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Patrimoine en péril : des bâtiments déclassés de la rue Monot en cours de démantèlement

Liban

Raja Noujaim, de l'Association pour la Protection du Patrimoine Libanais, dénonce l'hypocrisie et l'arrivisme des responsables en ce qui concerne la gestion des richesses architecturales de la capitale. 

03/06/2018

Les craintes provoquées par le décret permettant de déclasser trois bâtiments anciens dans le quartier de Monot, à Beyrouth, publié début mai et dont l'existence n'a été connue qu'à la fin de la semaine dernière, se sont malheureusement concrétisées. Samedi matin, une vidéo a été partagée sur les réseaux sociaux, sur laquelle on peut voir trois hommes s'affairant à démonter une des trois bâtisses du complexe connu sous le nom d'"îlot Dergham", en préparation à une future démolition. 

"Cette procédure fait partie du contrat passé entre ces ouvriers et le propriétaire. Ils sont là pour démonter gratuitement le bâtiment en vue de sa démolition et, en échange, ils peuvent récupérer les matériaux pour les revendre", explique Raja Noujaim, membre de l'Association pour la Protection du Patrimoine Libanais (APPL), contacté par L'Orient-Le Jour. 



Pourtant, ces bâtiments, deux d'entre eux datant du Mandat français, et un troisième et une petite maison individuelle d'une période antérieure, avaient été placés sur la liste des bâtiments à préserver, établie par l’ancien ministre de la Culture Rony Araïji (décret n°116/2016). Mais ils ont fait l'objet, depuis, d'un recours devant le Conseil d'Etat, déposé par le propriétaire foncier des bâtiments, un promoteur irakien, et d'un décret du ministre sortant de la Culture, Ghattas Khoury, qui a considéré, à la fin de la semaine dernière, que ces bâtiments ne présentent aucun intérêt architectural et patrimonial et qu'ils constituent un danger public. 

"Comme si un danger public était irréversible", ironise M. Noujaim qui dénonce avec virulence l'hypocrisie et l'arrivisme du responsable de cette décision, suggérant même que le timing de la publication de ce document, le 3 mai, quelques jours avant la date des élections législatives, n'est pas anodin. Pour lui, pourtant, "de nombreuses solutions existent pour ces bâtiments" sans avoir à les démolir. "On pourrait en faire un bel hôtel de charme, toutes les chambres sont présentes", a-t-il relevé.


Eviter l'effet boule de neige
Pour ce défenseur du patrimoine architectural beyrouthin, la démolition de l'îlot Dergham serait "une catastrophe", parce qu'elle ouvrirait la voie à d'autres projets de démolition visant à faire de la place à des projets immobiliers de grande envergure, et découragerait les initiatives de préservation d'autres bâtisses anciennes. 

M. Noujaim préconise donc un traitement du patrimoine "par quartier", et ce pour éviter un effet boule de neige ravageant les quartiers traditionnels de la capitale. "Il faut fixer un coefficient d'exploitation par quartier qui soit très bas, afin de décourager les promoteurs", indique-t-il. 

Il explique encore que, juste à côté, un acheteur avait acquis plusieurs maisons traditionnelles afin de les protéger. "Mais cette personne risque de ne pas lancer les travaux de rénovation si l'îlot Dergham est démoli et transformé en gratte-ciel".

En attendant, l'APPL va tout faire pour essayer de sauver l'îlot de bâtiments en cours de démantèlement, à commencer par une action médiatique "afin de faire réagir les gens". Du côté légal, l'association va essayer d'avoir accès au dossier dès le début de la semaine. "Avant toute chose, nous devons savoir ce qui a été exactement dit dans la décision du Conseil d'Etat de 2017", explique M. Noujaim. En effet, si le recours déposé par le propriétaire de l'îlot Dergham contre le ministre Araïji afin de retirer ces bâtiments de la liste des bâtiments classés avait mené à une décision du CE cassant celle du ministère, pourquoi aurait-il eu besoin d'effectuer une nouvelle procédure auprès du ministre actuel ? "Il aurait pu directement aller demander à la municipalité de mettre en application la décision du CE... Ce qui veut dire que ce dernier n'a pas pris une décision claire", souligne Raja Noujaim. "Nous devrons donc revoir ce dossier. Si la décision est catégorique, nous ne pourrons malheureusement pas revenir dessus en l'absence de nouveaux éléments. Nous pourrons par contre présenter une plainte à l'encontre des membres du tribunal du Conseil d'Etat", ajoute-t-il. 

L'affaire est donc à suivre... 


Voir aussi cette vidéo de nos archives: 


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L'EXPRESSION DE LA LIBRE ANALYSE

L,EPERVIER ETAIT A L,AFFUT ET ATTENDAIT LA DECISION ... REMUNEREE ? AU LIBAN IL EST DIFFICILE QU,IL EN SOIT AUTREMENT !

TrucMuche

A quand la démolition de la tout Murray et de l'Intercontinental? De vraies vérues qui doivent êtres dangereuses aussi !
Maintenant la rue Monot....et certains de ses bâtiments un peu surfaits !

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