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Culture

Chaos, obscurantisme, sexualité et révolte au menu de deux romans en langue arabe

En librairie

Les romans en langue arabe semblent avoir le vent en poupe puisqu’ils trônent cet été, dans toute leur diversité, dans les vitrines des librairies. Pour le plaisir de les parcourir dans un transat avec vue sur la mer, ou sur un banc sous un vieux chêne en flanc de montagne. Moment de loisir, de détente et de réflexion.

17/07/2018

Au hasard des lectures et du flair littéraire, deux ouvrages qui attestent, du Yémen à la Tunisie, du chaos et des déboires du monde arabe. Mais aussi des sexualités débridées bâillonnées, de la dénonciation des systèmes corrompus et de la confrontation à la solitude et à la mort. Tels sont les thèmes de ces narrations de fiction qui déploient non seulement de grandes ressources de témoignage et de contestations sociétales, mais aussi de beauté de langue littéraire émaillée d’images et de sonorités captivantes…

La terre des complots heureux…
Wajdi al-Ahdal est un auteur yéménite notoire. Il n’a d’ailleurs pas laissé indifférent Gunther Grass qui a pris sa défense pour lui restituer l’autorité de penser et d’écrire. Né en 1973 à Hodeidah, au Yémen, cet écrivain journaliste, éduqué à l’Université de Sanaa, a déjà un bon parcours dans le roman (quatre à son actif) dont le premier Qawarib Jabaliya  (Les bateaux de montagnes) lui valut une énorme controverse ainsi que la haine et la polémique du clan des conservateurs. Menaces et poursuites qui le poussent à se réfugier au Liban (passage obligé comme d’habitude pour tous les proscrits et migrants?) avant de revenir sur sa terre natale. Mais dans son cursus s’inscrit aussi le théâtre et le cinéma.
Aujourd’hui, il publie chez Hachette Antoine Ard al-mouamarat al saïda (La terre des complots heureux, 310 pages) où, une fois de plus, en penseur libre et écrivain pourfendant les valeurs décadentes et dictatoriales, il s’attaque au système politique défaillant et tyrannique, ainsi qu’aux mentalités sclérosées.
Un journaliste a vendu son âme au système qui l’exploite en le vouant en fait aux gémonies. La culture au service, comme une servitude, de ceux qui gouvernent aveuglément. Pour camoufler et étouffer les incartades sexuelles des dignitaires haut placés, un homme est utilisé telle une marionnette. Décryptage et illustration d’un univers aux rouages sombres et machiavéliques pour parler des sexualités sur mineures laissées sans châtiments. Ou tout simplement ignorées ! Dans une société machiste et hypocrite, le mal et les manipulations ont plus d’un masque.
C’est un roman foisonnant de détails qui poussent le lecteur à revisiter l’âme humaine et à prendre ses distances avec ceux qui régentent les pays. Écrit dans une langue au lyrisme nerveux, brossant un portrait impitoyable des sociétés qui peinent à sortir de l’obscurantisme, dénonçant avec virulence la turpitude des êtres aux âmes noires, Wajdi al-Ahdal est parfaitement fidèle au titre de l’un de ses derniers romans Le philosophe de la Quarantaine. Sa plume acide est un souffle vengeur dans la littérature arabe.

L’homme de la rue de Rome
De Tunis vient ce livre chargé de tous les fantasmes et de toutes les peurs de la vie. Son auteur est un jeune homme barbu de vingt-six printemps, à la bouille sympathique et la plume certes alerte, mais comme chargée du plomb de ce qui oppresse, inquiète et angoisse.
Mohammad el-Habacha signe son second roman intitulé Rajol chare3 Roma (L’homme de la rue de Rome, 143 pages, Hachette Antoine). Mince récit, sans être totalement crayeux, aux personnages multiples et situations complexes. Destins et cauchemars se marient dans ces pages aux échos sourds pour contrer l’ultime moment dans une vie.
Des personnages hantés par la vengeance, le passé ou la mort, et qui se laissent aller au vent d’un quotidien qui ne leur fait aucun signe, ne leur donne aucune solution à leurs désirs violents ou interrogations. Tout cela est dit en un ton sans mélodrame comme dans un courant d’absurde qui n’a quand même rien d’ionescien…
Un brillant exercice de style qui tourne autour du hasard. On dit que le hasard fait bien les choses, eh bien, pas forcément et ces pages le démontrent avec pertinence et éloquence.
 Deux sœurs qui ne rencontrent jamais l’amour, un homme à la phobie de la mort non épargnée et deux amis indissociables que la trahison surprend en fin de parcours, telle est la trame de ce bouquet de personnages aux liens distendus. Tout cela est dit sur un ton narquois et presque distant. Sans jugement de valeurs, de moralisme et de pathos. Une manière originale, moderne et détachée de narrer pour un roman en langue arabe.

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