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Issam al-Chaouali : En termes d’ambiance, le Mondial en Russie est un des plus beaux

Football / Coupe du monde – Interview

Commentateur sportif passionné, capable de tenir en haleine les spectateurs les plus impassibles avec des tirades dont lui seul a le secret, le Tunisien Issam al-Chaouali est devenu, en plus de vingt ans de carrière, l’une des voix les plus célèbres du monde arabe. Il a accepté de livrer ses impressions à « L’Orient-Le Jour » depuis la Russie où il commente pour beIN Sports les matches de la Coupe du monde de football, la sixième de sa carrière.

20/06/2018 | 00h00

Quelles ont été vos impressions en arrivant en Russie ? Comment est l’ambiance sur place ?
Le dispositif de sécurité est important, mais tout est très bien organisé. Cela s’est ressenti dès la sortie de l’avion, que ce soit au niveau du contrôle des passeports ou de la délivrance des accréditations. C’est la sixième Coupe du monde de football que je couvre et c’est la première fois que ça va aussi vite.
L’ambiance était encore un peu timide quand je suis arrivé le 12 juin, jour férié en Russie (pour célébrer la proclamation d’indépendance de la Fédération de Russie en 1990). Mais la fièvre du Mondial a fini par prendre le dessus. Depuis le coup d’envoi de la première rencontre, l’atmosphère est chaleureuse et les représentants de nombreuses cultures se côtoient dans un bon esprit. Bref, en ce qui concerne l’ambiance, ce Mondial en Russie est l’un des plus beaux auxquels j’ai pu assister.

Qui sont, selon vous, les favoris et les outsiders de cette Coupe du monde ?
Je pense que les favoris sont le Brésil, l’Allemagne, l’Argentine et bien entendu l’Espagne, qui est extrêmement bien préparée malgré le changement d’entraîneur de dernière minute (Julen Lopetegui a été limogé à deux jours du début de la compétition par la Fédération espagnole de football, qui lui reproche d’avoir négocié son transfert au Real Madrid sans l’en avoir notifiée. Il a depuis été remplacé par l’ancien international et directeur sportif de la Roja, Fernando Hierro, NDLR). Côté outsiders, la France, l’Angleterre, mais surtout la Belgique qui a une très belle équipe ont les moyens d’atteindre les demi-finales, voire la finale.

Fait assez rare, c’est un joueur arabe, l’Égyptien Mohammad Salah, qui fait partie des personnalités les plus attendues après sa saison impressionnante à Liverpool FC. Pensez-vous qu’il réussira à tirer son épingle du jeu ?
Mohammad Salah est un phénomène. Originaire d’un village très peu connu du nord de l’Égypte (Basyoun), il est aujourd’hui devenu par son ambition, son travail, sa discipline et son talent, un symbole parmi les symboles du monde arabe et une personnalité adulée. Sur le plan sportif, il sera à mon avis parmi les quatre finalistes sélectionnés pour le Ballon d’or de cette année.
Bien entendu, le Salah qui participe à la Coupe du monde ne pourra pas être aussi performant qu’à Liverpool (où il a marqué plus de 40 buts toutes compétitions confondues, dont 11 réalisations en 15 matches en Ligue des champions, avec une finale perdue à la clef contre le Real Madrid, NDLR). Mais je pense qu’il sera malgré tout capable de tirer son équipe vers le haut.
Dans une perspective plus large, le fait que quatre équipes arabes (Arabie saoudite, Égypte, Maroc et Tunisie) participent à cette Coupe du monde est une excellente nouvelle.

