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Moyen Orient et Monde

Les rebelles refusent de capituler à Deraa

Conflit

Les insurgés refusent de déposer les armes lourdes dans le sud-ouest de la Syrie, conformément aux conditions posées par Moscou.

05/07/2018

Les négociations concernant le Sud-Ouest syrien entre les rebelles et les Russes ont à nouveau échoué. Les parties, qui se sont réunies hier pour un second round de pourparlers, n’ont pas réussi à trouver un compromis pour mettre un terme à l’offensive lancée le 19 juin dernier par le régime de Bachar el-Assad et son allié russe sur la province de Deraa, l’un des derniers bastions rebelles en Syrie. 

« Échec des négociations avec l’ennemi russe », a annoncé sur son compte Twitter une cellule qui rassemble les différentes factions rebelles du Sud. « Les négociations n’ont abouti à aucun résultat (...) Aucune nouvelle date n’a été fixée » pour la reprise du dialogue, a affirmé à l’AFP le porte-parole de la cellule, Ibrahim al-Jabbawi. « Les discussions avec l’ennemi russe (dans la localité de) Bousra al-Cham ont échoué du fait de leur insistance à réclamer que nous déposions les armes lourdes », a déclaré pour sa part à Reuters Abou Chaïma, porte-parole de l’Armée syrienne libre (ASL). Selon l’AFP, une source de l’opposition proche des pourparlers a indiqué que les rebelles étaient prêts à abandonner leur artillerie lourde, mais progressivement.

Damas et Moscou, qui mêlent opérations militaires au sol et bombardements aériens sur la région stratégiquement située entre la Jordanie et Israël, exigent des rebelles qu’ils abandonnent leur artillerie lourde et moyenne pour qu’ils rejoignent alors la vie civile ou qu’ils s’enrôlent dans des forces progouvernementales antijihadistes. Le gouvernement syrien et son parrain demandent également le déploiement d’une présence policière du régime dans la région et que « l’armée (syrienne) retourne dans ses casernes ».
Des propositions inacceptables pour les rebelles du berceau de la révolution syrienne de 2011 car, contrairement à d’autres zones en Syrie, les troupes armées de l’opposition à Deraa sont majoritairement composées de combattants locaux. « Tous les différents points de négociation sur le transfert d’armes, le type d’armes, sur la capacité de l’opposition à garder son conseil local en place, sur le partage des revenus, sur la possibilité de maintenir les forces d’Assad hors des villes tenues par l’opposition dans le sud-ouest de la Syrie, se réfèrent à la question de l’autonomie des rebelles à l’égard de Damas dans la région », explique à L’Orient-Le Jour Nicholas A. Heras, chercheur au sein du programme sur la sécurité au Moyen-Orient du Centre pour une nouvelle sécurité américaine (CNAS).En négociant par le passé avec les insurgés, Moscou a souvent eu recours à des ultimatums. Les bombardements reprennent parfois, avant que les belligérants n’acceptent un énième round de négociations. Bien peu d’options se présentent aux rebelles, qui contrôlent toujours un tiers de la province de Deraa alors qu’ils ont récemment été abandonnés par Washington sur le terrain et que le régime syrien joue une carte militaire de taille, l’aviation russe. « Le seul levier dont disposent les rebelles est leur capacité à faire payer un prix élevé au gouvernement d’Assad dans le sud-ouest de la Syrie », sachant que Damas et Moscou « ne veulent pas d’une campagne avec beaucoup de victimes » dans la région, poursuit M Heras. « On peut le voir à la façon dont les rebelles ont retiré leurs représentants civils de l’équipe de négociation initiale, appelant la population dans le Sud à prendre les armes », observe-t-il.

« Forme de reddition »
Les pilonnages russes ont toutefois été stoppés ces derniers jours dans le cadre des négociations avec l’opposition. Une trentaine de localités rebelles ont déjà été reconquises par Damas, notamment après des accords de « réconciliation » qui s’apparentent à des capitulations pour les groupes insurgés concernés. « Le meilleur scénario pour l’opposition armée est qu’elle soit capable de convaincre les Jordaniens d’avoir une présence militaire sur le terrain dans le sud-ouest de la Syrie, ce qui a été une demande constante des rebelles depuis le début » de l’offensive pour renforcer leur autonomie, estime M. Heras. Mais la Jordanie, qui a refusé dernièrement d’accueillir les déplacés syriens qui s’accumulent à ses frontières, ne semble pas l’entendre de cette oreille et s’investit diplomatiquement dans les négociations pour tenter de trouver une issue rapide au conflit. Le ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman al-Safadi, a notamment rencontré son homologue russe Sergueï Lavrov hier à Moscou. « La priorité pour résoudre la situation dans le sud de la Syrie est de trouver une solution politique », a-t-il déclaré en conférence de presse, réclamant un cessez-le-feu. « Nous aidons l’armée syrienne à mener un travail avec des groupes armés pour les convaincre de conclure un accord de réconciliation, de déposer les armes », a-t-il assuré.
 « Le scénario le plus probable est que l’on voit un type d’accord de réconciliation qui ressemblerait aux termes de celui offert par les Russes avant la campagne du 19 juin », note M. Heras. Avant de lancer l’offensive, le parrain de Damas proposait déjà aux rebelles de déposer leurs armes et de reprendre la province de Deraa sans combats. Si la question d’un déplacement des groupes d’opposition vers Idleb, l’autre bastion rebelle restant en Syrie, a été évoquée à plusieurs reprises ces derniers mois, elle se heurte toutefois au refus de Moscou. Pour les insurgés, « accepter un accord de déplacement serait pour eux une forme de reddition, et les groupes armés du côté des rebelles qui pourraient être enclins à accepter un tel accord subissent une énorme pression de la part de leurs pairs », indique M. Heras. Selon l’ONU, les affrontements auraient déjà causé l’exode de 270 000 à 330 000 personnes.


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