Liban

Probité et corruption en politique

Les Échos de l’Agora
13/08/2018

Le Liban serait-il devenu aujourd’hui un pays à vendre ? On se souvient de la boutade du commentateur Mohammad Salam qui disait : « Si, en 1990, Saddam Hussein avait trouvé 10 Koweïtiens qui auraient accepté de former un gouvernement, il est probable qu’il serait toujours au Koweït. » Peut-on dire la même chose en ce qui concerne le Liban, incapable de se doter d’un gouvernement tout simplement parce que l’État libanais n’est plus qu’un fantôme ? Les forces politico-claniques ont réussi à transférer l’État et ses institutions de la res publica vers la res privata, étant entendu que ladite « chose privée » représente leurs intérêts claniques particuliers, c’est-à-dire la portion de territoire sur laquelle leur pouvoir peut s’exercer afin d’en tirer les profits nécessaires. Tel est l’aboutissement de ce qu’on appelle « la ruralisation de la ville ».

Le territoire de la cité n’est plus le bien de chacun parce que chacun est englué dans la gangue boueuse d’un champ ou d’un enclos sur lequel règnent en maîtres les chefferies barbares qui se sont approprié ce qui ne leur appartient pas. Que nul ne se berce d’illusions. À la tête de l’État, le président n’est point le premier magistrat d’une République, mais l’homme le plus fort, croit-il, de sa communauté religieuse. Il en est de même pour le président d’une Chambre des députés devenue, en réalité, une Grande Horde de tribus. Quant au Premier ministre, réduit au triste rôle de chef de bande, il est supposé, non pas gouverner, mais simplement présider les réunions d’une Loya Jirga des mêmes tribus qui composent la Grande Horde. La situation ressemble à celle de la fin de l’Antiquité où l’espace public des grandes avenues à portiques fut réduit à un simple caniveau. Les belles voies pavées devinrent de sombres ruelles étroites. On prenait soin de son seul espace intérieur. Quant à l’espace public extérieur, il était perçu comme « chose privée » du souverain faisant corps avec le prince, le monarque, le roi ou le sultan. L’Orient, qu’on le veuille ou non, ne s’est pas encore débarrassé d’une telle perception. Les individus ne se distinguent pas par leur civisme, parce qu’ils ne sont point des citoyens, mais des parcelles d’un corps possédant une identité factieuse. L’espace public n’est pas le mien, il est celui de l’État, et l’État c’est le sultan et son pouvoir autocratique. Et le sultan… je ne l’aime pas.
Tel est le résultat du brigandage opéré par les forces de facto qui ont pris en otage l’État libanais et ses citoyens, surtout depuis 2005. Point n’est besoin de rejeter la responsabilité sur l’étranger car le ver est, depuis longtemps, dans le fruit. La maladie politique libanaise semble être auto-immune. L’organisme sécrète lui-même les substances qui le détruisent petit à petit, exactement comme dans un cancer.

Alors ? Gouvernement ou pas ? Tout au plus, on verra émerger un compromis de plus, au sein de la Loya Jirga, uniquement dicté par l’opportunisme des intérêts particuliers et non par le « sage avis pour le bien de la cité » (Euripide). Quiconque capable de payer grassement trouverait, probablement, non pas dix mais plusieurs centaines de candidats pour un portefeuille ministériel. La corruption est la règle, la probité morale est devenue l’exception. Et s’il en est ainsi, c’est parce que le politique n’est plus en mesure de jouer son rôle central de régulateur conformément à ce que fait dire Euripide à Thésée : « Sous la tyrannie, les lois ne sont pas les mêmes pour tous (…), l’égalité n’existe plus. Au contraire, sous le règne des lois écrites, pauvres et riches ont les mêmes droits. Le faible peut répondre à l’insulte du fort, et le petit, s’il a le droit pour lui, peut l’emporter sur le grand. »

Le Liban vit-il sous la tyrannie de la corruption ? C’est en tout cas ce que pensent la plupart des citoyens sans oser le dire tant le pouvoir actuel leur semble liberticide. Le Liban rappelle Rome durant la guerre de Jugurtha que rapporte Salluste. Ce roi de Numidie, guerrier courageux et diplomate habile, avait opposé une résistance farouche à l’expansionnisme romain. Venu à Rome pour défendre sa cause, il s’était assuré la complaisance de nombreux patriciens et de sénateurs, les comblant de son or et de ses trésors. Cependant, il finit par être expulsé car tout le monde n’était pas à vendre.
Les paroles lapidaires que Jugurtha prononça en quittant Rome peuvent être adressées au Liban qui se débat dans les querelles mafieuses de ses clans : « Ville à vendre et condamnée à périr si elle trouve un acheteur ! »


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Lebreton Alain Paul Yves

Et en attendant, le libanais, qui ne cesse par ailleurs de se lamenter, reste complètement béat pour son "zaïm" adoré et adulé...
Nous n'avons finalement que les dirigeants que nous méritons. La corruption ne ronge pas seulement l'Etat, mais elle est présente dans toutes les couches de notre société pourrie jusqu’à l’os, du gosse qui jette son mouchoir par la fenêtre de la voiture de son paternel (qui l'y encourage), jusqu'au vieillard qui a fait fortune dans les diverses contrebandes qui font le quotidien de ce simulacre de pays...

gaby sioufi

probite est devenu un mot INUSITE un peu partout au monde.
alors qu'au Liban, on ne se rappelle meme + de sa definition.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA PROBITE EST INCONNUE CHEZ NOUS. LA CORRUPTION Y REGNE EN MAITRESSE ABSOLUE !

Yves Prevost

"La corruption est la règle, la probité morale est devenue l’exception." Bien triste constat, malheureusement exact.

Sarkis Serge Tateossian

Tristesse, grosse tristesse.
Ceux qui ont laissé la république dans cet état, savent-t-ils quel sera demain, leur propre sort ?
J'en doute!

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