Collage de quelques-uns des lieux, artistes et expositions participant aux Beirut Art Days 2026. Avec l'aimable autorisation de Beirut Art Days
Pendant quatre jours, du 24 au 27 juin, Beyrouth invite à lever les yeux, à franchir des portes inconnues et à se laisser surprendre. Expositions dans des maisons patrimoniales, ateliers d’artisans, performances, concerts, projections, visites guidées et rencontres se déploieront aux quatre coins de la capitale et au-delà. Plus de 120 rendez-vous et une quarantaine d’artistes, créateurs et institutions participent à cette nouvelle édition des Beirut Art Days à l'initiative de l'Agenda Culturel avec le ministère de la Culture, la Délégation de l'Union européenne au Liban, la Dalloul Art Foundation, la Fondation Loubna et Saadallah Khalil ainsi que Commercial Insurance. Une occasion de découvrir la ville autrement, à travers ceux qui la font vivre, l’imaginent et la racontent. Voici la sélection de la rédaction : huit rendez-vous parmi les temps forts de cette édition. Pour composer votre propre parcours, consultez le programme complet et laissez-vous guider au gré de vos curiosités.
Orient retrouvé

Abritée dans une maison traditionnelle au cœur du charmant village de Beit Chabab (Metn), la collection orientaliste – de niveau muséal – de Philippe Jabre dévoile ses trésors ce jeudi 25 juin, à 11 h, dans le cadre d’une visite guidée par son conservateur, Gaby Daher.
Amateurs de peinture classique et passionnés d’histoire libanaise, voilà un rendez-vous à ne pas manquer. Cette exceptionnelle collection de plus de 300 œuvres, peintes entre le XVIIe et le XIXe siècle, retrace, au fil de ses nombreux panoramas paysagers et architecturaux, de ses scènes de rue, de ses marines et de ses portraits, quatre siècles de l’histoire du pays du Cèdre et de la région du Levant.
À cet ensemble de peintures anciennes s’ajoutent des œuvres consacrées au Liban du XXe siècle, signées notamment par David Hockney, Andy Warhol ou A. R. Penck, ainsi qu’une collection d’affiches touristiques et cinématographiques qui évoquent l’âge d’or du pays. Un véritable voyage dans le temps, à la rencontre d’un Liban disparu.
Regarder autrement

Et si une visite au musée devenait aussi une parenthèse de reconnexion à soi ? C’est l’expérience singulière que propose ce mercredi 24 juin, de 19 h à 21 h, le musée de l’Université Saint-Esprit de Kaslik (USEK) avec « Art, présence et pleine conscience », une rencontre inédite entre bien-être holistique, méditation et contemplation artistique.
La séance débutera par 15 minutes de méditation guidée par Sandra Kouchakji Abou Farhat, nutritionniste holistique et naturopathe, autour de l’ancrage et de l’éveil sensoriel. Une invitation à ralentir, à ouvrir ses sens et à se préparer à une rencontre plus intime avec une œuvre choisie de la collection du musée.
Après ce temps de contemplation, Elsie el-Dick Bou Jaoudé, historienne de l’art et directrice du musée de l’USEK, proposera une lecture historique et artistique des œuvres sélectionnées, en dévoilant leurs techniques, leurs symboles et leur contexte culturel.
Accessible à tous, cette expérience ne requiert aucune connaissance préalable en histoire de l’art ni en pleine conscience. Il suffit de réserver sa visite (gratuite) sur le site du musée de l’USEK.
Patrimoine partagé

À l’occasion des Beirut Art Days, « Badguèr », à Bourj Hammoud, propose bien plus qu’une simple exposition : une immersion dans un patrimoine vivant. Pendant quatre jours, du 24 au 27 juin, le public est invité à déambuler entre peinture, musique, danse et artisanat, découvrant la culture arménienne non comme une pièce de musée, mais comme une tradition vibrante et en constante évolution. Des démonstrations en direct de tissage de kilims, de broderie, de crochet et de fabrication de chaussures font revivre des savoir-faire ancestraux, tandis qu’artistes et sculpteurs créent sous les yeux des visiteurs. Les enfants pourront participer à des ateliers de dessin, les adultes s’initier à des danses traditionnelles arméniennes telles que l’Ichkhanats Bar, tandis que des musiciens feront résonner la maison patrimoniale de mélodies arméniennes. « La culture arménienne englobe tous ces aspects », explique Arpie Mangassarian, à l’origine de l’initiative. « Nous voulons faire vivre ce patrimoine culturel. » Dans le cadre intimiste de « Badguèr », la culture ne se contente pas d’être exposée : elle se partage.
Tisser la mémoire

