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Moyen Orient et Monde

Abou Dhabi passe à la vitesse supérieure à Hodeida

Yémen

La coalition menée par Riyad cherche à prendre la ville portuaire des mains des houthis pour renverser le rapport de force sur le terrain yéménite.

14/06/2018

La cadence du conflit yéménite s’est soudainement accélérée hier à Hodeida suite à l’expiration mardi soir de l’ultimatum des Émirats arabes unis à l’encontre des Nations unies pour convaincre les houthis de se retirer du port et de la ville.

Mettant en application ses menaces de ces derniers jours, Abou Dhabi a donné le feu vert à ses obligés pour démarrer les opérations militaires sur le terrain contre les rebelles. Les bombardements des positions des houthis ont commencé en début d’après-midi, notamment dans la zone portuaire, tandis que des troupes de la coalition se dirigeaient hier vers le sud de la ville. D’importants contingents des forces antirebelles « ont atteint la périphérie de la ville », et des systèmes d’armes sophistiqués sont acheminés, a rapporté l’agence officielle émiratie WAM, citant une source militaire. Selon des sources médicales, 22 combattants rebelles et trois soldats des forces progouvernementales ont été tués ces dernières 24 heures. Tandis que les troupes de la coalition avançaient, « les houthis ont commencé à se rassembler autour de la ville et personne ne peut ni y entrer ni en sortir », affirme à L’Orient-Le Jour Muhsen Siddiquey, directeur de la branche Yémen d’Oxfam International et présent à Sanaa, la capitale yéménite.


(Lire aussi : Les enjeux de la bataille de Hodeida)


S’il est difficile de prédire l’étendue et la durée de l’opération, l’offensive ne devrait pas être éclair alors que les deux parties semblent déterminées à en découdre. « Pour qu’on annule notre opération militaire, il faut que les houthis se retirent de la ville et du port de Hodeida », a affirmé Anwar Gargash, le secrétaire d’État émirati aux Affaires étrangères, dans un entretien accordé au Figaro, publié mardi. « On ne peut pas accepter plus longtemps que les houthis disposent d’une source de financement à travers ce port », a-t-il insisté. Riyad et Abou Dhabi considèrent les houthis comme des supplétifs de Téhéran, leur bête noire dans la région, et accusent la République islamique de fournir des armements aux rebelles.

En lançant l’une des offensives les plus importantes depuis le début du conflit contre les houthis, la coalition cherche surtout à renverser le rapport de force en mettant la main sur l’un des points les plus stratégiques du pays par lequel transite 70 % de l’aide humanitaire. Selon de nombreux observateurs, la prise de Hodeida permettrait à Riyad et ses alliés d’avoir plus de poids dans les négociations de paix pour imposer leurs conditions face à leur adversaire. « C’est un grand pas pour la coalition, au mépris de plusieurs membres de la communauté internationale », explique à L’OLJ Adam Baron, chercheur visiteur au Conseil européen sur les relations internationales (ECFR) et spécialiste du Yémen. Différents pays occidentaux ont tenté de s’interposer pour éviter une nouvelle bataille dans le conflit, sans succès. « C’est un signe de force et d’affirmation de soi pour les EAU sur le front yéménite », estime-t-il. Si Riyad mène la coalition et use de son avantage militaire par les airs, Abou Dhabi dirige pour sa part de nombreuses troupes au sol, ayant formé plusieurs milliers de soldats yéménites et ayant recours à des mercenaires étrangers sur le terrain.



Catastrophe humanitaire
« Si les événements évoluaient en faveur de la coalition, cela pourrait être la bataille significative de la guerre et, selon la coalition, la rapprocher de la fin », indique M. Baron. Mais si l’escalade persistait, « nous pourrions faire face à une crise humanitaire pire » qu’elle ne l’est déjà, poursuit le chercheur. Les organisations humanitaires n’arrêtent pas de tirer la sonnette d’alarme alors que l’acheminement de l’aide humanitaire à Hodeida est déjà mis à mal par la coalition qui bloque l’accès au port depuis novembre dernier. Une escalade sur le terrain ne ferait donc qu’empirer ce qui est déjà « la pire crise humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale ». « Avec environ 600 000 personnes vivant dans et autour de Hodeida, toutes les parties au conflit doivent prendre toutes les précautions possibles pour s’assurer que la population civile est protégée », a insisté dans un communiqué Lynn Malouf, directrice de recherche d’Amnesty International pour le Moyen-Orient. À cet égard, les humanitaires s’inquiètent des nouvelles pénuries de « nourriture, de fuel ou encore de liquidités monétaires », précise M. Siddiquey. Selon lui, « la communauté internationale humanitaire se prépare, mais cela sera un challenge si la sécurité » des civils n’est pas assurée.

L’envoyé spécial de l’ONU pour le Yémen, Martin Griffiths, ne cesse de tenter de ramener les parties concernées autour de la table des négociations, en vain. M. Griffiths, qui a notamment avancé un plan de paix la semaine dernière pour demander un cessez-le-feu, s’est dit « extrêmement préoccupé par les développements militaires à Hodeida » hier et a appelé à « la retenue et à donner une chance à la paix ». « Nous sommes en contact permanent avec toutes les parties impliquées pour négocier des arrangements pour Hodeida qui répondraient aux préoccupations politiques, humanitaires et de sécurité de toutes les parties concernées », a-t-il ajouté. Le Conseil de sécurité de l’ONU doit se réunir aujourd’hui à ce sujet suite à une demande du Royaume-Uni.
La France s’est également manifestée alors qu’elle doit tenir une conférence humanitaire sur le Yémen le 27 juin avec l’Arabie saoudite. « Le président de la République s’est entretenu hier avec Mohammad ben Zayed, prince héritier d’Abou Dhabi. Il a évoqué avec lui la situation politique et militaire au Yémen, et notamment à Hodeida, et a appelé les parties prenantes à la retenue et à la protection des populations civiles », a déclaré hier la porte-parole du ministère français des Affaires étrangères. Quatorze ONG ont toutefois interpellé la présidence française dans un courrier pour faire pression sur Abou Dhabi et Riyad afin d’éviter une escalade du conflit yéménite. Selon elles, la tenue d’un sommet coprésidé avec Riyad serait donc inconcevable au regard de l’impact de l’offensive sur les civils.


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Wallah ? ? Bravo , Hahahahah. .... vitesse supérieure.. ..
POURQUOI personne ne dit que c'est le camp de l'occident qui fait la guerre aux houtis ? En direct .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

HODEIDA VA TOMBER ET AVEC ELLE L'APPUI DE L'IRAN A SES SBIRES HOUTIS. LA DONNE CHANGERA ENORMEMENT !

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