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Culture

Nous sommes tous les enfants d’Oum Kalsoum

Rencontre Le vendredi 20 juillet, le Festival de Baalbeck rend hommage à l’astre de l’Orient en invitant Marwa Nagy et Maï Farouk ainsi que le chef d’orchestre Hisham Gabr pour une soirée tout près des étoiles. Rencontre avec le maestro.
18/07/2018

Le temple de Bacchus avait déjà vibré au son de la voix de la grande dame de l’Égypte en 1966, 1968 et 1970. Cinquante ans après, l’orchestre symphonique libanais, sous la direction du maestro et compositeur Hisham Gabr, reprend des morceaux cultes d’Oum Kalsoum. Il sera accompagné de deux grandes interprètes de la chanson égyptienne, Marwa Nagy et Maï Farouk. Qui reprendront des extraits de sept chansons, dont  Aghadan Alkak, Inta Omri, Amal Hayati, Sirt el-Hob, Alf Layla w Layla et Fakkarouni.  « Lorsque le projet d’un hommage à Oum Kalsoum a été soulevé, et que le festival nous a invités, je devais prendre en main toute l’orchestration du concert, à savoir d’abord comment présenter ce spectacle qui a été repris des centaines de fois. J’ai tout de suite pensé au format orchestral, chose qui n’a jamais été faite. Et s’il m’était donné de choisir, j’aurais demandé à d’autres voix féminines de se joindre à nous car la voix d’Oum Kalsoum pouvait embrasser des centaines, voire des milliers de voix. »

Être humble devant la diva
Après des études au Caire et en France, surfant entre les spectacles internationaux et d’autres organisés à l’Opéra du Caire, Hisham Gabr se consacre actuellement, avoue-t-il, à une autre passion, qui est la composition de musique de films et de pièces de théâtre. Prendre en charge la direction du Centre des arts de la bibliothèque d’Alexandrie en 2014 jusqu’en 2017, réaménager les salles, leur ajouter des sièges et initier des projets artistiques après la révolution de 2011 étaient ses défis les plus grands. « Mais le concert actuel, “hommage à Oum Kalsoum”, l’est encore plus, affirme-t-il, car je m’attaque à un géant avec mes modestes possibilités et mon désir est de pas décevoir le public, son public. » Et de reprendre : « Malheureusement, je n’ai pas connu la diva égyptienne puisque je suis né en 1972 et qu’elle est décédée en 1975, mais Oum Kalsoum est dans l’ADN de l’Égypte. Elle appartient à nous tous. C’est, en fait, après l’âge de quarante ans que je me suis senti habité par elle. Je me demandais comment elle pouvait galvaniser des foules entières et leur faire respecter un silence religieux durant des heures. J’ai compris donc que cela relève de la magie. » Ou du sacré. « Il y a ainsi un personnage extraordinaire qui traverse l’histoire et qui n’aura pas de semblable jusqu’à peut-être un siècle plus tard. Sa musique est une musique classique qui ne peut se restreindre à un seul lieu ou à une seule époque. Magie, également car cet être extrêmement intelligent et sensible pouvait atteindre tous les esprits. Chacun de nous peut se retrouver dans une chanson de la diva. Et chacun peut se prétendre être son enfant car elle a été la voix des hommes mais surtout des femmes. Elle a aussi été le porte-parole de la révolution ainsi que de la nation égyptienne. » 

Comment se préparer à un tel moment ? se demande-t-il. Et de répondre, sans hésiter : « Un chef d’orchestre se bonifie avec le temps, il prend ses échecs comme des expériences à suivre. À la passion se substituent la maturité, le calme, la pondération. Alors vous dire que je n’ai pas peur en m’attaquant à un géant comme Oum Kalsoum serait vous mentir. Je ne pourrai d’ailleurs être soulagé qu’après la fin du concert. Se préparer à un tel défi consiste à répéter et toujours répéter. Mais aussi voir des projections de ses concerts, guetter le moindre détail, la moindre note à mettre en avant, et surtout s’attaquer frontalement mais humblement à un tel projet car, à Baalbeck il ne s’agit pas de Marwa Nagy, ni de Maï Farouk, ni de moi-même. Nous ne sommes pas les stars de la soirée. C’est bien elle l’héroïne. La grande et immortelle Oum Kalsoum si présente dans nos cœurs. » 


Sept choses à savoir sur Oum Kalsoum
1. La Radio du Caire a été inaugurée en 1934 et la première voix que les Égyptiens ont entendue à la radio était celle d’Oum Kalsoum.

2. Souma est née en 1900 dans un village au bord du Nil. Sa mère ne voulait pas lui refuser l’instruction comme l’entendait son père.

3. Elle commençait par accompagner son père aux fêtes du village mais comme à la campagne il n’était pas bien vu que les filles participent aux spectacles, son père eut l’idée de déguiser Souma en garçon.

4. Quand elle quitte la campagne pour la capitale, elle apprend la littérature et la poésie et le poète Ahmad Rami, qui est devenu son plus grand et fidèle ami, lui composera 137 poèmes d’amour. Elle savait si bien chanter l’amour mais son orientation sexuelle, sujet de plusieurs rumeurs, est restée à jamais mystérieuse.

5. À trente ans, elle abandonne le costume de garçon et c’est désormais en robe longue et coiffée d’un petit chignon et avec un mouchoir en soie à la main qu’elle ne quitte pas (et qui lui sert de remontant, chuchotent les mauvaises langues) qu’elle parcourt le monde entier. Comme elle avait les yeux fragiles, elle portera toujours des lunettes noires.

6.  Elle était la chanteuse attitrée du roi Farouk mais Gamal Abdel Nasser la récupérera. Elle fera désormais tous les jeudis un récital à la radio et encouragera la révolution et plus tard, la guerre.

7. Elle porte plusieurs surnoms : L’Étoile de l’Orient, La Quatrième Pyramide mais aussi et tout simplement la Dame. Les Égyptiens diront que deux choses demeureront à jamais et ne mourront pas : Les Pyramides et la voix d’Oum Kalsoum.



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