Une vive tension a prévalu en février dernier dans le secteur sud lorsqu'Israël a lancé la construction d'un mur en béton dans la zone frontalière contestée avec le Liban. Archives- Reuters/Ali Hashisho
Le Liban étudie point par point une nouvelle proposition américaine visant à favoriser un règlement du litige frontalier entre Beyrouth et Tel-Aviv au sujet de l’exploration gazière et pétrolière offshore dans la partie sud du pays. Selon diverses sources concordantes, celle-ci porte sur un package deal qui consiste à régler une fois pour toutes le dossier frontalier libano-israélien, terrestre et maritime. Une proposition que le Liban ne peut pas normalement refuser tant qu’elle n’implique aucun piège ou aucune concession territoriale.
Au niveau officiel, on reste cependant très discret, aussi bien sur les détails de la proposition américaine, révélée mardi par le ministre israélien de l’Énergie, Yuval Steinitz, que sur la réponse libanaise. Si les responsables libanais ne tarissent pas de commentaires normalement sur le droit souverain du Liban sur sa frontière terrestre ou encore sur son droit à explorer les fonds marins dans sa Zone économique exclusive, à la recherche de gisements de gaz et de pétrole, cette fois, ils ont opté pour la discrétion totale, ce qui en soi peut être considéré comme le signe indicateur d’un intérêt porté aux nouvelles idées US.
En février dernier, Beyrouth avait, comme on le sait, opposé une fin de non-recevoir à une médiation engagée sur le même sujet par l’émissaire américain, David Satterfield, qui occupait à l’époque le poste de secrétaire d’État adjoint américain par intérim aux Affaires proche-orientales. Face aux menaces israéliennes contre le Liban, M. Satterfield avait essayé de convaincre les dirigeants libanais de se lancer dans des négociations directes avec Tel-Aviv en vue d’une solution à l’amiable de la dispute territoriale qui porte, rappelle-t-on, sur un triangle d’environ 860 km2 au niveau du bloc 9 à la frontière maritime sud. Le Liban revendique son droit absolu sur ce triangle, un droit qu’Israël lui refuse. À l’époque, les autorités libanaises avaient rejeté sans hésitation la proposition Satterfield, qui faisait la navette entre Beyrouth et Tel-Aviv, en insistant sur le fait qu’il n’est pas question pour le Liban d’accepter d’être poussé à engager des négociations directes avec Israël.
(Lire aussi : Contentieux maritime : No comment libanais aux « nouvelles idées » US véhiculées par le ministre israélien de l’Énergie)
Aujourd’hui, la proposition de l’administration Trump, apparemment initiée par Tel-Aviv, a été jugée suffisamment intéressante pour appeler des concertations au sommet. Lundi, les trois pôles du pouvoir, le président Michel Aoun, le président de la Chambre, Nabih Berry, et le Premier ministre, Saad Hariri, ont tenu à Baabda une réunion qui lui a été entre autres consacrée et au terme de laquelle M. Hariri a fait état d’un climat « positif » et d’une volonté d’« œuvrer positivement pour avancer sur le dossier de la délimitation des frontières maritimes et terrestres ».
Directement concerné par cette question, le Hezbollah se refuse pour l’heure à tout commentaire, « en attendant d’en connaître les tenants et les aboutissants ». Le Liban reste donc intéressé par la volonté israélienne de mettre sur le tapis la délimitation de la frontière terrestre qui inclut le dossier épineux des hameaux de Chebaa, à condition bien entendu qu’on ne tente pas de la lui concéder en contrepartie des frontières maritimes. Dans certains milieux, on évoque un éventuel retour aux frontières de 1949 en expliquant que l’administration Trump, déterminée à régler le conflit israélo-palestinien, envisage au préalable de procéder à un défrichage du terrain, ce qui implique de désamorcer en premier lieu les foyers de tension alentour. Une délimitation des frontières et un règlement de l’affaire des hameaux de Chebaa ôteraient au Hezbollah tout prétexte pour maintenir la tension à la frontière, estime-t-on dans les mêmes milieux, où l’on croit savoir que cette étape pourrait être suivie d’une autre, qui est la délimitation de la frontière avec la Syrie, ce qui devrait régler le conflit autour de l’appartenance territoriale du village frontalier de Ghajar, revendiquée par le Liban. Ce village, situé sur une colline qui fait la jonction entre le Liban, la Syrie et Israël, est occupé depuis 1967 par Israël, mais ses habitants se disent syriens et non pas libanais.
(Pour mémoire : Total évitera de forer dans la zone contestée du bloc 9)
La délimitation de la frontière avec la Syrie fera partie d’un cadre plus général de règlement dans lequel la Russie est impliquée et qui, à terme, devrait favoriser un apaisement dans la région et, par voie de conséquence, un affaiblissement du rôle de l’Iran et du Hezbollah.
Selon l’agence locale al-Markaziya, Washington est soucieux d’accélérer le processus devant déboucher sur une réactivation du processus de paix. Les changements apportés au département d’État où Rex Tillerson a été remplacé par un dirigeant de la CIA, Mike Pompeo, et où David Satterfield, qui a pris sa retraite, a été remplacé par David Schenker, vont dans ce sens. Toujours selon al-Markaziya, David Schenker est attendu prochainement à Beyrouth. Parallèlement, la réunion mensuelle tripartite (Liban-Israël-Finul) de Naqoura, qui doit se tenir la semaine prochaine, devrait donner une première indication sur la tournure que prendront les discussions autour de la frontière sud.
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21 h 57, le 07 juin 2018