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Économie

Générateurs privés : le gouvernement entend se faire respecter

Éclairage

Comme en 2017, les exploitants qui fournissent du courant pendant les pannes refusent de prendre en charge l’installation de compteurs individuels chez leurs abonnés. L’État promet de les mettre au pas.

08/08/2018

Trois ministres du gouvernement sortant se sont réunis hier pour enjoindre aux propriétaires de générateurs privés qui fournissent du courant pendant les pannes d’installer, à leurs frais, des compteurs individuels chez leurs abonnés, en respectant le prix au kilowattheure (kWh) fixé par le ministère de l’Énergie.

Les ministres de l’Intérieur et des Municipalités, Mohammad Machnouk, de l’Énergie et de l’Eau, César Abi Khalil, ainsi que de l’Économie et du Commerce, Raëd Khoury, ont en effet affirmé, lors d’une conférence de presse conjointe au ministère de l’Intérieur, leur détermination à faire appliquer cette nouvelle réglementation. Électricité du Liban (EDL), l’établissement public qui détient le monopole de la production d’électricité, assure moins de deux tiers des besoins du pays. Cette situation a pérennisé la présence des générateurs illégaux, et obligé les Libanais à s’acquitter de deux factures pour avoir du courant toute la journée.

Front constitué
L’installation de compteurs a été décidée une première fois à l’été 2017, à l’initiative du ministre de l’Économie et avec le soutien de celui de l’Énergie. Disposant de peu de moyens pour faire appliquer cette mesure – avec la seule direction de la protection du consommateur rattachée à ses services – le ministère de l’Économie avait finalement jeté l’éponge après s’être heurté à une fronde menée par des propriétaires de générateurs bien organisés. Les exploitants avaient, de leur côté, invoqué plusieurs arguments plus ou moins pertinents pour justifier leur refus, comme la lourdeur des frais engendrés, la nécessité de recruter pour assurer les relevés de compteurs, les obstacles techniques liés à certaines installations ou immeubles, ou encore le partage des responsabilités en cas de dégâts provoqués pendant ou à cause de la mise en place du compteur.
M. Khoury avait, malgré tout, de repartir à l’offensive en juin, et avait fixé au 1er octobre la nouvelle date limite avant laquelle les propriétaires de générateurs devaient avoir installé des compteurs chez l’ensemble de leurs abonnés. En se réunissant avec deux autres ministres, dont celui de l’Intérieur qui chapeaute les Forces de sécurité intérieure et les municipalités – lesquelles participent déjà à la gestion des générateurs privées dans plusieurs régions du pays –, le ministre semble vouloir mettre toutes les chances de son côté, après avoir tenté plusieurs fois de faire appliquer seul sa décision depuis le début de l’été.

Les déclarations des participants à la réunion laissent en tout cas entendre que le front est bel et bien constitué. « Notre mission est de soutenir toute décision qu’un ministère décide d’appliquer, et les services de sécurité se tiennent prêts à apporter leur soutien », a martelé M. Machnouk. M. Abi Khalil a, lui, rappelé que les mesures du ministère de l’Économie – qui fixe en outre plusieurs modalités pour leur mise en œuvre, dont la nécessité de s’enregistrer auprès de ses services – avait fait l’unanimité au sein des pouvoirs publics. « Nous serons fermes pour empêcher toute rébellion de la part des propriétaires des générateurs privés, et nous sommes réceptifs à toutes les remarques », a pour sa part averti M. Khoury.


(Lire aussi : Guignes à haute tensionl'éditorial de Issa Goraieb)


Usagers en otages
En face, les propriétaires de générateurs sont déjà sur le pied de guerre. Annoncée dès la semaine dernière, la réunion des trois ministres a eu lieu moins de 24 heures après une conférence de presse au cours de laquelle les représentants des propriétaires de générateurs avaient déjà réaffirmé leur refus d’appliquer les mesures imposées, que ce soit l’obligation d’installer des compteurs ou celle d’appliquer les tarifs du ministère de l’Énergie.
Ce dernier publie chaque mois les prix de base des abonnements forfaitaires actuellement payés aux générateurs, sur lequel figure également un prix au kWh. Les prix évoluent en fonction des cours du carburant et des heures de rationnement en électricité sur un mois. Cette grille a été modifiée il y a un an pour inclure un supplément fixe de quelques dollars par mois au titre d’abonnement compteur. Mais pour les exploitants, ces prix sont trop bas et ne leur permettent pas de rentrer dans leurs frais. « En gros, ces prix ne nous permettent pas de gagner suffisamment d’argent pour couvrir nos coûts de fonctionnement, de maintenance et les achats de carburant quand il n’y a pas assez de pannes (ou d’heures de rationnement) », se plaint un exploitant sous le couvert de l’anonymat.
Un paradoxe qui suffit à gonfler à bloc des propriétaires de générateurs bien décidé à faire reculer le gouvernement, quitte à prendre les usagers en otage en leur coupant le courant, comme ont menacé leur représentants lors de la conférence de presse de lundi.