Parlons un peu de vous. Vous êtes devenu en vingt ans une icône pour de nombreux amateurs de football dans le monde arabe et au-delà. Pouvez-vous revenir rapidement sur votre carrière de commentateur sportif et sur la façon dont vous avez forgé votre style ?
J’ai d’abord étudié le français à la faculté des lettres de la Manouba en Tunisie (au nord-ouest de Tunis). J’ai ensuite fait mes premières armes dans le métier en commentant les compétitions de natation, de judo et de football. Ma carrière professionnelle a officiellement démarré en 1995 sur les ondes de Radio jeunes (Iza’at al-chabab), une radio publique tunisienne créée la même année.
En 1998, j’ai commenté mon premier match de Ligue des champions pour la télévision nationale tunisienne, la rencontre opposant le Real Madrid à l’Inter de Milan (2-0). J’ai ensuite accompagné l’Union des radios et des télévisions arabes en Amérique du Sud pour couvrir la Copa America de 1999 (au Paraguay). En 2001, j’ai rejoint ART (Arab Radio and Television Network), basée en Arabie saoudite, avant d’être recruté par al-Jazeera Sports en 2010, le réseau qatari de télévision (qui sera séparé du groupe al-Jazeera et rebaptisé beIN Sports début 2014).
Au niveau du style, je n’ai pas de secret. Le commentateur sportif que je suis est simplement le reflet de ma personnalité. J’ai toujours commenté les matches en y mettant du cœur et en m’appliquant pour les préparer.

Quels sont les meilleurs moments de votre carrière sur le plan personnel ?
J’aurais du mal à faire une synthèse en quelques mots. Ce que je peux vous dire, c’est que je suis heureux de faire ce métier qui m’a apporté l’amour et la reconnaissance du public, notamment dans les pays arabes. Je suis également honoré d’être devenu un représentant de leur langue dans le métier. Le FC Barcelone et le Real Madrid ont choisi ma voix pour les commentaires en arabe diffusés dans leurs musées respectifs. J’ai également eu la chance d’enregistrer les premiers commentaires en arabe qui ont été intégrés dans une célèbre franchise de jeux vidéo, il y a quelques années… Il y a vraiment beaucoup de moments forts sur lesquels je pourrais revenir.

Qu’en est-il au niveau professionnel ?
Je vais vous répondre la même chose : il y a beaucoup trop de moments inoubliables pour n’en retenir qu’un. J’ai commenté autour de 1 500 matches de football, dont 160 finales toutes compétitions confondues. J’ai six Coupes du monde de football à mon actif, trois championnats d’Europe, deux tournois olympiques…
Mais s’il faut en choisir quelques-uns, je peux par exemple citer le match de poule opposant le Brésil à l’Égypte (4-3), lors de la Coupe des confédérations 2009 en Afrique du Sud. Il y a aussi la rencontre entre le Maroc et l’Italie (2-2, 4-2 t.a.b.) lors de la Coupe du monde des moins de 20 ans qui s’est déroulée en Allemagne, en 2005 (le Maroc a fini à la troisième place lors de cette édition, NDLR). La rivalité historique entre l’Algérie et l’Égypte fait également partie des moments forts de ma carrière, sans oublier l’ensemble des matches de l’équipe de Tunisie, mon pays natal, comme des clubs tunisiens dans les différentes compétitions auxquelles ils ont participé.

Et en dehors du football arabe ?
J’ai également eu le plaisir de commenter les derbys européens et sud-américains : en Italie avec les derbys de Milan, de Rome ou de Turin ; les OM-PSG en France ; les duels entre Manchester United et le Liverpool FC en Angleterre ; ou encore entre River Plate et Boca Junior en Argentine. Évidemment, commenter le clásico espagnol, qui oppose le Real Madrid au FC Barcelone, reste un rêve pour tout commentateur. J’ai eu la chance d’en couvrir près d’une quinzaine. Parmi les plus marquants, je peux vous citer la demi-finale de Ligue des champions entre les deux clubs en 2011 (remportée par les Catalans) ou encore la fameuse défaite, 5 buts à 0, du Real Madrid de José Mourinho pour son premier clásico dans le stade madrilène en 2010.

Avez-vous eu l’occasion de commenter des matches au Liban ?
J’ai en effet eu l’occasion de venir au Liban en 2004 pour la Ligue des champions arabes de football et j’en garde un très bon souvenir. C’était aussi l’année où s’est déroulé le championnat européen de football en Grèce et j’ai eu la très belle surprise de découvrir les supporteurs et le peuple libanais et leur passion démesurée pour le football mondial, que ce soit au niveau des clubs ou des équipes nationales. J’étais surpris parce que dans le monde arabe, le Liban est plutôt vu comme un pays amateur de basket-ball.


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