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Moyen Orient et Monde

Aux alentours de 19h, c’est la douche froide pour l’opposition turque

Reportage

Malgré une campagne poussive, Recep Tayyip Erdogan récolterait plus de 50 % des voix et remporterait donc l’élection présidentielle dès le premier tour. Son parti, l’AKP, conserverait également sa majorité au Parlement. Mais l’opposition, notamment le CHP, conteste ces résultats.

25/06/2018

Aux alentours de la place Taksim, dans le centre d’Istanbul, les drapeaux et les affiches de campagne ont déjà disparu. En ce chaud début de soirée d’été, rien ne laisse penser que les Turcs viennent de voter pour une double élection présidentielle et législative aussi inédite que décisive. Mais au loin, les premiers bruits de klaxons viennent troubler la quiétude des passants. Selon les résultats donnés par Anadolu, l’agence de presse officielle du gouvernement, Recep Tayyip Erdogan remporterait l’élection présidentielle dès le premier tour du scrutin avec un peu plus de 50 % des voix. Des résultats qui vont à l’encontre de tous les pronostics qui laissaient entrevoir, ces derniers jours, la perspective d’un second tour entre le président sortant et son principal adversaire, le candidat du CHP (le parti kémaliste et laïc), Muharrem Ince.

Quelques heures plus tôt, les opposants à Recep Tayyip Erdogan, gonflés à bloc après une campagne offensive, abordaient encore ce double scrutin pleins d’espoir. Dans le petit quartier progressiste de Cihangir, non loin de Taksim, ils étaient nombreux à croire en la possibilité d’une alternance après seize années de pouvoir de l’AKP, le parti du président Erdogan. Croisé à la sortie d’un bureau de vote, EFE, un instituteur de 33 ans, ne cachait pas son optimisme : « J’ai voté deux fois pour le CHP, pour la présidentielle et pour les législatives. Ince a fait une très bonne campagne, il a multiplié les meetings dans toute la Turquie et a osé critiquer ouvertement Erdogan. Avant, je ne savais pas trop pour quel candidat voter mais maintenant, il existe une vraie opposition qui sait faire entendre sa voix ! » Même son de cloche chez Mustafa, 54 ans, venu effectuer son devoir citoyen en famille : « J’ai donné ma voix au HDP (le parti prokurde) pour le premier tour, mais si c’est Ince qui se qualifie pour le second tour, évidemment je voterai pour lui. C’est notre dernière chance pour barrer la route d’Erdogan et de son régime autocratique. »


(Repère : Les dates-clés du pouvoir d'Erdogan)


« Le temps de la triche  est révolu »
Mais aux alentours de 19h, c’est la douche froide. Les premiers résultats de l’agence Anadolu donnent Recep Tayyip Erdogan largement en tête avec près de 60 % des voix et Muharrem Ince loin derrière, avec seulement 25 % des suffrages. Au fil des heures, l’écart se resserre sans toutefois inverser la tendance. Très vite, l’opposition dénonce des chiffres tronqués, basés uniquement sur des zones rurales de la Turquie, où Recep Tayyip Erdogan et l’AKP sont historiquement forts. Sur son compte Twitter, Muharrem Ince souligne que ces résultats n’ont pas été validés par le Haut Conseil électoral (YSK) et invite ses soutiens à rester mobilisés jusqu’à la fin du dépouillement. De son côté, Bülent Tezcan, le porte-parole du CHP, a fait état de « nombreuses plaintes » pour fraude électorale, en particulier dans le sud-est du pays, à majorité kurde. Sur les réseaux sociaux, plusieurs vidéos montrant des « bourrages d’urne » de la part de militants de l’AKP ont circulé durant la journée, sans qu’il soit possible d’en garantir l’authenticité.

Pour le CHP, l’heure n’est donc pas pour l’instant à la déception mais plutôt à la contestation. Muharrem Ince, réputé pour sa pugnacité durant la campagne, a indiqué qu’il comptait faire le pied de grue toute la nuit devant le siège du conseil électoral à Ankara, dans l’attente de l’annonce des résultats définitifs. « Le temps de la triche est révolu. Je protégerai vos votes au péril de ma vie et nous l’emporterons », a-t-il indiqué dans un tweet. Dans ce contexte, la tenue d’un second tour serait déjà une victoire pour l’opposition.



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