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Culture

À Gaza, l’espoir dans le(s) vague(s)

Festival

La troisième édition du Karama Film Festival de Beyrouth pour les droits humains s’est ouverte mardi soir avec le documentaire « Gaza Surf Club ».

19/07/2018

Depuis trois ans que le festival Karama s’est importé à Beyrouth, il remplit les salles du Metropolis Empire Sofil sous la bannière des luttes pour les droits humains. Cette année, longs et courts métrages, documentaires et fictions y sont projetés, rassemblés sous le thème « Libérer la parole ». Au-delà des enjeux relatifs à la censure et à son contournement, « libérer la parole », c’est aussi et surtout faire entendre les mots de celles et ceux qui n’ont habituellement pas voix au chapitre. Mardi soir, ce sont ceux des Gazaouis qui résonnaient au Metropolis.
Pas de discours politiques revendicatifs, encore moins de film-manifeste à l’ouverture du festival pourtant : avec Gaza Surf Club, c’est la vie quotidienne, vie d’ennui teintée d’absurdité poétique, qui se déroulait sur l’écran. « On voulait montrer un nouveau regard sur Gaza. À chaque fois que la guerre se termine, tout le monde quitte la ville. Il n’y a plus de journalistes, alors que la vie normale continue », explique Mickey Yamine, producteur et coréalisateur du film avec Philip Gnadt.
Sur un peu plus d’un an, dont sept semaines sur place, ils ont donc suivi une bande de potes, jeunes et moins jeunes, qui, entre deux tempêtes – marines ou politiques –, font du petit port de Gaza un spot de surf. À travers les planches et les vagues, on entrevoit en filigrane ce qu’est la vie à Gaza, et ce qu’elle n’est pas et ne saurait jamais être. Désenchantés, les plus vieux trompent l’ennui dans le va-et-vient entre la mer et le rivage, quand les plus jeunes y voient encore un espoir et la possibilité d’une échappatoire. Le surf à Gaza, c’est attendre deux ans qu’une vingtaine de planches puissent passer la frontière israélienne ; c’est aussi une gamine de seize ans qui ne peut plus chevaucher les vagues parce que c’est « haram ». Et puis c’est encore l’espoir d’un visa, pour aller à Hawaï, voir comment ça se passe, là-bas.


(Lire aussi : Le Karama Film Festival de Beyrouth contre la censure)


Une autre forme de résistance
À l’origine du film, sorte de documentaire-fiction, il y a cette ambition de montrer un autre visage de Gaza, où il arrive que le keffieh tombe pour laisser place à la combinaison : montrer que « la vie continue » et, à travers elle, une autre forme de résistance qui peut passer par une expression aussi vitale qu’irrationnelle et émouvante. Il s’agit du surf dans ce film. Quoique séduisant, le retournement n’est pas nouveau et s’inscrit dans la veine de ces films qui se fixent sur une activité locale ou un sport pour filmer la Palestine de façon plus légère : on le retrouvait dans Team Gaza de Laurens Samsom avec un club de foot, ou encore dans Speed Sisters d’Amber Fares, avec des courses automobiles.
Si la première partie du film est efficace, la suite se perd alors qu’Ibrahim, un des jeunes de la bande, obtient un visa pour rejoindre Hawaï et, en principe, y apprendre aux côtés de Matthew la confection des planches de surf afin de rapporter la technique à Gaza. Le voyage en terre d’Amérique devient très vite l’occasion d’une confrontation entre Orient et Occident, teintée d’un orientalisme « bon enfant » qui n’arrange rien à l’affaire. Les situations comiques où Ibrahim campe le rôle d’un candide découvrant le nouveau monde s’enchaînent et forcent les contrastes, reconstruisant un manichéisme que le film était pourtant parvenu à éviter jusque-là. Avec le rêve d’un Gaza Surf Club baptisé à Hawaï, ce dernier reprend allègrement le motif du white savior à travers la figure souriante et – trop – paternelle du Hawaïen Matthew. On partait d’un rêve d’émancipation, on aboutit à une fuite dans le refuge de l’Occident : que le paternalisme se cache sous la réalité documentaire, le montage demeure une affaire de choix, esthétiques autant qu’idéologiques.

Karama Beirut, Human Film Festival 2018, jusqu’au 20 juillet 2018,
Metropolis Empire Sofil, Beyrouth, Achrafieh.



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