Notre dernière rubrique se terminait par cette question « Qu’est-ce qui garantit au sujet tenté par une cure analytique que son analyste n’est pas “bouché” ? Et si la garantie ne peut pas venir seulement de l’institution parce que “l’institution est un agencement collectif de résistances”, comme le disait Serge Leclaire (1924-1994), l’un des membres de la Troïka des trois meilleurs élèves de Lacan des années 60, “d’où viendrait alors la garantie dont le public a besoin et qui est légitime” ? »
Dans les deux dernières rubriques, on a vu le rôle du superviseur qui accompagne l’analyste débutant, souvent pendant quelques années. Nous avons vu aussi que la supervision a pour fonction de « déboucher » encore plus les oreilles de l’analyste, ce pourquoi une deuxième supervision s’impose. Et les deux supervisions suivent une analyse personnelle, souvent très longue pour bien former le futur analyste. Entre 10 et 15 ans de formation. Mais rien ne reconnaît cela sur le plan public comme le serait un diplôme universitaire par exemple. Qu’est-ce qui garantit alors la compétence de l’analyste auprès d’un patient? Ni la formation universitaire, médecin/psychiatre ou psychologue au cas où l’analyste a fait ce cursus-là, ni les publications, livres ou revues, même les meilleurs.
Si entre les années 50 et 80, âge d’or de la psychanalyse dont le discours analytique était présent partout, le patient pouvait aller consulter un analyste les yeux fermés, aujourd’hui ce n’est plus du tout le cas. Chassée du DSMIV/V (Manuel diagnostic et statistiques des troubles mentaux), seule référence mondiale de la psychiatrie et dont il n’est fait aucune mention, l’analyse est attaquée de toutes parts par des intellectuels hostiles et malveillants qui font de Freud un charlatan. Entre autres Le livre noir de la psychanalyse, ou La liste de Freud dans lequel l’auteur Goce Smilevski accuse Freud d’avoir laissé ses sœurs dans les camps de concentration font des psychanalystes des imposteurs et de la psychanalyse une méthode « tordue et nuisible » comme son fondateur. Dans ce contexte actuel, il est difficile à un patient potentiel de faire confiance d’emblée à un psychanalyste. Aujourd’hui, les institutions analytiques apparaissent encore plus qu’elles ne l’étaient auparavant comme des sectes fermées sur elles-mêmes, n’ayant pour but que de former des analystes pour se reproduire.
« On attend d’un analyste qu’il exprime son savoir en termes de vérité »
Actuellement, avant d’aller consulter un analyste, il est recommandé de très bien se renseigner. Pas seulement auprès des institutions analytiques dont on a vu qu’elles ont tout intérêt à défendre leurs membres et dénigrer les membres des autres institutions. Le public peut se référer au « bouche-à-oreille », interroger ceux et celles qui ont déjà fait une analyse ou une thérapie analytique, assister à des journées, colloques ou congrès organisés par des analystes. Dans ce dernier cas, l’avantage est d’écouter un analyste parler. De sa pratique, des cas cliniques dont il parle sous l’anonymat, de ses références théoriques. Mais aussi de son style. Le style de l’analyste témoigne de son imprégnation par le discours de ses analysants. « Il n’y a pas de métalangage », disait Lacan, ce qui signifie, dans ce cas, que l’analyste ne peut pas tenir un discours sur le discours de son analysant. On attend d’un analyste qu’il exprime son savoir en termes de vérité, disait aussi Lacan, ce qui est valable pour l’interprétation dans la cure. Mais cela s’entend aussi lorsqu’on écoute un analyste parler devant ses collègues.
Ces quelques remarques sur ce qui peut garantir un analyste pour un futur analysant n’empêchent pas ce dernier d’interroger son futur analyste, lors des premiers entretiens qu’il aura avec lui sur sa « filiation analytique » : vous avez été analysé par qui, qui sont vos superviseurs ? Questions incongrues il y a quarante ans mais qui sont aujourd’hui tout à fait légitimes. Les entretiens préliminaires à une analyse devraient servir aussi à cela.
Nous en parlerons dans la prochaine rubrique.
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