Parmi les temps forts des Beirut Art Days, la première exposition personnelle de Dima Youssef Rbeiz, « [In] Seam », propose une exploration intime de la mémoire, de la matière et des liens humains. Présentée dans une maison traditionnelle de Gemmayzé plutôt que dans une galerie classique, l’exposition réunit des œuvres réalisées à partir de tissus récupérés, d’objets trouvés et de fragments collectés, façonnés au fil des années avec patience et attention. En son centre figure « Rainbow », un projet mené durant huit ans, tissé de chutes textiles et d’histoires personnelles. Les visiteurs sont invités à pénétrer dans l’univers de l’artiste et à découvrir comment des matériaux du quotidien peuvent porter en eux des récits de foyer, d’appartenance et de résilience. « [In] Seam est l’endroit où les choses se rejoignent et tiennent ensemble », explique Dima Youssef Rbeiz. « C’est discret, facile à manquer, et pourtant rien ne resterait uni sans cela. » Plus qu’une exposition, « [In] Seam » est une invitation à ralentir et à regarder de plus près.
Parfum du Liban

Pour ceux qui recherchent une halte empreinte de nostalgie, « The Scent of Lebanon » de Darine Semaan propose un voyage dans le patrimoine vivant du pays. À travers 116 aquarelles, l’artiste rend hommage aux artisans, agriculteurs et détenteurs de savoir-faire dont les connaissances ont façonné des générations de Libanais. Inspirée de photographies anciennes et de traditions oubliées, l’exposition représente potiers, savonniers et autres gardiens de métiers en voie de disparition avec chaleur et tendresse. « On peut sentir le pays à travers ces personnes », affirme Darine Semaan, qui décrit le parfum du Liban comme « la terre, les pins et le zaatar ». L’exposition s’accompagne également d’une séance de signature de livre, offrant aux visiteurs l’occasion de prolonger l’expérience et de redécouvrir un Liban souvent négligé. Non pas celui des paysages ou des monuments, mais celui des mains, des visages et des récits de celles et ceux qui perpétuent ce patrimoine au quotidien. L’exposition se poursuivra jusqu’au 4 juillet.
Broder les archives

Le temps d’une journée, « Stitching Tomorrow », imaginé par Boukra dans le cadre des Beirut Art Days, transforme une maison historique d’Achrafieh en un espace de rencontre entre mémoire, patrimoine et imagination. Au cœur du projet se trouve la brodeuse Nada Nakouzi, qui réinterprète des photographies en noir et blanc à l’aide de fils colorés, offrant une nouvelle vie à d’anciens portraits, paysages et scènes familiales. « L’idée est d’ajouter une histoire, une histoire colorée, à l’image ancienne », explique Muriel Sarrouf, fondatrice de Boukra. Issues d’archives villageoises, de collections familiales ou de mémoires collectives, ces photographies deviennent le point de départ de nouveaux récits façonnés par les artistes, les visiteurs et le savoir-faire de Nada Nakouzi. Le public pourra assister en direct au travail de broderie, échanger avec l’artisane à l’origine du projet et même apporter ses propres photographies anciennes afin qu’elles soient transformées. Plus qu’une exposition, « Stitching Tomorrow » montre comment le patrimoine peut être réinventé, recréé et transmis sous une forme nouvelle.
Les voix de l’argile

Que raconte un morceau d’argile prélevé dans la terre libanaise ? C’est la question au cœur de « Wild Clay: Ecologies of Transmission », une exposition conçue par le Musée d’archéologie de l’AUB et le Beirut Museum of Art (BeMA). En dialogue avec des céramiques archéologiques, douze artistes et artisans – Ali Karout, Caro Loutfi, Christopher Ghoussoub, Khaled Daou, Rabih Daou, Maha Nasrallah, May Nabhan, Michele Assef Kamel, Mohammad Atallah, Moustapha Atallah, Thea Dagher et Yasmina Khalife – explorent la mémoire contenue dans cette matière millénaire. Car l’argile ne conserve pas seulement des formes : elle porte aussi des gestes, des savoir-faire et des récits transmis de génération en génération. À travers leurs créations, les participants interrogent ce qui subsiste lorsque les traditions se fragilisent, lorsque l’accès à la terre se réduit et lorsque les objets sont séparés de ceux qui les ont façonnés. Une exposition sensible où l’archéologie dialogue avec le présent pour réinventer les héritages de demain. Du 25 juin au 30 juillet.
La poésie du réel

Le 24 juin, de 16 h à 20 h, Ismat Mahmassani ouvre les portes de son showroom au Building Le 77, niché entre l’Urban Supermarket et l’hôtel Phoenicia, au cœur de Beyrouth. Avec The Poetry of Seeing, la photographe invite le public à découvrir un univers où le quotidien se transforme en récit visuel. Un reflet dans une vitre, un jeu de lumière, une fleur ou une façade deviennent, sous son regard, des images chargées d’émotion et de poésie. Plus qu’un simple témoignage du réel, son travail cherche à révéler ce qui échappe au premier regard et à réenchanter l’ordinaire. Présentée dans le cadre des Beirut Art Days, cette sélection de photographies, accompagnée de travaux en cours, offre un aperçu de son processus créatif. L’occasion également d’apprécier les œuvres dans leur matérialité, à travers différents formats et supports, et d’échanger avec l’artiste autour des histoires qui se cachent derrière chaque image.



