L’édito de Michel TOUMA

Inconnues iraniennes

L’édito
Michel TOUMA | OLJ
03/07/2018

Les problèmes et les écueils s’accumulent face au pouvoir des mollahs iraniens. Sous l’effet d’une crise économique, financière et bancaire aiguë, qui se traduit notamment par une chute vertigineuse de la monnaie, laquelle a perdu 50 pour cent de sa valeur face au dollar en six mois, le malaise social ne paraît pas devoir s’essouffler. Il va, au contraire, crescendo et prend une allure itinérante en se déplaçant de région en région.

Alors que se tenait samedi près de Paris un important rassemblement du Conseil national de la résistance en Iran (CNRI, dirigé par Maryam Rajavi), de violents heurts, accompagnés de tirs d’armes automatiques, opposaient durant le week-end à Khorramchahr (localité à prédominance arabe dans le Sud-Ouest) les forces de l’ordre à des manifestants qui protestaient contre… la pollution de l’eau ! Ces incidents ont fait une dizaine de blessés – la plupart des policiers – selon une source officielle iranienne, et au moins un mort, selon des sources opposées au régime. Les manifestations, au cours desquelles des biens publics ont été endommagés, avaient débuté vendredi aussi bien à Khorramchahr que dans la localité de Abadan et dans d’autres secteurs voisins, dans la province pétrolière de Khuzestân.

Il y a une semaine, c’est le centre de la capitale qui était le théâtre de violents incidents lors de manifestations organisées dans le sillage d’une grève de deux jours observée par le grand bazar – fait rare et alarmant à Téhéran – en signe de protestation contre la dépréciation de la monnaie. En outre, entre la fin du mois de mai dernier et le début du mois de juin, une importante grève des camionneurs a touché pendant plusieurs semaines des centaines de villes, entravant gravement l’activité économique. Et l’on se souvient qu’en janvier dernier, un vaste mouvement de contestation populaire, ponctué de manifestations, s’était étendu à près de 80 villes iraniennes dans différentes régions du pays.

Cette tension sociale généralisée est sans conteste le résultat de la crise économique persistante, elle-même conséquence des sanctions imposées par l’administration Trump. À l’époque du président Barak Obama, l’Iran était déjà au bord de l’effondrement sous l’effet des sanctions américaines, mais le régime des mollahs avait été sauvé in extremis par l’ancien chef de la Maison-Blanche qui avait levé l’essentiel de ces sanctions dans le cadre de l’accord sur le nucléaire conclu en 2015. C’est dire à quel point la République islamique doit une fière chandelle à Barak Obama…

Au stade actuel, la relance des sévères sanctions économiques décidée par le président Trump ainsi que la hausse concomitante de la production du pétrole (qui devrait entraîner une baisse des prix, au grand dam de l’Iran et du Venezuela) pourraient avoir pour conséquence directe d’aggraver encore plus le marasme économique, et donc la contestation populaire. Est-ce à dire que nous sommes peut-être à la veille de la chute du régime des mollahs, comme l’a affirmé samedi dernier Rudy Giuliani, ancien maire de New York et avocat personnel du président Trump, lors du rassemblement du Conseil national de la résistance en Iran, et comme l’avait affirmé également l’an dernier, lors de ce même rassemblement du CNRI John Bolton, actuellement conseiller à la Sécurité nationale du chef de la Maison-Blanche ? Sonner d’ores et déjà le tocsin de la République islamique, ce serait aller un peu vite en besogne et ce serait sans doute vendre la peau de l’ours…

La grogne sociale est, certes, une réalité désormais bien établie en Iran. Une inconnue persiste toutefois sur ce plan : cette grogne croissante, bien réelle, ne serait-elle pas quelque peu surexploitée et amplifiée par certains cercles au sein de l’establishment iranien dans le cadre d’une sourde lutte d’influence et d’une guerre de clans interne ? Il s’agit là de supputations difficiles à vérifier, mais la thèse est avancée avec insistance par nombre d’analystes et de milieux politiques.

Il reste que si sous l’effet d’un raffermissement des sanctions, le régime des mollahs se trouve face à un véritable danger d’effondrement, quelle pourrait être sa réaction ? Serait-il tenté, pour faire diversion et assurer sa survie, de se lancer dans une politique de fuite en avant et de se livrer, à titre d’exemple, à une quelconque action spectaculaire dans la région pour tenter de freiner la descente aux enfers ? S’il serait tenté de le faire, aurait-il intérêt à jouer son va-tout ? Ou opterait-il, plutôt, pour la recherche d’un arrangement avec Washington ? Mais l’ayatollah Khamenei accepterait-il à la fin de son règne politique que l’histoire retienne de lui qu’il a été le guide suprême de la révolution iranienne qui a composé et cédé face aux pressions américaines, à l’image, dans une certaine mesure, du leader nord-coréen ? Si la réponse est négative, nous nous trouverons alors devant l’alternative suivante : une fuite en avant iranienne, ou l’accroissement sans cesse crescendo des sanctions jusqu’à l’asphyxie totale du pouvoir à Téhéran. Sauf si la Maison-Blanche fait machine arrière. Une éventualité que nombre d’observateurs n’écartent pas au vu des multiples retournements passés auxquels nous ont habitués certaines administrations américaines. L’équipe Trump s’avérera-t-elle cette fois-ci différente de celles qui l’ont précédée en termes de cohérence entre ce qui se dit et ce qui se fait ? Les développements en cours dans la province syrienne de Deraa pourraient fournir sur ce plan un indice révélateur du degré de crédibilité de Washington dans ce genre de situation.

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Remy Martin

Fuite en avant ? Possible s'il leur reste encore des sous ...

Gebran Eid

je retient la dernière phrase, "la crédibilité de Washington dans ce genre de situation". donc c'est le flou total.

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LES SEVERES SANCTIONS ET SURTOUT L,ARRET TOTAL DES EXPORTATIONS DE BRUT IRANIEN DANS LE COLLIMATEUR DE TRUMP C,EST LA FIN DES AYATOLLAHS ET DE LEUR PSEUDO REPUBLIQUE !

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