La mode

L’homme Dior par Kim Jones, la nature pour préférence

C’est peu dire qu’elle était attendue, la collection masculine de Kim Jones pour Christian Dior. Son défilé donné au siège de la garde républicaine à Paris, dans le cadre de la Semaine de la mode masculine, était un double hommage tant au fondateur qu’au mythe de la grande maison parisienne.

Défilé de la collection masculine de Kim Jones pour Christian Dior au siège de la garde républicaine à Paris, dans le cadre de la Semaine de la mode masculine. Pascal Rossignol/Reuters

Il y avait d’abord cette sculpture végétale représentant, au cœur du manège, Christian Dior portant son chien Bobby. Signée du street artist américain Kaws, elle dominait la scène de ses 10 m de hauteur et donnait la note avec ses 70 000 fleurs. Au premier rang, on repérait Karl Lagerfeld, Naomi Campbell, Victoria Beckham, Kate Moss et Takashi Murakami, l’artiste japonais qui a scellé le premier le mariage de la mode avec l’art à travers une première collection pour Louis Vuitton, maison dont est justement issu Kim Jones. La petite goutte qui a fait déborder le glamour, c’est le beau prince Nicolai de Danemark qui a ouvert le show en costume blanc, manches rayées bleu pâle.
Dans son autobiographie, Christian Dior a suggéré qu’il y avait deux Dior : l’homme et le mythe. Le premier étant Monsieur Dior lui-même, et le second incarné par la maison Dior créée en 1947. Pour sa première collection en tant que directeur artistique de Dior Homme, Kim Jones a choisi d’interpréter les codes du couturier. La collection instaure ainsi un dialogue entre les deux facettes de sa vie.

Couture et haute couture dans le sportswear
La couture a influencé le savoir-faire et le choix des matières, notamment l’utilisation d’une toile de Jouy, choisie par le fondateur pour la boutique originale du 30, avenue Montaigne, décorée par Victor Grandpierre. Ce code Dior, inspiré par l’héritage de la maison, est décliné en jacquards ou en broderies, dans des matières aussi contrastées que le tulle ou le cuir, et même les plumes. L’identité haute couture de la maison, essentiellement féminine, est adaptée au vestiaire masculin. Elle donne vie à des vêtements souples, aux épaules arrondies et aux lignes épurées. Un col écharpe, lacéré, s’invite à l’arrière des chemises pour révéler la naissance du cou. Une nouvelle veste Dior, baptisée « Tailleur oblique », affine la silhouette d’une ligne diagonale, référence subtile à un modèle Dior de l’automne/hiver 1950. Travaillées en cachemire et en mohair d’été, d’autres vestes font écho à ces lainages anglais qu’affectait le maître, aussi bien pour sa propre garde-robe que pour ses créations. Entre tradition et modernité, Kim Jones a habilement mélangé les références haute couture avec le sportswear, vedette de la saison.

Savoir-faire décalé et palette signature
Les motifs floraux traversent la collection, car qui dit Dior, dit fleurs, nature, voire « femmes-fleurs ». Pour sa première collection masculine, Kim Jones a repris le motif floral d’un service en porcelaine ayant appartenu à Christian Dior. Ce motif a été revisité par des dessins contemporains et retravaillé en imprimés ou broderies, plumes brodées par l’atelier Lemarié et recouvertes de vinyle pour rappeler le vernis de la porcelaine fine. Évoquant l’enfance de Christian Dior influencée par les goûts de l’époque édouardienne, ainsi que son amour du XVIIIe siècle, cet univers décoratif inspire aussi la palette de la collection : blanc, bleu pâle, rose pâle, l’une des couleurs de la maison d’enfance du couturier à Granville, gris perle, couleur identitaire de la maison Dior, jaune paille rappelant ces vers de Cocteau adressés à son ami Christian Dior : « Ce génie léger, propre à notre temps, dont le nom comporte celui de Dieu et Or. »

Des symboles partout
Cette collection été 2019 est ponctuée également de clins d’œil à la vie privée de Monsieur Dior. Motif récurrent : son chien, Bobby, qui avait inspiré une édition limitée du parfum Miss Dior et donné son nom à plusieurs créations. Les bijoux revisitent aussi un sceau utilisé par la famille Dior pour son entreprise dans les années 1920, ainsi qu’un symbole bridé, issu du faire-part de naissance de Christian Dior en 1905. Cette immersion dans l’intimité du couturier a influencé certaines techniques de confection : des vestes, comme retournées, dévoilent leur doublure rayée, et des superpositions de deux types d’organza de soie se retrouvent dans l’esprit sportswear de la collection.
Les accessoires trouvent leur origine dans le patrimoine de Dior. L’emblématique sac saddle est réinterprété pour la première fois en version masculine, en besace et en banane. La maroquinerie multiplie les références aux codes Dior : toile de Jouy en version brodée, motif cannage découpé au laser, ou toile Dior Oblique dévoilée dans une nouvelle version tricolore.

Hommage à la nature
Christian Dior a confié dans ses écrits que sa personnalité était multiple. Kim Jones a repris cette idée pour son premier défilé en collaborant avec des artistes de divers univers créatifs. Yoon, cofondatrice du label japonais Ambush, a détourné en bijoux des icônes Dior telles que les initiales « CD », les fleurs et les insectes. Matthew Williams a conçu une nouvelle boucle en métal pour les sacs, chaussures et ceintures, Stephen Jones a imaginé des chapeaux à partir de modèles originaux de la ligne Christian Dior Monsieur. La nature, elle, est présente partout, notamment dans l’emblème de l’abeille, et illustre cette citation de Christian Dior : « Quand on prend la nature pour référence, on ne peut pas vraiment se tromper. »


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