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Culture

De passion et de sang, ce fier flamenco d’Antonio Gadès...

Festival de Beiteddine

C’est une pièce inscrite au patrimoine de la danse espagnole qu’a présentée hier soir la compagnie d’Antonio Gadès sur la scène du palais des Émirs : « Bodas de Sangre » ou des « Noces de sang » à l’envoûtement pérenne.

20/07/2018

Hier soir, à Beiteddine, les festivaliers ont plongé dans l’âme éternelle de l’Espagne, son incandescente passion, sa virile fierté et ses profondes racines terriennes… Au son des voix rocailleuses des « cantaores », des véloces jeux de guitares, des puissants claquements de talons et des frénétiques battements de paumes, accompagnant une intense danse flamenca présentée par la compagnie Antonio Gadès.
Un spectacle en deux parties réunissant Bodas de Sangre (Noces de sang) et Suite flamenca, deux pièces majeures du répertoire du fameux danseur et chorégraphe espagnol qui a fait rayonner l’art flamenco sur les scènes internationales. Tout en l’épurant de ses clichés pour touristes. Un chorégraphe devenu mythique pour avoir également introduit le flamenco au cinéma dans une trilogie réalisée avec Carlos Saura, comprenant le cultissime film Carmen.
Lorsqu’Antonio Gadès adapte, en 1974, Bodas de Sangre de l’une des plus célèbres œuvres dramatiques du poète et dramaturge andalou Federico Garcia Lorca, la critique applaudit son « avant-gardisme ». De novateur il y a quarante-quatre ans, ce flamenco très théâtralisé est devenu, aujourd’hui, l’un des « classiques » du répertoire du Ballet national d’Espagne. Une « œuvre monument » que perpétue la compagnie Gadès en respectant à la lettre la chorégraphie du maître, décédé en 2004.
 
 Fait divers, littérature et danse
Interprétée par une vingtaine de danseurs et danseuses, cette tragédie amoureuse sur fond de vendetta villageoise retrace, en six tableaux, une véridique histoire de noces sanglantes. Car la pièce avait été inspirée à Lorca par un fait divers ayant eu lieu dans l’Espagne rurale de la fin des années vingt. Une jeune fille s’était enfuie, le jour de son mariage, avec son amant, lui-même marié. Rattrapés par les vengeurs lancés à leurs trousses par la mère du fiancé délaissé et l’épouse bafouée, les amoureux avaient été séparés et les deux hommes rivaux s’étaient battus jusqu’à l’issue fatale.

Pour retracer sur scène cette implacable tragédie, une succession de duos et de mouvements d’ensemble, conjuguent avec une magnifique cohésion, la force terrienne de la gestuelle gitane et la grâce aérienne de la danse classique. Au fil des tableaux, la tension monte crescendo, pour aboutir sur une lutte finale. Une sorte de corrida du destin qui emporte les deux rivaux dans une danse puissante et stylisée, à la gestuelle lente, millimétrée et d’une intense expressivité.
Un ballet flamenco d’une sombre beauté qui sera suivi, en deuxième partie du spectacle, par une Suite Flamenca plus allègre. Un bouquet de danses andalouses, déroulant solos, duos ou encore chorégraphies de groupe. À l’instar d’un souverain Soleà ; de Farrucas masculins tout en cambrures affûtées et claquement de Zapateados ; de Tanguillos de filles aux castagnettes ; ainsi que des festives Rumbas et autres Bulerias finales qui enflammeront le public.
Des performances qui, tout en demeurant fidèles à la tradition populaire du flamenco, se sont délestées des falbalas à pois, éventails et autres clichés purement touristiques, pour rester conforme à l’esthétique sobre de Gadès. À cette flamme expressive des corps et des visages qu’il a toujours privilégiée dans ses spectacles... Pour mieux faire ressortir l’intensité dramatique de l’âme espagnole, mais aussi la fougueuse et ardente beauté de l’art flamenco. Olé !


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