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Liban

Bassil persiste et signe face au HCR, Hariri joue les pompiers

Réfugiés syriens

Le retour des déplacés de Ersal a, semble-t-il, été reporté à une date ultérieure.

13/06/2018

La crise qui a éclaté entre le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, et le Haut-Commissariat des réfugiés (HCR) sur fond du retour d’un groupe de réfugiés syriens de Ersal dans le Qalamoun-Ouest, un retour pour le moment remis en cause, n’est pas prêt de se résorber de sitôt tant les intrications de ce dossier sont multiples.

Hier, à l’issue de la réunion hebdomadaire du bloc du Liban fort, M. Bassil est revenu à la charge pour pointer du doigt des parties tierces « qui cherchent à perpétuer la crise des réfugiés ». Le ministre a accusé le HCR de chercher à « interdire un retour proche » des réfugiés alléguant le fait que l’organisation onusienne a posté sur son site ses « objectifs de mission pour une période d’un an » (Voir par ailleurs). Plus tôt dans la journée, son directeur de cabinet et conseiller, Hadi Hachem, avait donné un son de cloche similaire assurant à la LBCI que M. Bassil était déterminé à aller jusqu’au bout de ses objectifs. M. Hachem a laissé entendre que le ministre ne reviendra pas facilement sur sa décision de bloquer les demandes de permis de séjour des employés internationaux du HCR. Cependant, le refus de renouveler les permis de séjour ne toucherait pour l’instant, selon une porte-parole de l’organisation, que « deux employés ». Le HCR a d’ailleurs demandé officiellement hier au ministère des Affaires étrangères de revenir sur sa décision.

« Nous sommes très préoccupés par l’annonce faite vendredi par le ministre des Affaires étrangères, concernant le gel de l’octroi de permis de séjour pour le personnel international du HCR au Liban », a déclaré un porte-parole du HCR, Andrej Mahecic, lors d’un point de presse à Genève. C’est vers la capitale suisse que se dirigera jeudi prochain M. Bassil, où il rencontrera le haut-commissaire, Filippo Grandi, pour faire connaître sa position à ce sujet.

De son côté, le Premier ministre, Saad Hariri, qui cherche vraisemblablement à éviter une confrontation directe autant avec M. Bassil qu’avec l’ONU, s’est contenté de réaffirmer la volonté du Liban officiel de maintenir ses bonnes relations avec la communauté internationale. M. Hariri, qui s’exprimait à l’issue d’une rencontre à la Maison du Centre avec le coordonnateur spécial adjoint des Nations unies pour le Liban, Philippe Lazzarini, et la représentante au Liban du HCR, Mireille Girard, a toutefois indiqué que la solution ultime pour le Liban et l’ONU est le retour des réfugiés en Syrie, sans préciser quel serait le mécanisme pour ce retour ou son timing.

« Il s’agit d’une réunion importante, car au final, ils (le HCR et l’ONU ) sont nos partenaires et ils nous aident aujourd’hui à traiter la question des réfugiés », a déclaré M. Hariri. La solution ultime, pour nous et pour eux, c’est que les réfugiés retournent en Syrie «, a-t-il dit. Vendredi dernier, son conseiller, Nadim Mounla, avait qualifié la décision du ministère des Affaires étrangères d’« unilatérale » soulignant qu’elle ne « représentait pas la position du gouvernement libanais ni celle de son chef ».


(Lire aussi : Liban : le HCR dément s’opposer au retour des réfugiés syriens)


Le report du départ
M. Bassil avait motivé sa prise de position à l’égard du HCR par les conclusions qui lui avaient été transmises par les membres d’une délégation du palais Bustros dépêchée à Ersal, où près de 3 000 réfugiés syriens s’apprêtaient à quitter les lieux pour retourner chez eux. Le chef de la diplomatie a accusé vertement l’organisation onusienne de « s’employer à faire peur aux déplacés désireux de rentrer volontairement chez eux », un argument qu’il a repris hier avant de dénoncer également le « refus » du HCR de livrer aux autorités libanaises la banque de données que l’organisation détient pour pouvoir distinguer entre « les réfugiés économiques et les réfugiés politiques ».

Entre-temps, à Ersal, les informations les plus contradictoires circulent sur l’avenir des 3 140 réfugiés (800 familles) dont le départ a été « retardé », selon certaines sources, « annulé » selon d’autres. Prévu en trois phases, le départ initial devait avoir lieu samedi dernier. Selon certains observateurs qui suivent de près le dossier, le report aurait eu lieu suite aux remous créés par le bras de fer entre M. Bassil et le HCR. Pour d’autres, il serait dû au fait que le régime syrien, qui coordonne ce dossier depuis plusieurs semaines avec la Sûreté générale, n’a pas encore donné son accord sur la liste des noms des personnes concernées. Le président de la municipalité de Ersal, Bassel Houjeiri, affirme à L’OLJ qu’il n’y a pas de décision d’annulation, précisant que la date du retour n’a toutefois pas encore été fixée.

