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Liban

Comment mettre en valeur le patrimoine ?

Conférence
13/06/2018

Réunis à Beit Beyrouth les 5 et 6 juin, des élus français et libanais et des agents de développement local ont échangé les connaissances et les méthodes liées à la préservation et la valorisation du patrimoine, alors que beaucoup de sites du Liban sont mis en danger par l’urbanisation galopante.
Pendant deux jours, les intervenants ont participé à des tables rondes, notamment sur l’identification des attraits et des valeurs d’un patrimoine, ainsi que sur les méthodes de plan de gestion intégrée d’un site de patrimoine, comme ils se sont rendus dans les villages de Antoura et Khenchara.
L’objectif pour les municipalités et fédérations de municipalités libanaises était d’abord de découvrir certains outils mis en place pour la protection et la mise en valeur de leur patrimoine à travers plusieurs projets français et libanais. Ensuite, il s’agissait de permettre la rencontre avec de potentiels partenaires français et libanais pour des appuis techniques, relationnels ou d’expertise. Enfin, cet atelier avait pour but de renforcer la collaboration entre les institutions de l’État, du secteur privé et des universités, pour développer le tourisme, la culture et l’économie des villes du Liban.
Placé sous le haut patronage du ministre libanais de la Culture, Ghattas Khoury, cet atelier était organisé conjointement par Cités unies Liban, le Bureau technique des villes libanaises (BTVL), le comité des présidents de conseil municipal libanais et, côté français, par l’ambassade de France à Beyrouth, le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères (MEAE) et la Direction de l’action extérieure des collectivités territoriales (DAECT), avec l’appui de plusieurs conseils départementaux.

Peu de moyens techniques et financiers
Il existe au Liban des textes visant à préserver certains sites, comme la loi de 1933 qui protège les constructions antérieures au XVIIe siècle, et la dernière en date, la loi sur la protection du patrimoine et des sites archéologiques, adoptée en octobre 2017. En outre, en vertu de l’article 74 de la loi sur les municipalités de 1977, le président de la municipalité a le devoir de protéger les monuments historiques. Mais dans les faits, peu de municipalités ont les moyens techniques et financiers pour préserver et mettre en valeur leur patrimoine, sans compter les manques de services techniques et d’agents municipaux. Régulièrement, des bâtiments anciens sont rasés à Beyrouth ou ailleurs au Liban, pour être remplacés par des buildings modernes, des littoraux sont privatisés et les constructions sauvages sont monnaie courante…L’atelier a permis de mettre en lumière le fait que la définition de « patrimoine » n’est pas nécessairement universelle. Si dans l’inconscient collectif, ce terme renvoie essentiellement à l’ensemble des biens bâtis, c’est une notion que l’on peut élargir – sur le modèle de la convention européenne des paysages – à toute forme de richesse transmissible, qu’elle soit tangible ou intangible. Or le terme « paysage » n’existe pas clairement en dialecte libanais au sens de la convention européenne du paysage, car elle ne reflète que la partie objective d’un territoire (naturelle, maritime, culturelle…) et non son lien avec l’homme, comme le décrypte le doctorant en paysage et patrimoine Joe Abi Hayla. Par exemple, le terme « patrimoine » pourrait recouvrir traditions, rites, récits et ambiances perçus dans un lieu.
Pour Jeanine Abdel Massih, professeure à l’Université libanaise, la définition du patrimoine doit passer par un questionnement sur l’identité propre de chaque ville ou village. Ce questionnement doit s’effectuer au niveau « non seulement du sommet, mais aussi des citoyens eux-mêmes », dans le cadre de la prise d’initiative, selon Tony Sfeir, qui représentait le projet municipal de Jbeil/Byblos pour la réhabilitation de la côte et le développement touristique.

Investir dans le patrimoine
Les échanges ont permis de remettre en cause l’idée préconçue selon laquelle la gestion patrimoniale est quelque chose de coûteux qui rapporte peu. Plusieurs exemples ont démontré qu’un investissement dans la revalorisation du patrimoine pouvait avoir des retombées économiques jusqu’à sept fois plus importantes que le montant investi. C’est le cas de certains projets en France, dans la ville d’Arles ou le département de l’Aude par exemple : création d’emplois par le tourisme, redynamisation de la région par l’afflux de visiteurs, attractivité des villes renforcée, développement du sentiment d’appartenance, tels sont les constats tirés de ces expériences.
Sur le territoire libanais, des initiatives existent aussi pour préserver le patrimoine à l’échelle locale. Le président du conseil municipal de Mounjez, au Akkar, Georges Youssef, a par exemple développé dans sa municipalité des projets basés sur le commerce équitable de produits locaux (olives, miel, légumes…), sur la reforestation de parcelles ou sur la modernisation du système d’eau potable.
Il a aussi établi de nombreux partenariats internationaux. Le directeur du site de la Qadisha, Roland Haddad, a de son côté exposé sa volonté de réduire la pollution sonore et environnementale dans la vallée de la Qadisha, notamment par le recours à des camionnettes écologiques.
À l’échelle nationale, des initiatives commencent à se développer, comme la création de labels, tels que celui des « Plus beaux villages du Liban », qui met à l’honneur des villages suivant des critères de ruralité et de la présence d’un patrimoine naturel ou bâti de valeur jugée exceptionnelle. Selon Samar Karam, de la Direction générale des antiquités (DGA), il faudrait évoluer vers un « tourisme durable », dans une dynamique comprenant des « modes de consommation et de production responsables ».
Pour sensibiliser la jeunesse libanaise au patrimoine national, Eddy Choueiry, photographe de formation et passionné de patrimoine et d’art, entreprend depuis quelques années un travail de longue haleine. Il propose en effet à des collégiens et lycéens des sorties dans tout le pays pour découvrir monuments, vestiges et nature. M. Choueiry explique à quel point il est important que les jeunes créent une « relation d’affection avec leur patrimoine », pour ensuite participer à sa sauvegarde. Comme l’a justement souligné Michel Albin, président de l’association des Petites Cités de caractère de Bourgogne-Franche-Comté, en matière de patrimoine, « nous ne sommes que des passeurs ». Reste à déterminer : que veut-on transmettre aux nouvelles générations ? D’ailleurs, la tenue de ce colloque dans le bâtiment de Beit Beyrouth était des plus symboliques : construite dès les années 1920, cette « Maison jaune » utilisée par les francs-tireurs pendant la guerre pour sa position stratégique sur la ligne de démarcation garde aujourd’hui les cicatrices d’un passé douloureux.

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