Liban

Les entretiens préliminaires à une psychanalyse : l’énoncé des règles (suite IV)

La psychanalyse, ni ange ni démon
12/07/2018

Nous avons vu l’importance des entretiens préliminaires avant d’entamer une analyse. Au dernier des entretiens préliminaires qui peuvent parfois durer longtemps et dépasser les 3 habituels, il est important de poser les règles de l’analyse. Mais aujourd’hui, alors que la psychanalyse est en très net recul dans le monde, on ne peut plus se contenter d’énoncer ces règles simplement, comme si on disait au futur patient « à prendre ou à laisser ». Aujourd’hui, l’analyste est tenu d’expliquer au futur patient le pourquoi de ces règles, et non pas les imposer comme si c’était « parole d’Évangile ». Malheureusement, c’est toujours le cas et les analystes qui ne répondent pas aux questions du futur patient desservent l’analyse.

Les règles de l’analyse sont là pour faciliter la parole, l’expérience ayant montré depuis 120 ans que l’accès à l’inconscient que permet l’analyse est une liberté fondamentale. « Dites ce que vous passe par l’esprit » est la règle fondamentale de l’analyse. « Dites des bêtises », disait Lacan, dans le but de faire comprendre au patient de ne pas se censurer au nom de ce qui est convenable à dire ou pas. Cette règle permet de mettre les Processus primaires en action, c’est-à-dire que la séance devienne comme un rêve. Pas de contradiction en temps et en lieu : le patient passe d’une idée à l’autre, « saute du coq à l’âne », parle de lui enfant et en même temps parle de lui adulte, se trouve à Beyrouth, mais en même temps à Paris, parle d’amour et de haine en même temps, bref, tous les ingrédients qui défient la raison et ses exigences et laissent libre cours à la manifestation de l’inconscient. Cette règle de l’association libre reste aujourd’hui le seul lieu de liberté permis au patient. 

« Dites des bêtises »
À part dans le rêve et en partie dans les activités artistiques, cette association libre des idées ressemble de loin au babil, dernier langage « secret » entre la mère et le nourrisson avant que ce dernier n’apprenne le premier sens d’un mot. Il est relativement fréquent qu’on retrouve quelques expressions de babil qu’employait le patient avant un an, avant le langage universel. Un peu comme ça l’est dans l’état amoureux, où les amoureux s’appellent par des expressions de babil : « Badboud, bébé, boule, bibi, etc. » L’amour de transfert produit également cette possibilité que l’analysant, le patient parle en babil. C’est-à-dire un prélangage entre la mère et le nourrisson, les amoureux, et parfois entre le patient et son analyste. C’est-à-dire un langage qui n’a pas de sens sauf entre eux deux.

C’est l’importance qu’accorde Lacan au signifiant, plus qu’au signifié, au point que certains analystes postlacaniens, appartenant au groupe de Jacques Alain Miller, font des analyses avec des patients dont ils ne parlent pas la langue. Cela peut paraître anecdotique, mais ça éclaire cette question de l’association libre dont le but est que le patient ne cherche pas nécessairement le sens de ce qu’il dit, avant qu’il ne le dise. D’où la fonction du divan. Allongé, le patient ne voit pas son analyste et peut dire n’importe quoi. Ce qui est plus difficile en face-à-face où le patient se retrouve dans la position habituelle du dialogue avec un autre et où il ne peut pas se permettre de dire n’importe quoi. Ce qui ne veut pas dire qu’une analyse en face-à-face est impossible et que seul le divan fait l’analyse.

La règle fondamentale de l’analyse, l’association libre est ce qui s’évalue pendant les entretiens préliminaires. La capacité du patient à associer librement ses idées indique son degré de censure à l’égard de lui-même. C’est le paramètre le plus important pour rendre une analyse possible. Mais cela ne veut pas dire que l’analyste doit trier les autres patients et ne pas les engager dans un chemin analytique.

Cette règle de l’association libre devrait être la seule règle de l’analyse. Celle de « la séance manquée est due » est devenue problématique aujourd’hui. Nous en parlerons la prochaine fois.



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