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Moyen Orient et Monde

Israël pose les bases d’une coexistence avec Assad

Conflit

Tel-Aviv a envoyé plusieurs signaux énonçant les conditions d’un modus vivendi avec Damas.

13/07/2018

Israël a clarifié, hier et avant-hier, sa ligne de conduite vis-à-vis de Bachar el-Assad. Tôt dans la journée de mercredi, l’armée israélienne a intercepté un drone syrien non armé à proximité de la rive orientale du lac de Tibériade. L’appareil aurait été détecté bien avant son franchissement de la frontière israélo-syrienne, mais l’armée a attendu que le drone pénètre franchement dans l’espace israélien, 10 km à l’intérieur de ses frontières, et après 16 minutes de vol au-dessus de son territoire, pour activer son système de missiles Patriot. La réponse israélienne est donc plutôt élémentaire : l’État hébreu a simplement répondu à une violation de sa souveraineté et du cessez-le-feu de 1974.

Si l’on s’en tient aux déclarations de l’armée israélienne, Tel-Aviv n’a pas tranché si le drone effectuait une mission de renseignement ou s’il a simplement dévié de sa trajectoire. Un écart de 10 km discrédite cependant la thèse accidentelle. « Le plus probable est que le gouvernement Assad ait voulu tester les limites de ce qu’Israël lui permettrait de faire sur le Golan. Damas veut déterminer quelles activités déclencheront une réponse militaire israélienne, et quelles activités seront considérées comme suffisamment normales par Tel-Aviv pour être ignorées », estime Nick Heras, analyste au Center for New American Security, joint par L’Orient-Le Jour. La réponse israélienne est plutôt limpide, réitérée par Benjamin Netanyahu lors d’une réunion hebdomadaire de son cabinet ministériel dimanche dernier : « Nous demandons que la Syrie et l’armée syrienne respectent strictement l’accord de désengagement des forces de 1974. » Le Premier ministre israélien a effectué une deuxième mise au point hier depuis Moscou, ajoutant une teinte de transparence supplémentaire à ce qui semblait déjà tacitement convenu. « Nous n’avons pas eu de problème avec le régime d’Assad ; pendant 40 ans, pas une seule balle n’a été tirée sur les hauteurs du Golan », a déclaré Benjamin Netanyahu lors d’une conférence de presse intercalée entre son entretien avec le président russe Vladimir Poutine et son départ de Moscou pour Israël.
Entre l’épisode du drone « errant » et l’évocation nostalgique du bon voisinage, l’armée israélienne a frappé trois cibles militaires dans la province de Quneitra, adjacente au Golan (sud de la Syrie). L’identité des cibles, syriennes, iraniennes ou affiliées aux Iraniens, est floue. Des médias syriens, repris par le Haaretz, ont rapporté qu’il s’agissait de positions appartenant au Hezbollah localisées dans le village de Khan Arnabeh et dans une autre ville de la région de Quneitra, tandis que l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a désigné des « positions du régime et de ses alliés près de la ville de Baas et du village de Jaba ». L’agence d’État syrienne SANA parle de « plusieurs positions de l’armée » frappées par « l’aviation de l’ennemi israélien », ce qui concorde avec le communiqué de l’armée israélienne qui « tient le régime pour responsable des actions menées sur son territoire », et veut « le mettre en garde contre d’autres actions contre les forces israéliennes ».


(Lire aussi : Entre Israël et la Russie, un certain esprit de famille)


La pluralité des versions peut être imputée à la confusion croissante entre les forces du régime et l’internationale chiite milicienne mobilisée par Téhéran. Plusieurs rapports ces dernières semaines ont témoigné que des forces paramilitaires pro-iraniennes ont simplement revêtu l’uniforme de l’armée syrienne pour agir sous les radars israéliens. Le plus documenté, celui du Washington Institute, indique par exemple que des divisions d’élite du Hezbollah ont intégré la IVe division de l’armée syrienne, tandis que les combattants afghans du Liwa’ al-Fatemiyoun ont été repérés dans les rangs de la force Tigre, sous le commandement du général syrien Souhail el-Hassan. Le communiqué de l’armée israélienne s’écarte du principe habituel « aucune confirmation, aucune réfutation ». À l’inverse des frappes sur des cibles identifiées comme strictement iraniennes, Tel-Aviv adopte un mode punition/leçon lorsqu’il s’agit du régime de Bachar el-Assad. En le tenant pour « responsable des actions menées sur son territoire », il le reconnaît aussi comme souverain en son pays.


(Lire aussi : Les Russes veulent-ils le départ des Iraniens de Syrie ?)


