d’« argument de blocage ». « Une fois la bataille d’Idleb terminée, le régime syrien aura restitué son autorité sur l’ensemble du territoire et récupèrera l’emprise sur tous les rouages du pouvoir. Viendra ensuite la question de la reconstruction, dans laquelle le Liban y trouvera son intérêt », a-t-il dit. Le député a également répercuté la position du chef de l’État Michel Aoun qui, a-t-il indiqué, « est déterminé à ne pas faire de concessions et à ne pas renoncer à ses droits (comprendre aussi à ceux du CPL dont il est le fondateur) » en matière de formation du gouvernement, d’autant qu’il s’agit du « premier gouvernement du sexennat » qui « inaugurera le plan de travail prévu ».
Signe de la tension ambiante, le ministre sortant de l’Énergie, César Abi Khalil, s’est vu refuser hier par les sympathisants du PSP l’accès au village de Rmeilé dans le Chouf, après sa participation à la cérémonie d’inauguration de l’église Notre-Dame. Selon le site d’informations Lebanon Debate, ces derniers lui ont envoyé un message lui signifiant que « celui qui insulte et menace Walid Joumblatt (le chef du PSP), n’est pas le bienvenu dans le village ». Le leader druze a aussitôt appelé ses partisans à ne pas se laisser entraîner dans des « querelles politiques » portant sur la formation du gouvernement, estimant que la résolution des grands dossiers socio-économiques sont « plus importants que des débats stériles ».
« Quelles que soient les querelles politiques, j’appelle les deux formations politiques et leurs partisans à ne pas réagir de manière impulsive, à ne pas s’engager sur la voie des insultes et à ne pas s’attarder sur ce qui a été dit sur nous en tant que parti, ou sur moi personnellement », a lancé M. Joumblatt dans un tweet. « Les problèmes du pays et la phase qui pointe à l’horizon sont plus importants que les débats stériles qui perturbent l’atmosphère et ces façons de faire empêchent le dialogue objectif sur les problèmes du chômage, des déchets, de l’électricité, etc. », a-t-il ajouté.

À la une

Retour à la page "Liban"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Les menaces israéliennes contre le Liban et le test de Gaza

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué