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Moyen Orient et Monde

L’Iran au cœur des discussions entre les États-Unis et Israël

Diplomatie

John Bolton s’est rendu pour 48 heures à Jérusalem pour y rencontrer Benjamin Netanyahu avant de s’entretenir avec son homologue russe à Genève.

Julie KEBBI | OLJ
21/08/2018

Moins de deux semaines après le rétablissement des sanctions américaines contre la République islamique dans le cadre du retrait de Washington de l’accord sur le nucléaire iranien, le conseiller à la Sécurité nationale du président américain Donald Trump, John Bolton, s’est envolé dimanche pour Jérusalem afin de traiter du dossier iranien avec le Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu. Ayant la République islamique pour ennemi commun, les alliés doivent aborder au cours de cette visite différentes questions, à savoir le programme nucléaire et balistique iranien et la présence des troupes de la République islamique et de ses supplétifs en Syrie. 

« Il est de la plus haute importance pour les États-Unis que l’Iran n’obtienne jamais d’armes nucléaires opérationnelles », a déclaré lundi M. Bolton lors d’une conférence de presse conjointe avec M. Netanyahu. « Nous travaillons avec nos amis européens pour les convaincre de la nécessité de prendre des mesures plus fortes contre les armes nucléaires iraniennes et le programme de missiles balistiques », a-t-il ajouté. 

La position de l’administration Trump, qui n’est pas opposée à l’établissement d’un « vrai accord » qui engloberait la politique régionale, balistique et l’arrêt du programme nucléaire iranien, est loin d’être partagée par les Européens qui souhaitent garder l’accord tel quel. L’État hébreu en fait, au contraire, ses choux gras. « Je pense vraiment que tous les pays qui ont à cœur la paix et la sécurité au Moyen-Orient doivent suivre la voie de l’Amérique et accroître la pression sur l’Iran », a estimé lundi M. Netanyahu. « Plus la pression sur l’Iran est forte, plus grandes sont les chances que le régime mette fin à ses actes d’agression. Et tout le monde devrait se joindre à cet effort », a-t-il insisté. 

Le Premier ministre israélien avait déjà précisé la veille qu’il devait discuter avec M. Bolton de la manière dont ils allaient « continuer à repousser l’agression iranienne dans la région et s’assurer que les Iraniens n’acquerront jamais l’arme nucléaire ». Fervent détracteur de l’accord sur le nucléaire, M. Netanyahu continue sur sa lancée après avoir dévoilé en avril dernier le programme nucléaire iranien Amad conduit secrètement entre 1999 et 2003. Dans une mise en scène théâtrale, il avait expliqué que « même après l’accord (de 2015), l’Iran a conservé et continué à développer son savoir-faire nucléaire militaire pour un usage ultérieur ».


(Lire aussi : Minorités iraniennes : le pari risqué de Washington ?)


La rencontre entre MM. Bolton et Netanyahu devrait leur permettre de faire le point sur l’impact des sanctions américaines sur Téhéran et sur la marche à suivre pour contrer les ambitions de la République islamique. Dans une interview accordée dimanche à la chaîne américaine ABC, le conseiller américain à la Sécurité nationale a estimé que le retrait des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien et les récentes sanctions américaines « ont réellement perturbé l’économie iranienne » et les capacités de Téhéran « de mener des opérations offensives » dans la région. 

Samedi dernier, l’Iran a annoncé qu’il s’apprêtait à dévoiler un nouvel avion de combat en réponse aux « menaces » du tandem israélo-américain. « Notre priorité est notre capacité balistique et nous devons la renforcer (...) au vu des efforts fournis par nos ennemis dans le domaine de la défense antimissiles », a déclaré le ministre de la Défense, Amir Hatami. Cette visite intervient en outre deux mois après que Téhéran se soit dit près à relancer ses activités d’enrichissement d’uranium et un mois après que l’Organisation de l’énergie atomique iranienne ait annoncé la mise en service d’une usine pouvant produire 60 moteurs de centrifugeuses IR6 quotidiennement sur le site de Tananz. 


(Lire aussi : Les sanctions américaines vont-elles plonger l’Iran dans le chaos ?)



Influence russe limitée
La présence iranienne en Syrie est l’autre sujet en ligne de mire des deux alliés qui veulent y empêcher à tout prix une installation permanente des troupes de la République islamique et de leurs supplétifs à quelques kilomètres de la frontière avec Israël. M. Netanyahu a notamment insisté à de nombreuses reprises vouloir un « retrait total » de Syrie des forces iraniennes tout en tentant de négocier une voie de sortie avec Moscou, le parrain de Damas.

Lors de l’entretien diffusé sur ABC, M. Bolton a confirmé l’alignement de Washington sur la volonté israélienne. Selon lui, « l’objectif des États-Unis et d’Israël – Vladimir Poutine a dit que c’était aussi l’objectif de la Russie – est de sortir l’Iran, les forces iraniennes, les milices iraniennes et les supplétifs de Téhéran des offensives qu’ils mènent à la fois en Syrie et en Iran et franchement, de mettre fin au soutien de l’Iran au Hezbollah ». La visite de M. Bolton à Jérusalem est l’occasion pour les Américains et les Israéliens de s’entendre sur la question. L’émissaire américain doit ensuite se rendre cette semaine à Genève pour y rencontrer son homologue russe, Nikolaï Patrushev.

L’exigence d’un retrait iranien total de Syrie est non négociable pour l’État hébreu qui n’a pas hésité à frapper des infrastructures iraniennes sur le terrain à plusieurs reprises pour accentuer la pression sur Téhéran. Israël a également refusé le mois dernier une proposition russe d’assurer le retrait des forces iraniennes sur au moins 100 kilomètres depuis les territoires annexés par Israël dans le plateau du Golan. Les forces iraniennes ont toutefois fini par retirer leurs armes lourdes au début du mois, à 85 kilomètres de la ligne de démarcation avec le plateau du Golan occupé. « Les Iraniens se sont retirés et les formations chiites ne sont plus présentes là-bas », avait annoncé l’émissaire du président russe pour la Syrie, Alexander Lavrentiev. Une mesure jugée insuffisante par l’État hébreu qui demande aussi que Téhéran retire ses missiles à longue portée du territoire syrien.

Seul interlocuteur des États-Unis et d’Israël sur le dossier, Moscou dispose d’une influence limitée sur les actions de Téhéran en Syrie. Les troupes iraniennes et leurs supplétifs sont répartis à travers le pays tandis que certains éléments ont fini par s’y intégrer. Interrogé le mois dernier sur la 10, une chaîne de télévision israélienne, sur la capacité de Moscou de sortir les troupes iraniennes de Syrie, l’ambassadeur russe en Israël, Anatoly Viktorov, avait confirmé : « Non, nous ne pouvons pas les forcer. »



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