« On n’exporte pas la démocratie dans un fourgon blindé », (Jacques Chirac, 2003).
Dans un environnement régional explosif et une Syrie en pleine « décomposition », tiraillée par des alliés qui se la partagent et qui cherchent à couvrir leurs arrières en occupant le Liban « militairement » (via les armes du Hezbollah) et politiquement (après les élections du 6 mai), comment le pays du Cèdre pourrait-il, malgré une vulnérabilité structurelle réelle, un métissage sociologique unique en son genre et une Constitution atypique, résister et sauver son indépendance et sa souveraineté? Comment pourra-t-il protéger son vivre-ensemble dans un environnement bâti exclusivement sur des États religieux (Israël inclus) et une scission politique intérieure quasi verticale ?
Depuis l’indépendance à ce jour, la construction de l’État a fait l’objet de plusieurs tentatives – la plus sérieuse, la plus complète et la plus technique a certainement été celle mise en place par le président Chéhab. Cet édifice n’a pu malheureusement perdurer car il n’était pas soutenu par une infrastructure souterraine solide, celle qui provient des éléments constitutifs d’une nation… Car qui dit nation dit l’adhésion d’un peuple tout entier à une philosophie de vie indéfectible et inaliénable devant garantir la construction d’un État libre, indépendant, souverain et démocratique. Ce binôme État-nation, constitutif de notre entité nationale, n’a malheureusement jamais pu être consolidé. Les dérapages des gestionnaires de la République y ont été pour beaucoup et les incidents se sont multipliés, alimentés en cela par un système confessionnel, une personnalisation du pouvoir et des interventions permanentes de puissances étrangères. À cela vient s’ajouter une corruption sournoise, hiérarchisée et à la limite « institutionnalisée », qui a gangrené la majorité des régimes politiques qui se sont succédé depuis 1943. Pour émerger, le binôme en question aurait dû être soutenu par des options souverainistes stratégiques claires, et par une Constitution garante du bon fonctionnement des outils institutionnels de gouvernance et de développement de la République, ce qui, malheureusement, n’a pas pu être réalisé.
Cette accumulation d’erreurs dans la gestion de l’État et la corruption généralisée ont amené le pays actuellement à une « faillite » réelle ou déguisée, et peut-être à l’épilogue d’une tranche de son histoire contemporaine. Le résultat catastrophique de ce mélange de mensonge, de corruption, de faiblesse et de « traîtrise » à la cause sacrée de la nation, par certaines composantes et par leurs alliés, risque aujourd’hui d’éclater entre les mains de tous les citoyens du pays du Cèdre ! Il est donc impératif d’en prendre conscience, de modifier bon nombre de lois et de rejeter dans les plus brefs délais toute association ou allégeance à n’importe quelle puissance étrangère, sans quoi toutes les conférences de Rome, de Paris, de Bruxelles et tous les parapluies sécuritaires du monde seront inutiles…
Pour parer aujourd’hui à cette situation catastrophique, nous assistons à l’annonce, par le régime du « président fort », d’une cascade de mesures et de projets qui sont malheureusement encore bloqués pour de multiples raisons, dont certainement l’absence d’une vision globale, d’un agenda d’exécution, et la concurrence entre les intérêts des différents partis politiques… Les élections du 6 mai, basées sur une nouvelle loi électorale en principe qualitativement plus juste (la « proportionnelle », mais aussitôt tronquée par la « voix préférentielle »), sont toutefois censées donner le point de départ de ce grand chantier du régime actuel. Le résultat de cette étape a donné naissance à l’élection d’une nouvelle Assemblée nationale formée de députés qui n’ont pas encore une vision politique et stratégique nationale commune. Ceux-ci vont donc avoir à reprendre et à réorienter l’action de la Chambre précédente. Ils devront se pencher sur l’élaboration et la mise en application d’un bouquet législatif qui devra permettre de jeter les bases d’un nouveau contrat social à travers un plan de décentralisation administrative, de dégorgement foncier, environnemental, éducationnel et économique, de construction d’un réseau routier national et d’une politique de transports en commun. Ils auront à organiser le dossier des déplacés syriens et des réfugiés palestiniens et à protéger les Libanais de cette concurrence « sauvage », aidés en cela par les décisions du C.C. qui a abrogé l’article 49 annexé subrepticement à la loi du budget. Ils devront enfin élaborer un plan de stratégie défensive agréé par tous, pour aboutir à une gouvernance saine et l’adoption d’une véritable politique d’autodistanciation.
Ce programme de sauvetage national devrait être mené par le « président fort », le « père de tous », le général Michel Aoun (comme l’appellent ses partisans), qui a déclaré que son régime commencerait après les élections du 6 mai. Le temps est donc venu pour qu’au travers de ce bouillonnement qui agite le panorama régional et national, et à l’occasion du début de la législature de la nouvelle Assemblée nationale et de la formation du futur gouvernement, le président rétablisse les garde-fous démocratiques, détruits par des pratiques antisouverainistes et militaristes, « importés dans des fourgons blindés », en rappelant à l’ordre les politiques dans la maison « Liban », en s’élevant contre les dérapages d’expression de certains, en temporisant les désaccords et limitant les dissensions, en protégeant le vivre-ensemble du pays du Cèdre, ciment de notre entité nationale, et en veillant surtout à une stricte et scrupuleuse application des fondements de la Constitution.
Il est bien entendu que toutes ces démarches ne sauraient réussir sans une décision définitive et exclusive de toutes les composantes politiques de reconstruire ensemble un État fort, indépendant et souverain, conçu sur les bases d’une vision stratégique commune, garante de sa pérennité et de sa neutralité, et sans une action ferme, impartiale, courageuse, sage et désintéressée du président de la République en faveur d’une démocratie juste et équilibrée, entre toutes les catégories socioculturelles, politiques et économiques qui composent la trame de ce canevas libanais !
Nos lecteurs ont la parole - Par Salim F. Dahdah
En l’absence de garde-fous démocratiques au M-O, vers quel Liban s’achemine-t-on ?
OLJ / le 04 juin 2018 à 00h00


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Platon etait contre la democratie.Socrate en etait la victim. Il proposait une republique geree par des philosophes. Cela n'arrivera jamais, mais l'ignorance est l'ennemi. Cet article le prouve.
16 h 54, le 04 juin 2018