(Lire aussi : Compteurs personnels : Khoury et les propriétaires de générateurs toujours divisés)


Il reste que l’unité affichée par ces représentants cache les disparités qui existent entre eux d’une région à l’autre, notamment au niveau des heures de rationnement ou encore du comportement des municipalités dont ils dépendent. À Jbeil, ce sont par exemple les services municipaux qui gèrent directement les générateurs, tandis que ce contrôle est beaucoup moins appuyé dans la Békaa. La situation est parfois encore plus compliquée en d’autres endroits comme à Saïda-Zahrani, où la fronde contre le branchement du navire-centrale Esra Sultan (voir page 2) a été orchestrée par le chef du conseil municipal de Ghaziyé, Mohammad Samih Ghaddar, qui est à la tête d’une société qui vend des générateurs, selon des informations vérifiées par L’Orient-Le Jour et publiées dans son édition de lundi. C’est en tout cas cette brèche que le ministre de l’Économie veut exploiter pour diviser le bloc en demandant au ministère de l’Intérieur « d’inciter les municipalités à acquérir des générateurs – nouveaux ou existants – pour concurrencer voire remplacer les exploitants existants », a-t-il précisé à L’Orient-Le Jour, détaillant des propos tenus en conférence de presse. « Il s’agit d’encourager et de faciliter la démarche, pas d’accorder une aide financière aux municipalités intéressées », a-t-il précisé.


Pour mémoire
Raëd Khoury se plaint du non-respect des prix des générateurs

Générateurs : Khoury tente de relancer son mécanisme de contrôle

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DAMMOUS Hanna

L’U.E. a libéré la production et la commercialisation du courant électrique, les pouvoirs publiques garde le monopole de la distribution, le relever et la location des compteurs via l’infrastructure qu’ils rénovent et entretiennent, ils se rémunèrent via la facture de la société venderesse d’un montant fixé périodiquement par KWh appliqué au consommateur. Un modèle qui pourra régler le problème libanais.

Le Faucon Pèlerin

Le Liban est le seul pays du monde où l'électricité est fournie par les propriétaires des générateurs privés. Qui a créé ce commerce ? Ce sont les ministres successifs au ministère de l'Energie... Il est temps d'arrêter le pillage de l'argent public et construire de nouvelles centrales électriques afin de mettre fin à cette supercherie qui a trop duré. C'est la priorité des priorités bien avant d'attribuer telle ministère à tel sous-fifre de telle formation politique.

yves kerlidou

bien sur que cette mafia des moteurs il est temps de les mettre aux pas ! mais bon il me semble quand même que l'état est assez mal placé pour donner des leçons

Irene Said

Ces messieurs vont se réunir plusieurs fois, convoquer les médias, et faire des déclarations pendant plusieurs jours.
Puis le train train reprendra, car ceux, grands et petits qui profitent du commerce des générateurs ne vont jamais accepter des changements entrainant la diminution ou la perte de leurs gains faciles et...incontrôlables !

N'oublions pas que le Liban est sur la liste des pays les plus corrompus au monde...
Irène Saïd

Gros Gnon

Et si tous les générateurs étaient branchés sur le réseau de distribution de l’EDL?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

CES MESSIEURS DOIVENT ETRE CONTROLES ET TAXES !

NAUFAL SORAYA

Le jour où on aura efficacement résolu le problème de la distribution du courant au Liban sera un GRAND jour... En attendant, qui trinque, comme d'habitude?

Saliba Nouhad

C’est ça, Messieurs, on permet à cette mafia des générateurs privés de prendre en otage les citoyens depuis la fin de la guerre, imposant des prix prohibitifs pour leurs services, s’enrichissant de manière scandaleuse, avec des tentacules de profits partagés avec les municipalités et même certains politiciens, devenant ainsi un lobby puissant, dangereux et presqu’intouchable...
Et là, on décide de réagir, de gérer et réglementer le problème, de leur couper les ailes et cette manne incroyable!
Pensez-vous qu’ils vont appliquer toutes ces mesures qui couperaient leurs bénéfices de plus de 50% sans faire du grabuge ni faire jouer les contradictions communautaires et la corruption rampante dans le pays?
Croyez moi, comme d’habitude, on va en parler quelque temps et le tout sera oublié assez vite: on reviendra au « business as usual ».

Cherif Bedran

Nos ministres : « Mendiants mais Orgueilleux « 

Tous mes excuses à Monsieur Kossery. Les nôtres n’ont pas le privilège d’être les deux à la fois. Quand un compteur fournit par l’EDL coûte entre 7 à 10 millions de livres comme « assurance » , pour avoir le privilège d’un contrat triphasé, non récupérable, permettez-moi de crier au scandale.

Saints Nitouche imposant aux tiers un achat ou une fourniture d’un compteur. Ceci pour ramasser les miettes de nos grands seigneurs, clamant la défense de la veuve et de l'orphelin. Nos ministres feraient mieux de fournir cette électricité, au lieu d’en faire leur slogan « d’un Liban éclairé 24h/24 »

Quand on ne peut pas, on fait semblant de faire. Chez nous, l’Etat essaie de ménager la chèvre et le choux. Nous nous retrouvons tous mendiants et écrasés.

Quand nos trois ministres déclareront qu’ils n’ont pas de source alternative au courant de l’EDL, pour éclairer leurs ´demeures’, ils pourront nous donner des leçons de conduite.

Imaginez l’état du pays suite à 3 jours de grève des fournisseurs d’électricité.

La tindahi m’a fi Jada

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