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Culture

Yara Lapidus : Cet album, c’est ma petite robe noire musicale

Rencontre

Le nouvel album de la chanteuse, sorti en mai, s’écoute d’une traite et vaut le détour. Sur des musiques composées et arrangées par Gabriel Yared, les mots et la voix de l’ancienne styliste explorent les émotions existentielles les plus intimes. Elle en parle à « L’OLJ » dans son appartement parisien.

07/08/2018

Dans l’appartement parisien de Yara et Olivier Lapidus, un grand salon lumineux donne sur l’avenue Georges V ; la bibliothèque est immense, quelques tableaux et de l’espace. Dans une tenue fluide qui met en valeur sa silhouette élancée, la chanteuse se dirige spontanément vers son studio, où elle écrit et enregistre sa musique. Avenante, elle partage avec sobriété, humour et humilité le long cheminement qui a débouché sur son deuxième album, Indéfiniment. « J’ai appris la guitare et le piano depuis mon plus jeune âge à Beyrouth. Et j’écris, depuis toujours, des formats courts essentiellement, des poèmes, que j’ai gardés au fil des années. J’ai repris certains de ces textes dans mes chansons. » En 1989, elle quitte le Liban et s’installe à Paris pour faire des études de stylisme à Esmod (École supérieure des arts et techniques de la mode) ; en parallèle, elle s’inscrit au Cours Florent. « Je sentais que je n’étais pas suffisamment nourrie par mon cursus dans la mode, et j’ai commencé à prendre des cours de chant. »

Dans la foulée, à vingt ans, la jeune modéliste lance sa marque, Y by Yara, et c’est un succès ; mais la guitare et les cahiers ne sont jamais loin. Après son mariage avec Olivier Lapidus, la jeune femme devient l’égérie de la maison Lapidus tout en poursuivant ses créations de mode. En 2010, le premier album paraît et l’expérience est douloureuse : « Je n’ai pas retrouvé le travail acoustique que j’avais fait, des boîtes à rythme avaient été ajoutées. J’ai compris la nécessité de gérer moi-même le travail acoustique. »
Un silence précède l’évocation laconique de l’accident qui lui a coûté l’usage d’une de ses mains. Sa rencontre avec Gabriel Yared est ensuite déterminante : il apprécie son timbre de voix, son style d’écriture, et lui propose des compositions musicales sur lesquelles elle écrit des paroles. « C’est une chance de travailler avec un compositeur aussi inspiré, on a une vraie complicité artistique. On s’est retrouvés à Londres, à Abbey Road, et on a enregistré un album en français et en anglais. »

« Intemporel, élégant, personnel »
C’est en ces termes que la musicienne qualifie Indéfiniment, dont le titre n’est pas anodin. « Dans le titre, il y a infini, c’est une vison poétique de ce qui est sans contour. Il y a aussi l’intemporalité et l’éternité. » L’album se vit comme une plongée émotionnelle au cœur du ressenti amoureux : la plénitude de l’instant bousculée par la finitude, le rêve de fusion ou encore l’angoisse de l’abandon. Dans les textes, une parenté avec François Hardy par la finesse de l’esquisse émotionnelle, qui évite le double écueil de l’autocomplaisance et du sentimentalisme.
Le personnage principal de l’album est la voix de Yara Lapidus, que Gabriel Yared a su mettre en valeur en menant une orchestration tirée au cordeau. « Ma voix est à l’opposé de ce qu’on entend dans The Voice. Je suis touchée par les voix fragiles, cassées, qui parlent à l’âme et suis guidée par l’émotion. Parfois les chanteurs en disent beaucoup plus par le timbre de leur voix que par ce qu’ils racontent. Pour moi, c’est vraiment le miroir de l’âme. » Néanmoins, si les émotions semblent livrées à l’état brut, elles sont stylisées et esthétisées. « La simplicité implique beaucoup de sophistication, c’est comme dans la mode. Toutes les femmes ont une petite robe noire dans leur armoire, dont la facture est impeccable et inaltérable au fil des années. J’aimerais que mes chansons soient indémodables et intemporelles. »
Le timbre légèrement voilé de la chanteuse, dont la maîtrise condense l’expression, est accompagné avec richesse et justesse par un orchestre ou par des solos de guitare, de oud ou de violon. Des airs de mambo, de jazz, de rock, ou de ballades, épousent le rythme d’une réflexion musicale existentielle. Deux chansons ont des accents orientaux. «  Depuis Toi est une de mes chansons préférées, je voulais un tango, et Gabriel l’a revisité. Il a fait intervenir une guitare électrique complètement folle, un solo de guitare joué de manière orientale et ça emporte tout le morceau. Ilalabad est écrite en français et en arabe, elle démarre comme une prière, elle me ramène à mes racines, à ce que je suis. Je rêve de chanter l’album, mais surtout ce morceau au Liban, avec des musiciens libanais. »
Si l’album a reçu un album enthousiaste dans la presse, la musicienne reste prudente. « De premier abord, ce n’est pas un album mainstream et peu importe. L’important, c’est de faire quelque chose qui me ressemble. » Des concerts sont déjà prévus à Paris et à Londres ; d’autres projets sont en cours, notamment au Liban.


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