Abbas Ibrahim s’exprimant à l’occasion de l’inauguration de nouveaux centres de la SG dans la Békaa. Photo ANI
La joute oratoire entre Jamil Sayyed, ancien patron de la Sûreté générale et actuel député de Baalbeck-Hermel, membre du bloc du Hezbollah, et le député Amal de la même région, Ghazi Zeaïter, s’est poursuivie hier. À l’occasion d’une cérémonie d’inauguration de nouvelles branches de la Sûreté générale dans la Békaa, l’actuel directeur de la SG, Abbas Ibrahim, s’est invité dans la guéguerre en critiquant implicitement les propos de son prédécesseur.Prenant la parole au cours de cette cérémonie, M. Zeaïter ne s’est pas privé de lancer une pointe à son concurrent direct dans la région soulignant que « les députés, ministres et forces politiques (comprendre le mouvement Amal surtout) soutiendront toute initiative visant à mettre un terme à la situation de privation dont pâtit la région, loin de la surenchère et de l’incitation à la discorde ». M. Zeaïter a également laissé entendre, après avoir fait les éloges de M. Ibrahim, que M. Sayyed n’avait rien fait pour la région de la Békaa.
À son tour, Abbas Ibrahim a dénoncé « le bazar de la surenchère » ainsi que les tentatives de « division visant les fils d’une même nation, sur une base régionale », déplorant sans les nommer « ceux qui cherchent à susciter un clivage entre la Békaa et le Sud ».
La semaine dernière, M. Sayyed avait effectué une distinction entre « l’aile étatiste des chiites, dirigée par (le président de la Chambre Nabih) Berry, et l’aile de la résistance dirigée par Hassan Nasrallah. Les chiites de la résistance font leur devoir au Liban-Sud. Les chiites étatistes ont beaucoup donné au Sud, mais ils n’ont pas donné à la Békaa ce qu’elle mérite ». « La Békaa est une bombe à retardement », avait-il lancé, déclenchant par là une polémique houleuse avec les partisans du mouvement Amal, qui ont très mal pris les critiques dirigées contre leur leader.
M. Sayyed avait également dénoncé un déséquilibre dans les nominations au sein du département de la Sécurité de l’État, indiquant que 20 personnes originaires de la Békaa avaient été nommées dans ce cadre, contre 90 personnes venant du Sud.
(Lire aussi : Le Hezbollah joue les pompiers entre Berry et Sayyed)
Calmer le jeu
L’ancien directeur de la Sûreté, qui a affirmé hier n’avoir pas pu arriver à temps à la cérémonie d’inauguration, a eu écho des propos de M. Zeaïter alors qu’il était en chemin et a immédiatement réagi. « Ma réponse est que lorsque j’étais en poste à la Sûreté, j’ai travaillé pour tout le Liban », a riposté M. Sayyed en évoquant « l’hommage qui lui a été rendu pour ses réalisations par les Nations unies et l’ancien patriarche maronite, Mgr Nasrallah Sfeir ».
Tout en reconnaissant qu’il a eu dans le passé des controverses avec le président du Parlement, M. Sayyed a salué « le rôle national important de Nabih Berry », déplorant toutefois le fait qu’il s’entoure « de personnes qui sont irresponsables » et qui, a-t-il dit, « ternissent le rôle » rempli par le président de l’Assemblée. Et de conclure en assurant que la polémique qui a envenimé les réseaux sociaux ces derniers temps « est terminée ».
(Lire aussi : Abbas Ibrahim : L'Etat libanais va "revenir de façon définitive dans la Békaa")
La guerre verbale interchiite qui a fini par déraper sur les réseaux sociaux a atteint un point tel que le Hezbollah est intervenu il y a quelques jours pour calmer le jeu entre son allié principal, le mouvement Amal, et un député de son bloc qui s’était présenté en indépendant sur la liste du parti chiite, sa candidature ayant été « vivement souhaitée », dit-on, par le régime syrien.
M. Sayyed avait recueilli le plus grand nombre de voix sur la liste lors du scrutin, dépassant de loin son colistier d’Amal, Ghazi Zeaïter. C’est cette rivalité électorale notamment qui aurait contribué à exacerber l’antagonisme entre les deux hommes, sur fond d’une autre rivalité, historique et personnelle, avec le chef du mouvement Amal.
Selon une source chiite indépendante, l’antagonisme entre M. Sayyed, « l’homme des Syriens, actuellement conseiller du président Bachar el-Assad auprès des Nations unies », et M. Zeaïter, qui se prévaut également de ses relations privilégiées avec Damas, est à rechercher au niveau de la concurrence qu’ils se livrent également sur ce plan.
Il reste que dans ce bras de fer, le Hezbollah est mis à mal, et cherche coûte que coûte à éviter les débordements. « Le parti chiite est d’autant plus dérangé par Jamil Sayyed que ce dernier échappe à son emprise, son obédience étant, en définitive, à l’égard du régime syrien », affirme la même source.
Pour mémoire
Baalbeck-Hermel : un meurtre pour un litige sur un terrain met le feu aux poudres...


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
LES BOYCOTTEURS EN GUERRES INTESTINES !
10 h 12, le 20 juillet 2018