Au terme de vingt mois du début de l’actuel régime et de ses premiers balbutiements, il y a eu les élections législatives qui ont donné le véritable coup d’envoi de cette législature qui s’était fait longtemps attendre. Durant cette période, les évènements régionaux continuaient de se dérouler, apportant leur lot quotidien de destructions, de morts et de changements dans le panorama géopolitique de cet Orient en pleine mutation.
Pendant que la géographie des pays de la région s’étire ou se rétrécit au gré des stratégies et des guerres entreprises par les décideurs internationaux et des acteurs régionaux, les populations, elles, vivent et subissent les plus grands transferts de l’histoire contemporaine, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de leurs propres territoires nationaux. De tous ces bouleversements dramatiques, il en a résulté un terrible chaos humanitaire, qui se déroule sous les yeux d’un Occident largement désarçonné pour avoir trop longtemps laissé faire et qui en subit aujourd’hui directement les conséquences économiques, sociales et sécuritaires…
Cette situation produit naturellement aussi des effets déstabilisants et négatifs sur la politique intérieure de la République ainsi que sur ses relations internationales, régionales et ses alliances externes. Comment le Liban du président « fort » peut-il appréhender ces développements, alors qu’il est vulnérabilisé par quarante ans de guerre civile, de tutelle syrienne et de mainmise du représentant de la wilayet el-faqih, le Hezbollah, sur ses institutions et sa souveraineté ?
Au-delà des querelles de clocher, que les différents partis politiques entretiennent entre eux avant la formation d’un nouveau gouvernement, un message doit toutefois les interpeller à tous, à savoir la nécessité de se solidariser autour du président de la République et finaliser cette étape dans les meilleurs délais pour éviter que la « table » ne se retourne sur tous les participants !
Si le choix s’est orienté vers un gouvernement d’union nationale, fort et équilibré, où toutes les parties sont réunies autour d’une grande table pour partager les meilleures solutions pour sortir le pays des dissensions verticales qui le bloquent et le sauver du profond marasme économique qui le secoue, il faut agir vite et bien. Cette démarche, si elle réussit, redonnera aussi aux pays étrangers qui ont misé sur la stabilité du Liban qu’ils protègent confiance dans sa capacité à s’autogouverner, s’autoréguler et favoriser enfin une politique de reprise et de développement progressifs, après de longues années de déstabilisation dues aux guerres, tutelles et divers autres sacrifices. Si cette option ne voyait pas le jour et que les discussions se crispaient, il deviendrait alors impératif de passer à une seconde option, qui consisterait à la formation d’un gouvernement de technocrates, présidé par Saad Hariri et agréé par tous, et qui s’engagerait à adopter en urgence un programme de gouvernement et à l’exécuter.
Les objectifs de n’importe laquelle de ces deux options devraient apporter également des solutions techniques et immédiates pour améliorer les sujets et les lacunes graves qui empoisonnent la vie quotidienne des citoyens, relancer les investissements, renflouer l’économie et revitaliser l’État de droit et des institutions, entré depuis si longtemps dans les soins intensifs… En tout état de cause, le succès de l’une de ces deux initiatives éviterait que la République ne se trouve confrontée à une situation d’alerte maximale, qui pourrait économiquement la faire glisser inexorablement vers un début de « banqueroute » à la grecque et politiquement l’entraîner potentiellement dans un processus inquiétant de démantèlement de son statut constitutionnel et de dilution possible de son entité nationale…
Pour ce faire et réussir cette échéance démocratique, le président de la République semble avoir pris conscience de tous les « dégâts » occasionnés par les innombrables « excès de zèle » de son jeune ministre des Affaires étrangères et néammoins chef de son propre parti politique. Il a commencé par se charger tout d’abord, face au tollé populaire qui a fait suite au malencontreux décret présidentiel de naturalisation (qui est néanmoins un droit indéniable du président), de gérer au mieux les incidences inadmissibles de cette grave erreur et d’essayer d’y apporter une solution acceptable. Il a ensuite décidé de coordonner avec le Premier ministre désigné l’action politique nécessaire pour activer et finaliser la formation du nouveau gouvernement. Il a ainsi entrepris de dénouer, un à un, tous les obstacles qui bloquent le processus en cours, en rencontrant personnellement toutes les personnalités dérangées par le ton des échanges aigres-doux qui ont accompagné les préparatifs de cette éclosion. Pour ce faire, le président a besoin de placer ses engagements politiques personnels antérieurs à son accession à la tête de l’État, et les intérêts de sa famille, de côté, pour s’atteler, conformément aux dispositions des lois républicaines à tenir à l’égard des citoyens, à son rôle de garant honnête et juste de la Constitution. Grâce à cet exercice courageux et afin de donner à sa législature toutes les chances de réussir, il doit donner au Premier ministre désigné toutes les chances de former son cabinet en gouvernant selon ses convictions, en toute conscience, indépendance et à égale distance de tous les partis !
Il est bien entendu que tout en tenant compte naturellement du poids de chacune des composantes nationales, il devra, une fois le gouvernement formé, donner enfin la priorité à une vision politique globale et souveraine, soutenue par des choix stratégiques exclusivement nationaux et un programme d’application rigoureux, stable, efficient et inaliénable. C’est ainsi qu’il retrouvera la philosophie politique de John Irving : « Le président est élu pour faire respecter la Constitution et, plus largement, pour faire respecter la loi ! Il n’a pas le droit d’agir au-dessus des lois, il est censé nous servir d’exemple. »
Nos lecteurs ont la parole - Salim F. Dahdah
Un président « fort » est un chef éclairé, et un arbitre juste, indépendant et sage
OLJ / le 02 août 2018 à 00h00


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine