Les grossesses précoces ne sont pas dépourvues de risques pour la santé de la jeune maman et du bébé. Photo Bigstock
Les complications de la grossesse et de l’accouchement restent, à l’échelle mondiale, les principales causes de décès chez les adolescentes entre 15 et 19 ans. En 2016, près de 21 millions de jeunes femmes appartenant à cette tranche d’âge étaient tombées enceintes, selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Cette même année, 777 000 filles âgées de moins de 15 ans ont donné naissance à un enfant.
Dans leur majorité, ces grossesses surviennent dans les milieux socio-économiques pauvres, peu instruits ou ruraux. Or ces grossesses ne sont pas dépourvues de risques pour la santé de la jeune maman et du bébé. La littérature internationale montre en fait que lors de l’accouchement, la jeune mère a un plus haut risque d’avoir une éclampsie (c’est-à-dire des crises de convulsions dues à une hypertension, accompagnée d’une élévation de la quantité de protéines dans les urines), une déchirure du placenta ou des infections. Les risques sont plus importants également pour le bébé qui peut naître plus petit que la normale et présenter des conditions néonatales sévères. De plus, les mères adolescentes ont des besoins sociaux et psychologiques plus importants que ceux des autres mamans.
Le Liban n’est pas en reste de ce phénomène mondial. Dans son numéro de juin du Bulletin de surveillance épidémiologique au Liban (Lebanese Epi-Monitor), rendu public il y a quelques jours, le bureau de l’OMS à Beyrouth souligne qu’en 2017, près de 9 % des accouchements médicalisés, soit 11 196, sont le résultat de grossesses précoces : 10 958 accouchements ont été enregistrés chez des femmes âgées entre 15 et 19 ans et 238 chez des filles de moins de 15 ans. Ces accouchements, dans leur majorité, ont été observés parmi les femmes syriennes (70 %). Un peu plus du quart (26,6 %) ont concerné des Libanaises et 3,4 % des femmes d’autres nationalités.
Par ailleurs, sur les vingt et un décès maternels enregistrés au Liban en 2017, six (28,6 %) étaient survenus chez des adolescentes âgées de moins de 20 ans. Cette même année, une étude menée par le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) dans la Békaa-Ouest a montré que 24 % des Syriennes âgées entre 15 et 17 ans étaient mariées et plus de 30 % de celles âgées entre 20 et 24 ans ont été mariées avant même qu’elles ne soufflent leurs dix-huit bougies.
(Pour mémoire : Enquête en Turquie après un scandale lié à des grossesses précoces)
Un programme du ministère de la Santé
En raison de tous les risques médicaux et psychologiques que représentent les mariages précoces pour les filles, mais aussi des problèmes sociaux qu’ils posent, les jeunes mariées étant privées de leur enfance, de leur scolarité et de leurs rêves… plusieurs ONG au Liban mènent depuis des années des campagnes pour sensibiliser aux dangers de ces mariages. Plus encore, elles bataillent pour faire promulguer une loi fixant à 18 ans l’âge minimum du mariage. Un texte de loi dans ce sens est à l’étude depuis quelques mois au Parlement.
Pour sa part, le ministère de la Santé ne reste pas les bras croisés. « Dans le cadre du Programme de la santé reproductive, le département de soins de santé primaires offre des services de santé reproductive qui englobent les grossesses précoces », explique à L’Orient-Le Jour Randa Hamadé, chef du département de soins de santé primaires et directrice du Programme national de vaccination au ministère de la Santé. « De plus, le ministère est en train de mettre en place des programmes de sensibilisation et des services de soins dans les centres de soins primaires pour accueillir ces cas et les contenir », ajoute-t-elle, précisant que le travail dans ce cadre est de longue haleine, « d’autant que les mariages précoces et les grossesses précoces revêtent un aspect culturel important ».
Pour mémoire
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