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Culture

Bassam Saba, entre Feyrouz, Alicia Keys, dialogue et coexistence

RENCONTRE

Rentré à Beyrouth pour prendre en main sa nouvelle mission de directeur du conservatoire, le flûtiste et « neyiste » (entre plusieurs autres instruments de musique qu’il maîtrise) se confie à « L’Orient Le Jour ».

02/07/2018

Nouvelle direction, pour cinq ans, le Conservatoire national supérieur de musique au Liban avec la nomination de Bassam Saba par un décret ministériel le 26 avril 2018. Walid Moussalem, dont le mandat par intérim était de quatre ans, a récemment remis les rênes du Conservatoire national de musique, aussi bien administratifs qu’artistiques, et sur l’ensemble du territoire, à Bassam Saba, nommé nouveau directeur général par décret ministériel le 26 avril dernier. Le voilà désormais à la tête de tous les établissements où grouillent en diverses gammes élèves, étudiants, professeurs, musiciens en herbe et professionnels : la planète musique est ainsi en restructuration et renaissance...À soixante-neuf ans, les cheveux sel et poivre un peu en bataille, la stature imposante, les yeux vifs, la voix claire, usant en toute facilité, en bon Libanais, du traditionnel trilinguisme (arabe, français, anglais), vêtu d’une chemise blanche en lin et d’un pantalon noir, le musicien, marié et père d’une unique jeune fille prénommée Mariana, est tombé très tôt dans le chaudron de la musique. Aussi bien orientale qu’occidentale, lui qui a fait plus de vingt-quatre ans durant la navette entre le Liban et les États-Unis.

Natif de Tripoli, l’enfance entre Medjlaya et Zghorta, Bassam Saba parle en tout enthousiasme des veillées chez ses parents avec ses cinq frères et sœurs où, à l’unisson, ils jouaient d’un instrument de musique (nay, oud, violon, accordéon…), aux côtés du papa qui donnait même le la… Il a ainsi grandi dans une atmosphère cosmopolite qui caractérisait le Liban d’avant 75 et il a participé à des activités qui s’étendaient aussi bien aux cérémonies religieuses dans les églises qu’aux soirées entre amis dans les alentours de la ville nordiste. Il se souvient même de Marcel Khalifé jeune, pas aussi illustre que maintenant, qui participait à ces festives et joyeuses libations musicales…

Force est de constater que c’est la musique qui l’emporte dans le parcours de Saba à l’école primaire. Et à quinze ans, il prend la route vers le port de Mina (que le musicien aime et dont il parle avec une pointe de nostalgie) pour le passage obligé des rudiments du solfège. Il s’installe à Beyrouth, ensuite, où il intègre le conservatoire, puis le destin le mène au Conservatoire municipal des Gobelins de Paris et, finalement, il clôt son apprentissage musical avec des études supérieures à Moscou.

Efficacité
Chez Bassam Saba, la passion de la musique est une évidence. Aussi bien occidentale classique qu’orientale. Alors le musicien – qui a tâté la Fantaisie de Beethoven ainsi que certains extraits pour ballet de Tchaïkovski, dès qu’il débarque aux USA (il a sillonné Long Island, le New Jersey et San Francisco) – s’investit d’une mission : promouvoir l’identité de la musique arabe entre Washington D.C., Baltimore et New York. Pour lutter contre cette mentalité d’une musique arabe, assimilée à tort, uniquement pour restaurants, à de l’ « entertainment » ou de la danse de ventre. À ses côtés, dans ce combat de révélation et de connaissance approfondie, Simon Shaheen, le célèbre oudiste et violoniste américano-palestinien. Conférences, ateliers et masterclasses se sont aussi multipliés, avec des concerts au Carnegie Hall, Lincoln Center, Detroit Symphony Hall et le Symphony Space de New York.

Sa fierté, et il tient à le préciser, reste le New York Arabic Orchestra, un ensemble de quarante-cinq personnes (américains et étrangers) fondé il y a déjà plus de dix ans, justement, pour le rayonnement de la musique arabe dans toute son authenticité, sa beauté sonore, ses multiples richesses de rythmes et ses inventives improvisations. Avec tournées dans les divers centres et pôles citadins culturels de l’Amérique. Mais il y a aussi les collaborations avec Feyrouz, Ziad Rahbani, Marcel Khalifé, Magida el-Roumi, Souad Massi, Kadhem el-Saher, Alicia Keys, Yo Yo Ma, Quincy Jones – et la liste n’est pas exhaustive…

Figure de proue de la musique arabe contemporaine, créative et influente, Bassam Saba reconnaît, avec beaucoup de simplicité, ne pas avoir été surpris par sa nomination à la tête de l’institution musicale libanaise. « J’en avais fait le demande, CV à l’appui. C’est pour l’efficacité de mon travail que la décision a été prise. »

Pour les futurs projets, dont la reformation en souplesse, la transmission, la réorganisation, la reconstitution et la réévaluation des valeurs et de l’authenticité de la musique arabe, le musicien s’est déjà attelé à la charge. Beaucoup de pain sur la planche pour les organismes culturels musicaux libanais déjà en plein essor.

Loin des détails techniques du quart de ton, des « takassim », de l’histoire des crises du monde arabe des années 30 jusqu’à son âge d’or en 60-70, par-delà les synthétiseurs japonais ou américains qui ont inclus les tempi orientaux, par-delà les contradictions sociales et confessionnelles, que représente la musique aux yeux de Bassam Saba qui ne jure que par son nom ? « La musique parle différentes langues sur la planète. C’est un langage de paix et de dialogue ouvert pour résoudre des problèmes et rapprocher les gens. »

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Wlek Sanferlou

Bassam Saba, dans son rôle mais surtout dans ses capacités et son parcours, nous donne un espoir justifié de vivre et revivre les ambitions du Liban de se pointer vers un avenir meilleur!!
Inchallah khair...

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