La balle est dans le camp syrien
 « La balle est dans votre camp » : c’est en creux le message qu’Israël semble vouloir envoyer au régime syrien. « Les Israéliens veulent que Damas réaffirme son autorité sur le territoire syrien et ne donne pas carte blanche aux Iraniens pour exécuter des activités militaires depuis la Syrie. M. Netanyahu essaie de signaler à Bachar el-Assad qu’Israël considérera son gouvernement comme un régime avec qui on peut traiter du moment qu’il contrôle les activités iraniennes en Syrie », explique M. Heras.

Selon le Haaretz, qui s’est procuré, via des sources diplomatiques, des détails sur le contenu des conversations entre Vladimir Poutine et Benjamin Netanyahu, en séjour à Moscou mercredi et jeudi, Israël aurait accepté de ne pas perturber le retour du régime de Bachar el-Assad à sa frontière nord, en échange de quoi la Russie maintiendrait les troupes iraniennes et les milices chiites à distance de la frontière et laisserait intacte la liberté d’action de l’aviation israélienne. Cela ne va pas au-dessus des promesses générales effectuées auparavant par la Russie, et qui ne satisfont pas aux objectifs stratégiques israéliens de long terme : débarrasser entièrement le sol syrien de toute présence iranienne.


(Pour mémoire : Moscou, arbitre de facto entre l’Iran et Israël)


Plusieurs fois au cours du conflit syrien, Téhéran et ses obligés se sont retirés puis redéployés au même endroit. Seul un retrait de tout le territoire garantit donc véritablement un retrait durable du Sud-Ouest syrien. Le 4 juillet dernier, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov a qualifié l’exigence israélienne d’« absolument irréaliste ». Moscou semble ainsi faire marche arrière par rapport à ses précédentes déclarations, qui étaient en substance : toutes les forces étrangères, Iran compris, devraient quitter la Syrie une fois le « processus politique » sur les rails. Plusieurs rumeurs de monnaies d’échange possibles pour acheter la bonne volonté de Moscou à évacuer les Iraniens circulent : retrait des Américains de la base de Tanf dans l’Est syrien ou encore levée des sanctions américaines consécutives à l’annexion de la Crimée par la Russie. Ces offres considèrent davantage le « vouloir » du Kremlin que son « pouvoir ». La collection de « deals » possibles ne prend aussi pas la peine de savoir ce que veut l’Iran. Difficile d’imaginer Téhéran brader « sa » Syrie tout entière contre le retrait américain de Tanf. Alors que Benjamin Netanyahu entamait le jour deux de sa visite à Moscou, Ali Akbar Velayati, un envoyé spécial du guide suprême iranien, prenait également ses quartiers sur les rives de la Volga. Téhéran a minimisé la coïncidence, présentant la visite comme un volet du plan de sauvetage de l’accord sur le nucléaire iranien. C’est néanmoins une piqûre de rappel : lorsqu’un élément fait partie du problème, difficile de l’écarter de la solution.


Pour mémoire

À Moscou, Netanyahu tente de convaincre Poutine sur la Syrie

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Irene Said

0Officiellement la "super-résistance à Israël" montre ses muscles...alors qu'en dessous de la table elle fait tout pour garder son petit train-train habituel et tranquille et ne pas risquer trop de casse...
Un petit drône par-ci...des déclarations tonitruantes par-là...et la vie de "l'axe de résistance" continue son cours habituel...raté et surtout magnifiquement inutile !
Irène Saïd

LA TABLE RONDE

Ce mendiant internationale de nathanyhou vient de manger son chapeau .
Face à la détermination des authentiques défenseurs de la région il baisse son froque , ses voyages à Moscou et ses tentatives de persuader les occidentaux ont échoué.

La censure bat son plein en pays usurpateur de la Palestine , le seul souci de ce mendiant international c'est de maintenir ses citoyens en place avant la débandade générale comme en 2000 du Sud Liban, après nous avoir enfumé d'attaques sur des civils libanais .

Le monde change à grands pas, les crimes impunis disrael connaîtront une fin certaine .

Chammas frederico

Le loup dans la bergerie (bergerie pas tout à fait innocente)
Qui pourra le chasser de sa domination sur (les agneaux( encore une fois, pas si innocents)

Jack Gardner

L’axe du mal: Téhéran, Damas, Tel-Aviv

gaby sioufi

il fallait plutot titrer :coexistence RE- CONFIRMEE ,
elle qui perdure depuis assad pere.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

IL Y EUT TOUJOURS BONNES RELATIONS SECRETES ENTRE ISRAEL ET LE REGIME SYRIEN !

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