L'éditorial de Issa GORAIEB

Infortunes et gros sous

L’éditorial
Issa GORAIEB | OLJ
15/08/2018

 L’argent qui corrompt tout ne laisse intacte que la misère.
 (Philippe Bouvard)

Pour les businessmen toujours pressés de repérer la bonne affaire, le temps c’est de l’argent. À son tour l’argent, pour les généraux et les stratèges, est le nerf de la guerre, et pas seulement parce que les armements et la piétaille combattante coûtent les yeux de la tête.

De manière plus civile en effet, leurs généreux programmes d’assistance aux pays dans le besoin aident les puissances à se faire des amis, sinon des obligés, des satellites. Plus à l’ombre, en revanche, les caisses noires des agences de renseignements servent à acheter des hommes politiques étrangers, à financer coups d’État, révolutions et autres amabilités déstabilisatrices. Et c’est au grand jour, cette fois, qu’il arrive à ces puissances d’user, face aux récalcitrants, petits ou grands, de leurs redoutables armes financières, économiques, commerciales, bancaires, douanières et autres.

C’est ainsi sur quatre fronts à la fois que s’active, en ce moment, l’Amérique de Trump. En représailles à l’annexion de la Crimée et à l’intervention russe dans l’est de l’Ukraine, Washington a pris la tête d’une vaste campagne de sanctions contre Moscou, à laquelle participent l’Union européenne, le Canada et d’autres alliés. Pour tenter de combler l’énorme déficit de la balance commerciale US avec la Chine, c’est un formidable barrage de taxes douanières que met en place l’Oncle Sam. Si pour obtenir la libération d’un pasteur américain emprisonné les États-Unis ont mis deux ministres de Tayyip Recep Erdogan sur leur liste noire, ils n’en sont pas encore à édicter des sanctions contre la Turquie, leur alliée au sein de l’OTAN ; mais cela ne saurait tarder si la crise s’envenime, la simple menace du bâton ayant déjà précipité la chute de la monnaie turque. Last but not least, en dénonçant unilatéralement l’accord sur le nucléaire iranien puis en rétablissant les sanctions économiques contre la République islamique, l’administration américaine n’a pas seulement installé un grave malaise social et même politique au sein de ce pays : c’est en effet une Europe avide de juteux contrats avec les mollahs qui se trouve pénalisée du même coup.

À voir les dégâts qu’est capable de causer ailleurs le Roi Dollar quand il se met en rogne, plus d’un petit pays serait parfaitement en droit de trembler : de s’en remettre à la Providence, de faire ironiquement sienne la pieuse devise – In God we Trust (en Dieu nous nous confions) – trônant au dos des billets verts. Pas le Liban, toutefois. Bien sûr, notre pays risque de pâtir, ne serait-ce que par ricochet, des sanctions américaines contre le Hezbollah. Mais pour son sabordage, pour la lente mais régulière ruine de son économie et l’exode de sa jeunesse gagnée par le désespoir, il se débrouille tout seul, merci, comptant sur ses propres responsables pour faire toute la sale besogne.

Déglingués sont les services publics, astronomique est la dette publique libanaise et c’est une manne inespérée que nous offre la conférence internationale CEDRE, à charge pour nous de procéder à des réformes structurelles. Et que fait le Liban officiel ? Il traîne la patte, l’inconscient, il perd du temps, il se perd en d’interminables querelles politiciennes, en conflits d’intérêts bassement matériels, eu égard à la corruption ambiante, alors que le pays dépérit dans l’attente d’un nouveau gouvernement.

En fait de réformes, ce sont les neurones des dirigeants incapables, ainsi que leurs insatiables appétits, qu’il faudrait restructurer en grande priorité. Si le Liban n’a plus grand-chose à redouter en matière de sanctions, c’est seulement parce que la plus cruelle et dévastatrice de celles-ci est déjà en place…


Issa GORAIEB
igor@lorientlejour.com

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