X

À La Une

Les milliards d'aide à la Jordanie loin d'être une "solution miracle"

Crise

"Ce qui s'est passé en Jordanie a fait ressurgir l'esprit du Printemps arabe, provoquant un vent de panique parmi les pays du Golfe", affirme un expert.

OLJ/Marisol RIFAI et Mussa HATTAR/AFP
12/06/2018

La Jordanie, secouée par un mouvement de contestation populaire, a obtenu en urgence un nouveau soutien financier conséquent de pays du Golfe, mais ces milliards ne constituent pas une "solution miracle" face aux défis du royaume, estiment des analystes.
"Ce qui s'est passé en Jordanie a fait ressurgir l'esprit du Printemps arabe, provoquant un vent de panique parmi les pays du Golfe", affirme à l'AFP Oraib al-Rintawi, directeur du centre al-Qods pour les relations stratégiques à Amman.

Durant la première semaine de juin, des milliers de Jordaniens excédés par la dégradation de leurs conditions de vie ont battu le pavé une fois la nuit tombée, entraînant la démission du Premier ministre et le retrait d'un projet de loi fiscale controversé.

"La stabilité de la Jordanie est fondamentale pour la sécurité de la région, du Golfe et de l'Arabie saoudite qui a peur d'un effet domino entre monarchies", explique M. Rintawi. Mais selon lui, la vitesse de réaction de Riyad, Abou Dhabi et Koweït dans l'octroi d'une enveloppe de 2,5 milliards de dollars reflète également "les craintes d'un renversement d'alliances dans la région" après des rapprochements récents de Amman avec le Qatar, émirat boycotté par l'Arabie saoudite.
Mais c'est surtout une rare poignée de mains entre le roi Abdallah II de Jordanie et le président iranien Hassan Rohani -dont le pays est le grand rival régional de Riyad- lors du sommet de l'Organisation de la coopération islamique en mai à Istanbul qui a marqué les esprits.


(Lire aussi : Arabie, Emirats et Koweït à la rescousse de la Jordanie)


"Enclume et marteau"
La Jordanie a aussi montré des signes de distanciation par rapport aux positions américano-saoudiennes sur le dossier de Jérusalem, reconnue unilatéralement en décembre capitale d'Israël par Washington. Les Palestiniens veulent faire de Jérusalem-Est, considérée par la communauté internationale comme un territoire occupé, la capitale de l'Etat auquel ils aspirent.
Le royaume hachémite, gardien des lieux saint de Jérusalem et dont plus de la moitié de la population est d'origine palestinienne, "se trouve dans une position extrêmement inconfortable et il lui est impossible de suivre" ses alliés américain et saoudien sur ce dossier, souligne à l'AFP Karim Bitar, directeur de recherches à l'Institut de relations internationales et stratégiques à Paris.
"Comme souvent, la Jordanie se retrouve coincée entre l'enclume et le marteau", dit-il.
Préoccupé par le souci de "préserver un allié stratégique dans la région", frontalier d'Israël, des Territoires palestiniens, de la Syrie et de l'Irak notamment, Washington a "sûrement donné son feu vert" au soutien financier des pays du Golfe, souligne M. Rintawi.

Dimanche, l'Union européenne avait, elle, annoncé une nouvelle aide de 20 millions d'euros à Amman, pour des projets en faveur des "plus vulnérables".
Dépourvue de ressources naturelles et très dépendante d'aides étrangères, la Jordanie traverse une période difficile -la Banque mondiale évoque une "faible perspective de croissance en 2018"-, 18,5% de la population est au chômage et 20% vit à la limite du seuil de pauvreté.
Le roi a semblé d'abord bien en peine d'apaiser la colère populaire, allant jusqu'à mettre en garde contre un saut "dans l'inconnu".


(Lire aussi : Crise politique et sociale en Jordanie : quels risques pour le royaume et ses voisins?)


"Équilibriste"
"En montrant à ses alliés que la Jordanie est sur le point de glisser vers un avenir sombre", le royaume a finalement "récolté les fruits de la grogne sociale", avec l'aide financière du Golfe, selon l'analyste jordanien Adel Mahmoud. Pourtant, ces milliards ne constituent pas une "solution magique" à tous les problèmes de la Jordanie qui a surtout besoin d'un "nouveau contrat social", indique M. Rintawi.
"L'économie ne peut pas demeurer otage des aides internationales, qui ont diminué ces dernières années. Compter sur les aides est un pari à court terme" perdu d'avance, estime-t-il.

D'après lui, "il est temps que la Jordanie apprenne à compter sur elle-même, mette en place de nouvelles politiques économiques basées sur la lutte contre la corruption aux niveaux les plus élevés de l'Etat, et réduise les dépenses publiques" au lieu de se concentrer sur l'augmentation des impôts.
Car le royaume avait déjà bénéficié en 2011 d'une aide de 5 milliards de dollars des pays du Golfe "qui n'a pas réussi à sauver son économie", ajoute M. Rintawi.

Il n'est pas sûr que le nouveau Premier ministre Omar al-Razzaz, un intellectuel respecté, puisse relever tous les défis rapidement "car l'économie souffre de faiblesses structurelles", estime M. Bitar.
Même si sa marge de manœuvre s'est affaiblie, relève le chercheur, le roi a encore de la ressource car la stabilité de la monarchie demeure importante pour beaucoup d'acteurs régionaux et internationaux.
Et d'ajouter: "Donc à moins d'une dégradation encore plus marquée de la situation économique et d'une montée des tensions régionales, on peut supputer que ce pays sortira de cette crise comme il l'a fait dans le passé, en adoptant une position d'équilibriste".


Lire aussi

Les protestations sociales en Jordanie et le deal dans le sud de la Syrie..., le décryptage de Scarlett Haddad 

La rue ne décolère pas en Jordanie

Pour mémoire
Jordanie: le prix du pain a doublé après la suppression des subventions

Jordanie: hausses des taxes sur les cigarettes, les boissons et l'essence

À la une

Retour à la Une

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

RAISINS SECS

UN ARTICLE QUE JE CONSEILLE À TOUS DE LIRE AVEC ATTENTION ET INTELLIGENCE .

JE L'AI ÉCRIT PLUS TÔT " EFFET DOMINO" PLUS QUE EFFET " PLACEBO" .

L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

LA JORDANIE S,EN SORTIRA COMME TOUJOURS !

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Formation du gouvernement : tendance à l’optimisme...

Les matchs d’aujourd’hui

  • Brésil
    Costa Rica

    22/06

    15h00 (GMT+3)

  • Nigeria
    Islande

    22/06

    18h00 (GMT+3)

  • Serbie
    Suisse

    22/06

    21h00 (GMT+3)

Le Journal en PDF

Les articles les plus

Impact Journalism Day 2018
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué