Liban

Gouvernement : la valse des accusations et des critères se poursuit

Éclairage
04/08/2018

Les informations qui ont fuité sur l’éventualité de trouver un substitut au Premier ministre actuellement désigné, Saad Hariri, et les multiples entraves qui empêchent à ce jour la mise sur pied du cabinet ont suscité le mécontentement de M. Hariri et la grogne au sein des cercles sunnites, dont Dar el-Fatwa et les anciens chefs de gouvernement qui, unanimement, ont mis en garde contre toute tentative de toucher aux prérogatives du Premier ministre. Depuis quelque temps, M. Hariri est accusé de tergiverser au niveau de la formation du gouvernement faute d’avoir su imposer des critères unifiés, comme le lui reproche le chef du CPL, Gebran Bassil, depuis son retour de Washington. Ce dernier s’est dépêché de clarifier à son arrivée que l’obstacle ne se situe pas au niveau de sa formation, soulignant qu’il attend toujours que le Premier ministre se prononce en matière de critères et tranche, lui faisant assumer la pleine responsabilité du processus.

Plus récemment, et au lendemain de la réunion qui a eu lieu entre le chef des FL, Samir Geagea, et M. Hariri, des sources proches du CPL ont également pointé un doigt accusateur en direction de la formation chrétienne, lui faisant assumer la responsabilité du blocage. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle M. Bassil n’a pas demandé à ce jour une réunion avec M. Hariri, le problème ne résidant pas dans les revendications formulées par le CPL, font valoir les sources proches du courant.
Dans les milieux de Baabda, on a pourtant reproché au Premier ministre à plusieurs reprises d’avoir accordé des entretiens à M. Geagea, au chef du PSP, Walid Joumblatt, mais non à l’autre partie, à savoir à M. Bassil, voire même à Talal Arslane qui, selon ces milieux, sont les premiers concernés par les problématiques que pose à ce stade la formation du gouvernement, le premier pour son habilité à dénouer le nœud chrétien, le second pour résoudre la question de la représentation druze au sein du cabinet.
Dans les milieux des FL, on rétorque en démentant le fait que leur formation puisse être à l’origine de la paralysie dont les causes sont à rechercher ailleurs, c’est-à-dire chez ceux qui refusent d’accorder aux FL un portefeuille régalien et d’admettre leur poids politique sur la scène chrétienne, facilement quantifiable sur la base des résultats électoraux. Le blocage se trouve donc chez ceux qui réclament 11 sièges pour le bloc relevant du sexennat, soit le bloc du Liban fort conjointement avec le chef de l’État, ajoute-t-on dans ces milieux.


(Lire aussi : Gouvernement : Signe de blocage, les religieux s’en mêlent)


Pour sa part, le Premier ministre persiste dans son refus de consacrer de nouveaux précédents en matière de formation du gouvernement tout comme il s’obstine à ne pas accorder le tiers de blocage à quelque formation que ce soit. M. Hariri a invité les parties à adopter la formule dite des « trois dix » qu’il avait proposée et qui consiste à accorder au CPL et au chef de l’État dix portefeuilles, au courant du Futur et aux FL dix également (respectivement 6 et 4 ) et enfin dix autres ministères à répartir entre Amal (3), le Hezbollah (3), le PSP (3) et les Marada (1), partant du fait qu’il considère cette formule comme susceptible d’assurer l’équilibre politique durant cette période.

Le discours prononcé par le président le jour de la fête de l’Armée a toutefois permis de rectifier le tir, mettant un terme aux spéculations autour d’un gouvernement de majorité. En se prononçant pour un gouvernement d’entente nationale qui rassemble toutes les composantes politiques, loin de la marginalisation et du monopole de la représentation d’une communauté, M. Aoun a ainsi défini les principes directeurs en matière de formation du cabinet, mettant un terme aux informations de presse qui avaient jusque-là contribué à distiller un climat de tension qui s’est négativement répercuté sur les tractations en cours. Le président s’est ainsi prononcé en faveur d’un gouvernement qui reflète toutes les composantes politiques de manière à respecter les équilibres en présence, loin de la marginalisation et du monopole de la représentation d’une communauté et de sorte à ce qu’il n’y ait aucune suprématie d’une partie sur l’autre.


(Lire aussi : Joumblatt et Bassil tentent d’apaiser les esprits après le tweet d’un cadre du CPL)


En résumé, tout le monde réclame un gouvernement d’entente nationale selon un seul et même critère, sauf que les parties ne sont pas encore tombées d’accord sur la définition de ce critère. Les principales forces politiques en présence divergent sur l’interprétation de certaines coutumes et règles que certains cherchent à adopter, d’où le blocage. La difficulté de passer ce cap est d’autant plus grande qu’il n’existe plus un chef d’orchestre qui puisse donner le tempo, un rôle jadis rempli par le tuteur syrien. Or, à ce jour, aucune des puissances régionales n’a réussi à remplir le vide laissé par la Syrie, en dépit des tentatives de quelques-uns. Cette situation a donc placé le Liban au centre des problématiques de la région qui impactent désormais toute dynamique sur la scène politique interne. C’est dans cet esprit qu’il faut comprendre les pressions exercées par le camp du 8 Mars visant à pousser M. Hariri à rétablir les relations officielles avec le voisin syrien. C’est aussi sous cet angle qu’il faut comprendre les efforts entrepris par les composantes du 8 Mars en vue de marquer, au plan de la formation du gouvernement, une victoire politique face à l’axe saoudien et à l’Occident de sorte à engranger des acquis politiques, à l’heure où se joue l’avenir de la région et que commencent à se dessiner les équilibres à venir.


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Mattalia.josette-mari@orange.fr

minus ne peux prétendre vue sont passer fortune qui explose depuis quelques année devenir le Prince-Heiti de notre beaux Liban France-Liban

Honneur et Patrie

Je tombe à la renverse. Le pays est sans gouvernement depuis trois mois suite aux deux vétos posés par le chef du CPL : Il s'oppose à l'octroi de 5 ministres aux FL comme il s'oppose à l'octroi des 3 ministres druzes au PSP. Pendant ce temps, le chef de l'Etat, selon An-Nahar, aurait dit à l'un de ses visiteurs que le "prince-régent" est déjà en tête de course pour la prochaine présidentielle le 30 octobre 2022 !!!

FAKHOURI

" Les grandes choses peuvent se manifester par des petits signes. "

Sigmund Freud

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