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Quand des étudiants de l’AUB implémentent le jeu de l’échelle à Mar Mikhaël

Urbanisme

Des mastérants inscrits au programme « Urban planning, policy and design » du département d’architecture et de design de l’AUB ont voulu souligner la gentrification qui touche ce quartier aujourd’hui central.

03/02/2018

À Mar Mikhaël, les travaux de restauration de l’escalier Vendôme – tant attendus par les locaux – sont entamés. Avec eux, se sont effacées les dernières traces d’un jeu peint, en décembre, sur l’un des paliers de l’escalier. Pendant plusieurs semaines, celui-ci a interpellé les passants et les locaux, petits et grands. Ils s’y sont arrêtés pour jouer et se divertir, surpris de retrouver, sur un escalier public, le jeu de l’échelle et du serpent qu’ils connaissent bien et qui représente, en même temps, un lieu qui leur est familier. Les curieux se sont posé des questions, ont essayé de comprendre et de se situer. 

Le jeu reproduit, en effet, le quartier, dans ses ruelles, ses espaces vides, ses escaliers et ses bâtiments. Ses auteurs sont un groupe d’étudiants en master Urban planning, policy and design, du département d’architecture et de design de l’AUB. Ce qui, au début, n’était qu’un projet théorique, dans le cadre du cours Urban Studio – à l’issue duquel les étudiants présentent un dossier détaillé sur un sujet choisi – a engendré, en cours de route, un jeu interactif.

Tout en étant ludique, l’objectif de ce jeu était d’appeler les joueurs, passants ou riverains à interagir sur le phénomène de la gentrification (embourgeoisement urbain) qui ne cesse de prendre de l’ampleur, dans le quartier. « Ce groupe a travaillé sur une zone qui constitue le noyau de Mar Mikhaël et qui compte le nombre le plus élevé d’escaliers. Elle est la plus vulnérable en termes de gentrification, mais possède aussi le potentiel d’y résister », explique Serge Yazigi, architecte urbaniste et enseignant du cours, dont le sujet d’étude, pour ce semestre-là, est la gentrification. Un concept complexe que le jeu communique d’une façon simple. 

L’idée a germé dans l’esprit des étudiants du groupe dès la première phase du projet, la présentation de leur perception de la zone. Ces derniers ont souhaité connecter les points entre le processus de gentrification et les poches de résistance. « On a réfléchi, au-delà du rapport théorique, à une forme novatrice », confie Ali Ghaddar, membre du groupe. Avant d’implémenter le jeu sur le terrain, les étudiants ont conçu un modèle qui exprime les dynamiques de la gentrification à Mar Mikhaël, relevant la prolifération des investissements immobiliers, d’une part, et les habitations au niveau des escaliers et des espaces intérieurs, de l’autre. « Quand on a visité le quartier les deux premières fois, nous avons réalisé la dualité entre ces deux dynamiques. Nous avons cartographié les constructions et les escaliers sur ce modèle », souligne Abir Zaatari qui fait partie du groupe. Pour ces étudiants, les dynamiques en action dans le quartier sont à l’image du jeu de l’échelle. « Les serpents représentent les acteurs de la gentrification qui menacent le tissu social, alors que les échelles représentent les opportunités et les spécificités socio-spatiales du quartier », explique Ali. Quant au dé, « dans la dualité du jeu, c’est lui qui crée l’opportunité », représentant la chance, note son camarade, Walid Sader, ajoutant qu’en effet, « c’est le jeu de la vie ». Pour ce professionnel de l’urbanisme stratégique, une fois le modèle accompli, il fallait l’exécuter, à tout prix, sur le terrain, d’une manière à ce qu’il engage réellement les gens. L’objectif est double : sensibiliser et impliquer les différentes parties concernées par la gentrification ; et mettre en évidence l’interaction entre les nouvelles constructions et les escaliers.

Position intermédiaire
Toutefois, faute de pouvoir lutter contre la gentrification, ces urbanistes adoptent une position tout autre. « On n’est pas là pour mener des combats. Nous nous positionnons plutôt sur un terrain intermédiaire », affirme Walid Sader. Pour Ali Ghaddar, il s’agit de « prendre des actions pour réduire les effets de la gentrification », surtout que la règlementation est inexistante au Liban. « L’idée est de comprendre le processus de gentrification sans s’y opposer, et plutôt travailler avec et le modérer », souligne Mostapha Jundi, enseignant du cours, avec Serge Yazigi. Ce dernier confirme : « La gentrification est là, on doit avoir une approche pragmatique », celle d’inverser la donne en trouvant un moyen de la rendre positive. Comme pour toute intervention relevant de l’urbanisme stratégique, l’intérêt est d’inciter les professionnels du domaine à réfléchir sur des enjeux d’envergure et développer des idées innovantes en matière d’espace public.
Enfin, une des caractéristiques des interventions en urbanisme stratégique est son impact social, mais aussi son caractère éphémère. L’exécutant sur cet escalier en particulier, cette équipe d’étudiants savait au préalable que le jeu aurait une courte vie. Celui-ci a toutefois « créé un impact au niveau socio-spatial et suscité l’interaction des gens avec l’espace public. Ce qui n’existe pas encore vraiment au Liban », estime encore Walid Sader.
Par contre, cette expérience informative et ludique pourrait revoir le jour, à Mar Mikhaël mais aussi ailleurs, suite à un intérêt exprimé par la municipalité de Beyrouth et par des entités du secteur privé.



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