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Moyen Orient et Monde

Les houthis en difficulté face à la coalition à Hodeida

Yémen

Les troupes émiratis ont pénétré dans l’aéroport au sud de la ville hier et se dirigeaient vers l’axe principal reliant Sanaa.

20/06/2018

Les forces de la coalition menée par l’Arabie saoudite au Yémen continuent leur avancée sur Hodeida. Sept jours après le lancement de l’offensive sur la ville portuaire, les troupes dirigées par les Émirats arabes unis, le bras droit de Riyad sur le terrain, sont entrées hier dans l’aéroport de Hodeida. « Avec l’aide des forces armées émiraties, la “résistance” yéménite a pénétré dans l’aéroport de Hodeida », a tweeté à la mi-journée l’agence émiratie WAM. L’information a ensuite été confirmée à l’AFP par une source militaire yéménite. « Les combats sont d’une violence inouïe », a témoigné un résident du secteur joint par téléphone par l’agence de presse. « Ça n’a pas arrêté » depuis le matin, a-t-il affirmé par téléphone. Selon ce jeune Yéménite, des familles essaient de fuir mais ces dernières sont contraintes de rebrousser chemin face à l’intensité des combats. L’opération armée s’est accompagnée d’intenses raids aériens de la coalition, ont précisé à l’AFP des sources militaires sur place, mais aucun bilan des pertes n’a été communiqué hier. Selon des habitants sur place, les rebelles houthis ont édifié des tranchées et des monticules de sable dans l’hypothèse de combats urbains. « Aujourd’hui, la circulation est paralysée », a confié l’un d’entre eux à l’AFP. « La bataille de Hodeida pourrait avoir des effets désastreux sur la ville et sur le Yémen », déclare à L’Orient-Le Jour Racha Mouawieh, chercheuse sur le Yémen à Amnesty International. Les forces en présence « doivent laisser un point de passage ouvert pour permettre aux civils de fuir », ajoute-t-elle.

Dans l’après-midi, les forces de la coalition se sont tournées vers l’autoroute reliant Hodeida à la capitale Sanaa, « en particulier l’intersection principale reliant la ville à la route en direction du sud et de l’est », a rapporté sur son compte Twitter Peter Salisbury, chercheur à Chatham House. « La bataille pour l’aéroport a pris plus de temps que prévu et les forces dirigées par les Émirats ont subi des actions d’arrière-garde répétées alors que les houthis ont attaqué les lignes d’approvisionnement. Mais les houthis sont probablement trop nombreux et faibles au niveau des combattants, et devront probablement se battre sans ligne de ravitaillement depuis Sanaa à partir de maintenant », a-t-il ajouté. Les Émirats et leurs supplétifs ont un avantage face aux rebelles dans la zone, disposant de troupes stationnées dans la mer Rouge et prêtes à être déployées, notamment depuis leur base militaire en Érythrée.



Hodeida représente un point stratégique crucial tant pour les rebelles que pour les forces loyalistes appuyées par la coalition, grâce à son accès à la mer Rouge et au fait que 70 % de l’aide humanitaire y transite pour approvisionner différentes régions jusqu’à la capitale située à moins de 230 kilomètres. Depuis novembre dernier, l’accès au port est toutefois limité par les forces de la coalition positionnées en mer pour tenter d’affaiblir les houthis qui tiennent la ville et ses infrastructures depuis 2014. Riyad et ses alliés accusent également l’Iran, leur ennemi juré, d’utiliser le port pour fournir des armes aux rebelles. 

La conséquence principale pour les forces de la coalition de la possible prise de Hodeida « sera psychologique », explique à L’OLJ Charles Schmitz, vice-président de l’Institut américain des études yéménites et professeur à l’Université Towson. « Les forces du président Abd Rabbo Mansour Hadi sembleront alors avoir pris le dessus et Abdel Malek al-Houthi (le leader des rebelles) perdra de sa crédibilité – un facteur important dans la guerre », poursuit-il. Pour Elisabeth Kendall, chercheuse en études arabes et islamiques à l’université d’Oxford, cet épisode, pour le moment, « renforce considérablement le moral de la coalition, rompt la longue impasse et ouvre la voie à la coalition vers la capitale » sur le plan stratégique. « En termes financiers, si la coalition étend son contrôle sur et autour du port de Hodeida, cela prive les houthis de revenus “fiscaux” significatifs et d’un effet de levier sur les importations d’aide », souligne-t-elle à L’OLJ.


(Lire aussi : Quel engagement de la France au Yémen ?)





 
Répondre à l’escalade par l’escalade
Bien que l’enjeu que représente la ville portuaire soit crucial pour les parties directement impliquées sur le terrain, l’importance de cette bataille se traduit également en termes diplomatiques. « Si la coalition réussit à prendre Hodeida avec un minimum de perturbations et de pertes de vie civiles, alors cela aidera à raviver la confiance de la communauté internationale dans la manière avec laquelle la coalition mène la guerre », estime Mme Kendall. « Cependant, si la bataille finit par déplacer des dizaines de milliers de civils et entraver l’importation vitale de nourriture et de médicaments, le soutien diplomatique et militaire occidental à la coalition subira des pressions croissantes et pourrait devenir intenable – même sans pertes de vie à grande échelle dans l’offensive elle-même », décrypte-t-elle. 

Martin Griffiths, l’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, multiplie les allées et venues dans la région, s’employant à trouver un plan de paix acceptable aux yeux des parties en présence, sans succès pour le moment. Après avoir passé trois jours à Sanaa pour des discussions en urgence sur Hodeida, l’émissaire onusien a quitté la capitale yéménite sans faire la moindre déclaration et n’a pas publié de communiqué sur ses entretiens avec les responsables rebelles, qui devaient permettre d’éviter un scénario catastrophe dans la ville. Selon Mme Kendall, son manque de déclarations « implique qu’un plan de paix reste difficile à atteindre ». « Mais son silence suggère également que les efforts restent en cours », note-t-elle. M. Griffiths aurait fait route en direction du Golfe hier pour négocier une issue à la bataille de Hodeida, ont rapporté des observateurs. « Toutes les parties devront faire des concessions mais cela prend du temps », souligne la chercheuse. « Il n’est pas du tout clair si la pression militaire de la coalition est le meilleur moyen d’amener les houthis à la table des négociations », estime-t-elle.

Le Premier ministre de l’administration rebelle, Abdel Aziz ben Habtour, a notamment insisté dimanche devant M. Griffiths sur le fait qu’il n’était pas question d’accepter une trêve dans les conditions actuelles. « La paix voulue par le peuple ne se fera pas sur le dos des martyrs (...). Nous répondrons par l’escalade à toute escalade à Hodeida ou ailleurs », a-t-il prévenu. La coalition et les forces gouvernementales quant à elles « sentent une victoire et elles n’accepteront rien pour le moment », affirme M. Schmitz. Toutefois « si la bataille stagne, elles pourraient reconsidérer » leur position, anticipe-t-il.


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LES HOUTIS VONT ETRE FINIS A HODEIDA ET A SANAA PROCHAINEMENT ET L,IRAN ENREGISTRERA SA PREMIERE DEFAITE QUI SERA SUIVIE PAR CELLE DE LA SYRIE AUSSI GRACE A L,ENTENTE SECRETE RUSSO/ISRAELIENNE !
D,ENORMES CHANGEMENTS VONT ETRE ENREGISTRES DANS LA REGION !

LA TABLE RONDE

On nous l'a dit il y a une semaine et on continuera de nous le dire dans 10 mois .

ON appelle ça maintenir la desinformation à feu doux.

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