Liban

Un gouvernement majoritairement du 8 Mars priverait le Liban des aides internationales

Éclairage
27/07/2018

L’Occident suit avec un intérêt poussé les tractations menées pour la formation d’un nouveau gouvernement libanais parce qu’il est conscient que les obstacles qui se dressent devant la naissance de la nouvelle équipe ministérielle cachent, chez certaines parties, une volonté de renverser la formule politique qui, après l’épisode mouvementé de la démission-surprise de Saad Hariri en novembre dernier, avait permis une normalisation de la vie politique au Liban et une modification des règles sur base desquelles le compromis présidentiel avait été réalisé.

Ces obstacles, avertit-on dans les milieux politiques occidentaux, risquent cependant, s’ils se poursuivent, de compromettre sérieusement les engagements internationaux pris lors des trois conférences qui s’étaient tenues il y a quelques mois successivement à Rome, Paris et Bruxelles, à l’initiative du président français, Emmanuel Macron, afin d’aider le Liban à développer ses forces armées et de sécurité, à redresser son économie et à régler le dossier des réfugiés syriens.

Dans ces mêmes milieux, on rappelle que les États et les organismes internationaux, qui avaient pris part aux trois conférences, s’étaient engagés à aider le Liban à atteindre ces trois objectifs, non seulement parce que l’initiative était venue de la France, mais parce que le Liban officiel avait solennellement promis de se conformer à la politique de distanciation vis-à-vis des conflits en Syrie et dans le monde arabe, et donc à la déclaration de Baabda, et de mettre en application les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité relatives au désarmement des milices.

Parallèlement à cet engagement, le Liban officiel en avait pris un autre – le tout étant consigné dans le document approuvé par le Conseil des ministres, lors de sa première réunion après le retour de Saad Hariri sur sa démission –, à savoir préserver l’unité nationale, éviter les sujets conflictuels et sauvegarder le compromis présidentiel qui avait permis l’accession de Michel Aoun à la tête de l’État sur base d’un consensus interne mais aussi arabo-international. Se situant dans le prolongement de cette dynamique internationale allant dans le sens du renforcement de l’État libanais, à laquelle il s’était d’ailleurs empressé de faire écho, le président Aoun avait à l’époque promis de former, dès la fin des élections législatives, un comité de dialogue devant plancher sur une stratégie nationale de défense, laquelle commanderait en quelque sorte la composition du nouveau gouvernement. Or, le président n’a pas tenu parole, préférant laisser à la nouvelle équipe ministérielle le soin de décider du sort de cette stratégie.

L’Occident a mal vu ce revirement, attribué selon certaines sources souverainistes aux pressions exercées par le Hezbollah qui ne veut pas entendre d’un débat sur le sort ou la finalité de ses armes tant que la région reste en pleine mutation.


(Lire aussi : Guerre des prérogatives entre Baabda et le Grand Sérail)


Un basculement dans l’axe syro-iranien ?
Le fait que Michel Aoun ait renoncé à lancer le débat officiel sur la stratégie de défense, le durcissement du discours politique, qui ponctue les contacts sur la formation du gouvernement et plus particulièrement la volonté de réduire au sein de la nouvelle équipe ministérielle la représentation des parties hostiles à l’axe syro-iranien, alimente donc les inquiétudes de l’Occident. Celui-ci redoute sérieusement l’effondrement de la formule politique qui avait encouragé les bailleurs de fonds à s’impliquer dans les trois conférences internationales, c’est-à-dire la politique de distanciation, et craint que le Liban ne bascule dans l’axe syro-iranien avec l’avènement d’un gouvernement composé principalement de figures du 8 Mars. Un tel gouvernement serait considéré comme étant la concrétisation de ce que le commandant de la brigade al-Qods, le général iranien Kassem Soleimani, avait affirmé, quelques jours après les élections de mai dernier : « Les législatives ont donné à l’axe de la résistance une majorité parlementaire de 74 députés » sur 128, en droit donc de former le nouveau gouvernement.

Pour contrer cette tendance, l’Occident invite le Liban, à travers ses émissaires ou ses représentants diplomatiques, à s’empresser de former un cabinet d’union nationale, sans lequel il perdrait le soutien international. Et de rappeler dans le même contexte l’épisode de la démission collective des ministres du 8 Mars (y compris le bloc aouniste) du gouvernement Hariri en 2011, laquelle avait fait chuter ce dernier et pavé la voie à l’avènement du cabinet de Nagib Mikati qui était composé majoritairement de figures du 8 Mars. À l’époque, le gouvernement Mikati était qualifié comme étant celui du Hezbollah.

De sources politiques, on souligne que le Premier ministre désigné est conscient de tous ces dangers et notamment des risques sur l’économie libanaise. Il reste attaché à la mise en place d’un gouvernement d’union nationale dans lequel les Forces libanaises et le PSP seront équitablement représentés.



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Eleni Caridopoulou

Encore et encore le Hezbollah qui veut détruire le Liban et faire un autre Iran

Irene Said

Pourquoi se faire des soucis ?
L'Iran, très dévoué envers le Liban, volera à son secours en cas de pépin sérieux, par l'entremise de son chargé d'affaires, le "parti divinement résistant" !
Irène Saïd

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

AVEC LEURS BOYCOTTAGES HABITUELS CE SERAIT ADIEU A CEDRE... ET ADIEU AU LIBAN !

Yves Prevost

"se conformer à la politique de distanciation (...) mettre en application les résolutions 1559 et 1701 du Conseil de sécurité relatives au désarmement des milices". Voilà deux promesses que le pouvoir serait bien en mal de respecter (à supposer qu'il en ait jamais eu l'intention). Autrement dit, l'aide internationale va encore nous passer sous le nez.

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