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Événement

Ali Chahrour et Avignon, subjugués l’un par l’autre

Le chorégraphe et danseur Ali Chahrour et la chanteuse Hala Omran dans « May he Rise and Smell the Fragrance » à Avignon. Boris Horvat/AFP

« Insensé requiem d’Ali Chahrour pour tous les morts du Moyen-Orient. Comme si le deuil était le centre de la connaissance ! » Le directeur du Festival d’Avignon, Olivier Py, ne cache pas son admiration pour l’émouvant et transgressif May he Rise de Ali Chahrour présenté au théâtre Benoît-XII dans la programmation officielle de cette grand-messe du spectacle vivant. « Un silence de mort se faisait dès que la voix merveilleuse de Hala Omran s’élevait. Un silence de lieu de culte et une salle qui retient son souffle jusqu’au bout », raconte la poète et journaliste Ritta Bassil, témoin de la première représentation qui a été auréolée par une standing ovation et cinq rappels. 

Le danseur et chorégraphe libanais de 29 ans, 2e prix L’OLJ-SGBL de la saison 1 de Génération Orient, affirmait à l’issue des représentations hier soir être subjugué par la réaction du public qui ajoute de multiples strates au spectacle. Dans un message audio adressé à L’Orient Le Jour, la voix enrouée, il ajoute qu’un grand nombre de personnes a applaudi le fait que May He Rise soit représenté en France, avec toutes ses références cultuelles et les émotions qu’il charrie. « Des émotions qui prenaient le public à la gorge et on voyait qu’il avait besoin de quelques minutes après le clap final pour s’en remettre. » 

 « Le public ne partage peut-être pas les mêmes références, croyances et pratiques quotidiennes, note Chahrour, mais peut pourtant ressentir les émotions livrées sur scène. La mère pleurant son fils représente toutes les mères, la douleur de la perte est la même partout. Je ne cherche pas à représenter mon pays ou à mieux faire comprendre ma culture, seulement à m’exprimer à partir de ce que je suis en tant qu’individu, imprégné par l’endroit où je vis. Ce que je vis au quotidien est, comme partout ailleurs dans le monde, une somme d’histoires, de luttes et de manières de vivre. Des histoires inscrites dans les corps, par strates, et qui par la danse ouvrent à des possibilités infinies et peuvent être partagées par tous. »

Les critiques ont pour leur part loué les gestes simples mais lourds de sens de la chorégraphie. Certains personnes ont soulevé des questionnements sur la nudité partielle de la pleureuse Hala Omran. « Lorsqu’elle a été présentée à Beyrouth, cette scène n’a pas provoqué de remous. Il s’agit d’un choix fondamental à l’œuvre, se défend l’artiste. Nous ne faisons pas un spectacle pour plaire à tout le monde ou pour qu’il soit haï de tous. Nous faisons une œuvre pour confronter le spectateur. En plus, la mélopée parle d’une mère qui allaite son fils qui est mort, mais elle ne le sait pas et pense qu’il dort », précise-t-il. « Cela n’a rien de sexuel. »

Ali Chahrour retournait au festival deux ans après son premier passage en 2016. Après les bouleversants Fatmeh et Leila se meurt, il clôt ainsi la trilogie dansée sur les larmes avec May He Rise and Smell The Fragrance, jouée à Beyrouth en février 2017. « C’est un honneur de voir qu’une œuvre locale portant des questionnements et des références culturelles inhérents à notre société, menée par un petit groupe d’artistes et sortie de ce petit pays qui est le Liban, soit vue, discutée et débattue par un public international », avait avoué Chahrour lors de l’annonce de la programmation d’Avignon 2018. 

Ali Chahrour place ici les rituels chiites sous un regard contemporain, dans un requiem tumultueux autour des douleurs et mythes de la société arabe. Lui et son équipe – Hala Omran, Ali Hout et Abed Kobeissy – étaient sous les spots des Célestins du 14 au 17 juillet. Ils y ont débarqué après une longue tournée à travers l’Europe, entamée le 13 mars dernier au Festival DansFabrik de Brest.




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