Reportage

Ballottés d’un camp de réfugiés à l’autre, la détresse des Palestiniens en Syrie...

L’Unrwa aurait annulé les aides financières et en nature qui leur sont habituellement attribuées, en estimant que les zones rebelles, où se sont réfugiés des milliers de personnes, ne sont pas assez sécurisées pour que l’organisme y accède.

Des réfugiés palestiniens en Syrie. Photo AFP/Mahmoud Zayyat

Comme des milliers de Palestiniens de Syrie, Abou Mouhannad a quitté le camp de réfugiés de Yarmouk, dans la banlieue de Damas, en avril dernier, un mois avant sa reconquête par le régime de Bachar el-Assad. Aujourd’hui réfugié dans le camp de Deir al-Balout, dans le nord de la Syrie, cet activiste de 47 ans déplore une situation invivable.

« Même lorsque le camp de Yarmouk était contrôlé par l’État islamique et par al-Nosra (branche syrienne d’el-Qaëda), l’Unrwa (Office de secours et de travaux des Nations unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient) n’a jamais cessé son soutien », s’insurge Abou Mouhannad.

Dans le camp de Deir al-Balout, près d’Afrine, plus de 4 500 déplacés syriens et palestiniens vivent les uns sur les autres. Les maladies y pullulent à cause d’un manque d’hygiène et d’eau potable. Tout comme les insectes qui rendent la vie des réfugiés impossible. Parmi eux, un seul médecin et une infirmière bénévole. Outre les conditions de vie, l’éducation des centaines d’enfants présents est également un problème. Dans le camp, il n’y a ni écoles ni centres éducatifs, ce qui fait craindre aux familles d’élever toute une génération d’analphabètes. « Nous avons demandé la création de soutien scolaire mais l’administration du camp (composée de déplacés palestiniens) a rejeté notre demande sans motiver ce refus », fustige Abou Mouhannad.

Depuis quelques semaines, les Palestiniens de Syrie ayant fui la Ghouta et Yarmouk vivent dans le plus grand désarroi. Selon des organismes palestiniens, l’Unrwa aurait annulé les aides financières et en nature qui leur sont habituellement attribuées, en estimant que les zones rebelles, où sont aujourd’hui déplacées des milliers de personnes, ne sont pas assez sécurisées pour que l’organisation y accède. « C’est un faux prétexte », argue Abou Mouhannad. Certains militants et organismes palestiniens ont écrit à l’Unrwa afin de lui demander de s’acquitter de ses devoirs envers les familles réfugiées dans le nord syrien, mais, jusqu’à présent, leurs requêtes sont restées lettre morte. Contacté par téléphone et par e-mail, le bureau de l’Unrwa à Damas n’a pas répondu aux sollicitations de L’Orient-Le Jour. Une situation qui préoccupe au plus haut point les activistes palestiniens, qui estiment qu’il s’agirait d’une « punition » puisqu’ils ont refusé de rester en territoire sous contrôle du régime. Le 16 janvier dernier, les États-Unis avaient annoncé baisser de moitié l’aide allouée à l’Unrwa , appelant à ce que des réformes soient faites en son sein. Cette décision, vivement critiquée, a plongé l’organisme dans la plus grave crise financière depuis sa création.


(Lire aussi : Les fonds d'urgence réclamés par par l'UNRWA, "bouée de sauvetage" pour les Palestiniens de Syrie)


Champs de ruines
Mai 2018. Le sort est scellé pour le célèbre camp palestinien de Yarmouk, qui retombe dans l’escarcelle de Damas. Sa chute provoque l’exode de centaines de familles vers des camps de fortune dans le nord du pays. Une nouvelle vie pour ces apatrides, de nouveau déracinés. Avant le début de la guerre en 2011, la Syrie abritait un demi-million de réfugiés palestiniens selon l’Unrwa. Plus de 4 000 d’entre eux ont été tués et près de 150 000 ont fui la Syrie vers les pays voisins ou vers l’Europe depuis le début du conflit, selon le Groupe d’action pour les Palestiniens en Syrie, une ONG basée à Londres.

Alors que des rassemblements pour faire bouger les choses du côté de l’organisme onusien sont organisés, les conditions de vie continuent de se détériorer pour les centaines de familles de déplacés entassés dans des camps de fortune, où les pénuries en médicaments, nourriture et en eau sont quotidiennes.

La plupart des Palestiniens du sud de Damas ont perdu leurs maisons à cause des bombardements violents du régime syrien et de ses alliés. Près de 90 % des bâtiments du Yarmouk ont été détruits. « Même si nous souhaitions y rester, cela nous était impossible car notre quartier n’est plus qu’un champ de ruines », affirme Rami, un jeune photographe, témoin de l’offensive. « Nous avons abandonné nos maisons détruites et sommes partis avec nos seuls vêtements sur la peau, pour nous retrouver sous des tentes vides avec quelques couvertures », poursuit-il.

Yamen, 30 ans, est, comme ses compatriotes apatrides, passé d’un camp à un autre. La souffrance de ce père de trois enfants démarre dès le lever du jour. Trouver des couches, du lait, mais surtout grappiller quelques litres d’eau potable est un vrai cauchemar. « Et par-dessus tout, on ne trouve pas de travail », déplore Yamen, à bout. La chaleur de l’été vient s’ajouter à leur calvaire. Avec nulle part où aller, les enfants restent sous des tentes en plastique étouffantes. « Il n’y a rien pour eux, ils sont emprisonnés sous 40 degrés », poursuit le père de famille.

Les Palestiniens de Deraa, bastion de l’opposition tout juste retombé dans l’escarcelle du régime, se sont avérés quant à eux plus chanceux que leurs compatriotes de Yarmouk ou de la Ghouta qui se sont réfugiés au Nord. 140 familles du camp de Deraa ont pu regagner leurs habitations, suite aux accords de réconciliation entre Moscou et les rebelles, et elles continuent de recevoir des aides de l’Unrwa. 44 dollars par personne et des denrées alimentaires, tous les trois mois, selon Abou Saïd. Ce dernier n’a toujours pas pu quitter le camp et redoute, comme beaucoup, les actes de vengeance tels que les arrestations et les exécutions que pourraient perpétrer les forces du régime. « Nous ne parvenons pas à dormir la nuit, de peur que le camp soit attaqué », dit-il.



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