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Campus

Des étudiants en architecture de l’AUB investissent les rues de Beyrouth

ESPACE PUBLIC

Le projet des quatre groupes d’étudiants en architecture se veut une réponse au manque d’espaces publics.

11/08/2018

De Hamra à Achrafieh, en passant par la Corniche et Mar Mikhaël/Gemmayzé, des étudiants en 3e et 4e années d’architecture à l’AUB se sont appropriés de façon éphémère l’espace public, dans le cadre d’un projet visant à mettre en évidence le sentiment d’exclusion des jeunes dans la ville. Be Public/Appropriation 2018 était en effet le thème de cette édition du Vertical Design Studio, un projet dirigé par les architectes Rana Haddad et Pascal Hachem au département d’architecture et design (ARD) de la faculté Maroun Semaan d’ingénierie et d’architecture de l’AUB. Ce projet qui implique quatre groupes d’étudiants se veut comme une réponse au manque de place pour les jeunes au Liban. Abordant des thématiques relatives à la notion public/privé, les étudiants ont tout d’abord exploré la ville, observé ses aspects et ses visuels. Ils ont alors extrapolé les objets qui la représentent pour se les réapproprier, à leur façon, à travers plusieurs installations et performances qu’ils ont effectuées dans diverses rues beyrouthines. « Les étudiants doivent pouvoir s’approprier la ville en utilisant les outils qui la représentent ou qui disent ce qu’elle doit être idéalement », explique Rana Haddad. De même, ils ont réalisé des petits films, avant de clôturer l’année avec leur projet final, dans le cadre duquel ils ont réalisé, fin mai, des installations et des performances, dans quatre endroits différents, de Hamra à Achrafieh, en passant par la Corniche et Mar Mikhaël/Gemmayzé.


« Déclaration de résistance »
Ainsi, afin d’exprimer leur « frustration et le sentiment d’être écartés des plans publics de la ville », comme le confie Sari el-Kantari, en 4e année, un groupe d’étudiants a placé six échelles sur le dernier tronçon de la corniche de Aïn el-Mraïssé.

Intitulée Ose approcher, cette installation invite les passants à grimper sur chacune de ces échelles. Celles-ci se terminent par des plateformes, avec des ouvertures permettant de faire passer la tête. « En quelque sorte, l’échelle est devenue un espace public. En montant dessus, l’utilisateur espérait avoir un sentiment différent », souligne Tamina Kassem, en 4e année. Cependant, selon l’emplacement des échelles, il n’arrivait pas toujours à obtenir la vue espérée, apercevant un panneau publicitaire, un emblème d’un parti politique ou une enseigne d’un hôtel abandonné, obstruant la vue sur la mer. « Nous avons essayé de traduire le fait qu’on est toujours limité dans la ville, et même lorsqu’un espace public existe, il n’est pas vraiment public », note Tamina Kassem. Un autre groupe d’étudiants a opté pour une performance, nommée Kit de survie, qui a eu lieu entre Gemmayzé et Mar Mikhaël, dans un taxi/service. Au fil de son trajet, celui-ci s’est arrêté à des endroits emblématiques des deux quartiers, où les passagers ont participé aux performances relatives à chaque arrêt. « Le taxi/service est l’espace le plus public à Beyrouth ! » lance Soraya Hammoud, en 3e année. Sa camarade, Nicole Yammine, confirme : « C’est un élément typique de la ville que l’on voit tous les jours, partout, sans reconnaître son importance. Les passagers viennent de différents endroits et y partagent la même expérience. C’est justement l’idée d’un espace public. »

Pour ce groupe d’étudiants, le choix de Mar Mikhaël et Gemmayzé n’a pas été fortuit. Il est à l’image de cet ancien bâtiment, resté debout malgré la démolition de l’usine de bière Laziza, qui était située dans le quartier. « Cet immeuble est la déclaration de résistance la plus forte dans toute la ville. C’est pour cette raison que l’on a choisi ce quartier. C’est notre position aussi, nous résistons en utilisant des objets et en nous les appropriant », affirme Nicole. Pour Soraya, il s’agit de « s’approprier la ville afin de pouvoir y survivre. Les objets représentatifs de la ville deviennent notre kit de survie ».


(Pour mémoire : À l’AUB, un workshop mêle le 9e art aux préoccupations des jeunes)



Des interventions éphémères
Ailleurs, rue Jeanne d’Arc à Hamra, Entre une pensée et une autre est un mémorial interactif de cette rue récemment rénovée, installé sur une place que les scooters avaient transformée en parking. Pour les étudiants, leur intervention est une façon de s’approprier la place pour qu’elle puisse accueillir riverains et piétons. Afin de compenser le manque d’espace vert et de bancs, ils ont ainsi conçu une plateforme rotative, composée d’une longue jardinière qui se termine par un banc. En face, ils ont inscrit les témoignages des riverains, exprimant ce que la rue Jeanne d’Arc représentait pour eux avant qu’elle ne soit rénovée. « Ils avaient besoin de quelque chose qui concilie le passé et le présent », explique Tala el-Khatib, en 3e année. D’où l’idée de la rotation qui met en évidence les relations entre public et privé, passé et présent.

À Karm el-Zeitoun, Khod Nafas (Prends une pause) est une série de quatre interventions qui s’approprient les objets symboliques du quartier d’une façon informelle. Elles invitent les visiteurs des lieux à réfléchir sur différents aspects relatifs au quartier : disparité entre public et privé, espaces morts inutilisables, relations familières de voisinage, ainsi que coexistence, sociale et culturelle, entre les habitants des lieux. « C’est un quartier particulier surtout parce qu’il abrite une communauté fermée, multiculturelle, dans le cadre de la ville », explique Taha Barazy, en 4e année.

Comme toute intervention dans un espace public, ces projets sont momentanés. Toutefois, « le caractère éphémère et la durée de vie courte des installations et performances ont un grand impact sur le public, vu l’intensité du moment », assure Rana Haddad. Une façon de marquer le public, de susciter des questionnements, voire une prise de conscience essentielle dans le contexte actuel.


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