Liban

Quand la haine perd toute pudeur

Les échos de l’Agora
29/03/2018

Récemment, le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, avait exprimé des propos pour le moins surprenants. Évoquant le problème anormal de la femme libanaise qui ne peut, en droit, transmettre sa nationalité à ses propres enfants, il avait déclaré qu’il s’attellerait à réparer une telle injustice. On ne peut qu’applaudir une telle volonté si l’auteur de ces mêmes propos n’avait pas introduit une clause discriminatoire à son projet. D’après lui, toute Libanaise, mariée à un étranger, doit pouvoir transmettre sa nationalité à ses enfants à condition que son époux ne soit pas un citoyen des pays limitrophes du Liban.
On peut comprendre que Monsieur Bassil ait voulu flatter l’électorat féminin de sa circonscription en cette belle saison de campagne électorale qui ressemble de plus en plus à ce qu’on surnomme en langue arabe « un hammam sans eau courante ». Cette image pittoresque est utilisée, comme métaphore, pour dire la cacophonie bruyante, vociférante et inintelligible, qui peut régner en un lieu clos. Ainsi, au milieu de l’indescriptible mêlée électorale, Gebran Bassil a cru bon, en vue du racolage des voix féminines chrétiennes de sa circonscription, de flatter les pulsions les plus viles qui soient, à savoir le rejet haineux de cet « autre » si proche par la géographie et par le sang. On oublie souvent que l’immense majorité des familles libanaises comporte des membres de ces « pays limitrophes ». Gebran Bassil lui-même n’a pas manqué de faire le voyage à Brad, en Syrie du Nord, pour honorer la mémoire du saint ermite Maron qui était donc « syrien ».
Le ministre Bassil se trompe s’il s’imagine que l’âme des citoyens chrétiens est nécessairement une tribune de la haine du Syrien, du Palestinien, ou de l’Arabe qui en général confessent l’islam sunnite. On ne peut laisser passer de tels propos, au nom de l’honneur même du christianisme et de son message universel.
Dans d’autres pays, une telle déclaration aurait valu à n’importe qui des poursuites pénales. À supposer que l’auteur ait été un haut responsable, voire un ministre, il aurait été amené à démissionner de ses fonctions. Tel n’est pas le cas au Liban où le compromis politique exige de piétiner toute exigence morale dans la vie publique et où la « force » de l’homme politique se mesure aujourd’hui à la transparence de son inconscient, sans doute à cause du climat délétère que font régner les sites des media sociaux qui ressemblent de plus en plus à un dépotoir de nos pensées les plus ordurières.
Il est inutile d’analyser des propos haineux. Leur auteur est simplement invité, en cette période pascale, à méditer les paroles mêmes du fondateur du christianisme : « Vous avez appris qu’il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Mais moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent. » (Matthieu 5 : 43-44).
La haine de l’autre est, par définition, une attitude contraire à notre commune humanité avant d’être antichrétienne. Une figure comme celle de Symmaque, le sénateur romain du IVe siècle qui refusa de se convertir au christianisme, est plus conforme à la morale chrétienne que bon nombre de ceux qui s’autoproclament, au XXIe siècle, champions des « droits des chrétiens », politiquement parlant. Évoquant le chemin vers l’unique vérité, Symmaque disait : « Un seul itinéraire ne permet pas d’atteindre un tel mystère… Nous admirons les mêmes étoiles, un même ciel nous est commun à tous, un même monde nous entoure. Quelle importance existe-t-il à ce que chacun utilise telle ou telle sagesse dans sa recherche de la vérité ? »

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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

UNE TELLE ABERRATION EST POUR LE MOINS QU,ON PUISSE DIRE RACISTE !

Emile Antonios

L’auteur mélange religion et politique ; article et analyse sans intérêt .
Indépendamment de la polémique locale, ce n’est pas en citant St Mathieu et Symmaque qu’on a des chances d’être crédible.
Il aurait par ailleurs intérêt d’éclairer le lecteur sur les idées politique de ce dernier.

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