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Culture

David Foenkinos, une beauté qui apaise à défaut de guérir...

LIVRE

Son dernier roman « Vers la beauté » (222 pages-Gallimard), hommage à l’art et décryptage de la fragilité des êtres, pique plus d’une curiosité...

26/06/2018

À quarante-trois ans, David Foenkinos est un écrivain parisien sorti des limites de la visibilité. Ses livres, traduits en plus de quarante langues, couronnés de prix (Renaudot, Goncourt des Lycéens) et portés au grand écran, lui donnent la stature d’un auteur arrivé.
Dans Vers la beauté (Gallimard) et, pour reprendre les termes d’un de ses titres phares, c’est avec « délicatesse » que cet écrivain à la langue douce et feutrée introduit son lecteur dans un univers ouaté et surprenant. Celui du musée d’Orsay. Là, dans les salles où défilent les visiteurs et où sont accrochées les toiles d’immortels artistes, un homme, Antoine Duris, professeur aux Beaux-Arts de Lyon, plaque tout pour devenir gardien de ces lieux habités par la beauté picturale. Déchéance ou élévation ? Son coup de foudre semble pour une toile de Modigliani. Il est surpris par Mathilde Mattel, directrice des ressources humaines du musée, conversant littéralement avec le portrait de Jeanne Hébuterne, compagne et muse de Modigliani, au destin si tragique et noir.
 Attitude étrange attestant la folie? Le mystère ? Un traumatisme incompréhensible ? Une fantaisie extravagante ? Un désir tu de manier le pinceau ? Une thérapie pour un mal secret ? Tout cela à la fois ! De toute façon, le cas est soigneusement et méticuleusement diagnostiqué, passé au peigne fin dans ces pages alternant monumentale culture (artistique et picturale) et tentative d’analyse du complexe réseau des replis des sentiments humains. Et l’auteur de Charlotte de dérouler le ruban bien enroulé des vies tenues cachées. Et qui suite à une cassure viennent brusquement au grand jour. Avec leur cortège de désarrois, de déceptions, de déroute, de gifles que l’existence assène violemment, sans crier gare. Derrière ce personnage intrigant dialoguant avec une toile de Modigliani, il y a sa propre vie en détresse en jeu. Sa vie, pourtant si ordonnée, si claire en apparence. Mais aussi ses amours et le sens de cette vie qui bascule lorsque l’élue de son cœur Camille affronte un drame. Alors tout s’écroule et la façade d’ordre et de labeur au quotidien se lézarde. Comment guérir les bobos du cœur qui se répercutent sur l’activité humaine qui régit une destinée? C’est cette confrontation brutale d’un esprit dérangé dans sa sécurité et sa routine sans problème qu’évoque l’écrivain.
L’histoire est simple, mais tout se complique avec les rapports des êtres. Un professeur d’art d’université, tombé amoureux d’une de ses élèves, fragile et surdouée, craque et s’enlise. Tout aurait pu être un charmant conte bleu sentimental mais il faut compter aussi avec les agissements de chacun et la toxicité de certains mots et comportements. Dans un échec, il y a toujours la part de l’autre. C’est comme pour être heureux : il faut être deux ! Si Antoine Duris enfonce le clou, sans le savoir ou le réaliser, à Camille, pourtant qu’il aime et apprécie, c’est que la jeune fille est marquée par un passé lourd et triste. On n’en dira pas plus pour garder vivante la flamme qui anime ces pages et l’intérêt du lecteur.

Méli-mélo
David Foenkinos parle avec brio de l’art. Il lui prête avec grâce et conviction le pouvoir de méditation et de contemplation. Mais il est moins convaincant dans la partie émotive qui charrie trop de scories de mélodrame.
C’est dans les pages cédant les secrets des œuvres d’art et leur impact sur les êtres que ces analyses ont le plus de force de séduction et offrent même certaines réponses à des questions qu’on a tendance à occulter ou éviter. Oui, l’art apaise, sécurise, donne des ailes, rassure... Mais il n’a pas pouvoir de guérison pour autant. Ou si peu !
Écrit en quatre chapitres, cet ouvrage dissèque le rapport professeur/élève (on n’est pas toujours bienveillant), les rapports à l’art (même si, ici, c’est une dérive) et le cours des vies que les classes sociales, moyennes ou pauvres affublent de légèreté ou de pauvreté. La plume de l’auteur reste volubile, élégante, mais se braque un peu devant les émotions humaines qui ne sont pas l’épicentre visé de l’ouvrage. N’en déplaise aux pointilleux des récits vraisemblables, c’est une lecture instructive, nourricière et d’une grande richesse culturelle.

*« Vers la beauté », de David Foenkinos (222 pages – Gallimard) disponible en librairie.

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