Une source informée assure néanmoins que le départ serait imminent, soit « juste après la fête du Fitr ». « Tout était fin prêt et les négociations entre la Sûreté générale et le chef des services de renseignements syriens, le général Ali Mamlouk, qui coordonne le dossier avec la partie libanaise, devaient incessamment aboutir. L’intervention de M. Bassil est venue obstruer le mécanisme mis en place », confie la source qui croit toutefois que le plan initial sera quand même exécuté mais avec un peu de retard.


(Lire aussi : Pour le Liban, le problème n’est pas avec les « déplacés » syriens, mais avec les organisations internationales)


Pour le député nouvellement élu de la localité, Bakr Houjeiri, le report du départ des réfugiés n’a absolument rien à voir avec l’affaire de la suspension du renouvellement des permis de séjour des membres du HCR et n’a rien de politique. Il buterait contre deux obstacles majeurs : tout d’abord l’incertitude autour de la question de l’exemption du service militaire obligatoire en Syrie, sachant que le régime de Bachar el-Assad a donné un délai de six mois à ceux qui retournent pour décider s’ils veulent s’enrôler ou se désister, moyennant le paiement d’une certaine somme fixée par le régime. Le second problème est d’ordre sécuritaire et porte sur l’inquiétude de nombreux réfugiés de retourner, notamment après les nouvelles qui ont circulé à propos du redéploiement, dans la zone adjacente au poste frontalier de Joussé et dans certaines localités de Qoussair, d’une unité militaire russe qui a bouté hors de la zone les éléments du Hezbollah présents sur place.

Selon une source informée, des accrochages auraient eu lieu entre les deux parties, avant qu’une unité syrienne, la brigade 11, ne soit déployée sur les lieux mettant fin à ce conflit. Des informations qui, selon Bakr Houjeiri, « ont exacerbé la crainte parmi ceux qui étaient décidés à partir ». Le député rappelle d’ailleurs que lors du premier lot de réfugiés qui ont quitté Ersal en juillet 2017, seulement quelques centaines sur les deux mille inscrits ont fini par retourner chez eux, le reste ayant entre- temps changé d’avis. « En règle générale, ils préfèrent envoyer les plus vieux de la famille en éclaireurs pour tester la situation avant de faire venir les plus jeunes », dit-il. Le ministre d’État sortant pour les Affaires des réfugiés, Mouïn Merhebi, qui appelle à travers L’OLJ à un départ « mieux organisé et mieux réfléchi », insiste pour sa part sur une intervention et des garanties russes pour le retour des réfugiés. Le ministre a sollicité M. Bassil d’intervenir en ce sens s’il veut que cette question aboutisse. « Il devrait également intercéder auprès du Hezbollah pour le pousser à se retirer de plusieurs régions de la Syrie, afin que les réfugiés puissent se sentir plus en confiance », conclut M. Merhebi.



Lire aussi

Le Liban œuvre avec Damas au retour de milliers de réfugiés

Aoun : Le retour des réfugiés syriens chez eux est dans l’intérêt national

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Le Faucon Pèlerin

Plus de 900 migrants ont débarqués à Catane en Sicile aujourd'hui. 690 migrants de l'Aquarius débarqueront en Espagne après des jours d'errance entre la Libye et Malte...
Nous nous demandons tous la même question : Pourquoi n'iront-ils pas vers les côtes de l'Arabie saoudite, de l'Egypte, du Soudan, des Emirats, de l'Iran, de la Turquie etc... Paraît-il, il n'aime pas des pays déjà islamisés.
Vous avez compris ?

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

QUAND IL VA FAIRE DE L'ARRIERE... ET IL VA EN FAIRE... QU'IL NOUS DEBITE PAS DES RAISONS ET DES EXCUSES DIVERSES ! LE PEUPLE SE REVEILLE !

RAISINS SECS

C'est trop de bla bla pour un fait que la guerre perdue par les comploteurs, les réfugiés devront retourner chez eux .

Chez eux , c'est la Syrie du heros BASHAR , les foireux ont perdu et ne veulent pas reconnaître leur défaite.
Là est toute la question , de toute façon ils seront forcés d'admettre que la seule solution à considérer est celle que propose G.B

7 ANS DE COMPLOT , ON POURRAIT ENCORE PATIENTER QUELQUES MOIS .

gaby sioufi

AUX DERNIERES NOUVELLES :DE SOURCE SURE :
l'UN et Co sont apparemment / peut etre de connivance avec les syriens....SANS LE SAVOIR ????
bref, les citoyens males- soldats de reserve ( ayant deja accompli leur service militaire) sont autorises a rentrer en Syrie pr un court sejour, et ressortir sans etre inquietes , donc sans devoir s'enroler de nouveau.

Merci de tt faire pour leur faciliter la vie a rester chez nous, travailler partout ou C interdit par la loi !

Beauchard Jacques

Ce sujet qui revient de jour en jour mériterait une analyse sérieuse….!

Irene Said

"...que le régime syrien...n'a pas encore donné son accord sur la liste des noms des personnes concernées..."
Donc l'obstacle principal du retour des réfugiés syriens, c'est à dire de ses propres citoyens...!...est le régime syrien, ainsi que son allié inconditionnel le Hezbollah, manifestement impliqué dans toutes les magouilles possibles dans cette affaire.
C'est cela la mission de la "résistance libanaise" ?
Irène Saïd

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